Août 14 2014

Die : ce fameux 14 juillet…(1/5)

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Nous avons reçu de nombreux témoignages de Dioises et Diois qui nous demandent de dire ce que représente le 14 juillet pour eux. Voici le premier (sur 5) qui remémore notre histoire collective. Un passé aussi lourd que respectable pour des femmes et des hommes, il n’y a que 70 ans, ont reconquit notre liberté face au fascisme et au nazisme. A un moment ou les mots sont utilisés à tord et à travers…il est bon de connaître son histoire. Notre histoire. Elle fonde notre réflexion politique. Il y a une mémoire qui contraint et une histoire qui oblige… Nous avons aussi parcouru le Diois et Vercors cet été, sur les lieux et temps de souffrance que nos parents et grands parents nous ont fait partager. Nous y reviendrons.
MCD à Die ce 14 août 2014. (photo 1 Vassieux en Vercors)

Yves Farge prononçant un discours, à Die, le 14 juillet 1944vercors000000588 ( photo ci dessous)
Yves Farge prononçant un discours sur le socle de la statue de la République, à Die, le 14 juillet 1944. Au même moment, à Vassieux-en-Vercors, les Allemands bombardent le terrain couvert de containers parachutés le matin-même.
Source : © AERD, collections Michel Tallon et Albert Fié Photographie montrant Yves Farge prononçant un discours sur le socle de la statue de la République, à Die, le 14 juillet 1944. Autour de lui, la foule l’écoute.
Dans Souvenirs de la Résistance dioise, 1941-1944, Jean Veyer évoque cet événement :
« Yves Farge, dit « Grégoire », juché sur le socle de la statue, agrippé d’un bras à la statue de la République et tendant l’autre vers la foule, proclamant sa foi dans la libération prochaine. Ses accents de tribun, sa tête auréolée de cheveux blancs sont assez convaincants. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter »
Contexte historique
Les maquisards de la compagnie Pons descendent de leur refuge d’Estrieu, sur les contreforts du Vercors. On va célébrer la fête nationale à Crest par un défilé des trois compagnies du secteur. La compagnie Pons défile le matin. Sur le cours du Joubernon, le capitaine Pons, sa casquette d’ancien matelot sur la tête, précède quelques marins réservistes avec col blanc et béret bleu à pompon rouge, puis les hommes de sa compagnie. Pour la circonstance, Paul Pons a fait confectionner par les établissements Argod, de Crest, spécialisés dans les vêtements religieux, des chemises marron, des pantalons bleus et des brassards tricolores ornés de l’ancre de marine. Uniformes qui remplacent avantageusement les tenues bariolées et rafistolées portées jusqu’alors, mais qui se révèleront d’un tissu si peu solide qu’ils ne dureront guère au-delà de la journée. Derrière vient la compagnie Chapoutat. L’après-midi, c’est la compagnie Brentrup (« Ben ») qui défile avec, à sa tête, son chef pilotant une moto. La foule est nombreuse et enthousiaste, peu consciente de la réalité de la situation. Aussitôt terminée la parade crestoise, les hommes sont embarqués vers Die, où doit avoir lieu la cérémonie officielle.
Malgré les réticences de quelques chefs militaires – dont de Lassus Saint-Geniès (« Legrand ») et Pierre Raynaud (« Alain ») –, le commissaire de la République Yves Farge (« Grégoire ») envoyé par Alger, le futur préfet Pierre de Saint-Prix, le Comité départemental de Libération, les notables locaux ont convaincu Legrand. Des affiches sur fond vert sont collées dans la ville, appelant à fêter le 14 juillet et déclarant que le Diois est en état de siège. Die fait partie du territoire qu’a libéré la Résistance tout autour du Vercors et où la République a été proclamée. Sous-préfecture du département, la ville est devenue un symbole.
Quand les hommes de Pons, et ceux de nombreuses compagnies drômoises, sont en place dans la sous-préfecture bien rangés et l’arme au pied, ils peuvent observer, bien rangés et l’arme au pied, les allées et venues des chefs civils et militaires parcourant les bistrots où pastis et clairette coulent à flots. Déjà pourtant, des signes inquiétants apparaissent. Le matin, on a vu passer des dizaines de B17 forteresses volantes allant parachuter des armes sur Vassieux. L’espoir d’un débarquement imminent en Méditerranée et surtout d’une aide alliée importante renforce la perspective d’une Libération proche. Mais quelques minutes après, le passage d’avions allemands basés à Chabeuil, en mission pour empêcher la récupération des armes parachutées, provoque peur et crainte. Les bruits sourds d’un bombardement prolongé écornent un peu l’enthousiasme, mais la fête continue. À midi, Yves Farge (« Grégoire »), Claude Alphandéry (« Cinq-Mars »), Pierre de Saint-Prix sont rejoints par le colonel Henri Zeller (« Joseph », « Faisceau »), Francis Cammaerts (« major Roger » du SOE – Special operation executive), qui avait déniché un invraisemblable uniforme très britannique, et son adjointe Christine Granville (Pauline) ainsi que la mission américaine. Sont présents également le commandant Antoine Benezech (« Antoine »), le commandant Lucien Fraisse (« Xavier »), les capitaines Jean Rueff, Pierre Raynaud (« Alain »), Félix Germain (« Morvan »), Laurent Riausset (« Laurent »), René Gainet (« Vaillant »). Et encore des maires de la libération du Nyonsais et du Diois.
Les autorités décident que le défilé n’aura lieu qu’après 17 heures en raison de ce qui se passe à Vassieux. Il est demandé à la population de rester sous le couvert des arbres de la place de la République.
Vers 18 heures, en présence de tous les officiels civils et militaires, défilent des détachements, FTP (Francs-Tireurs et partisans) et AS (Armée secrète), avec en tête une compagnie descendue du Vercors. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section  » Oualhou « , présentent leur prise de guerre, deux canons de 37 mm accrochés aux coffres des traction-avant. Bien que ne possédant pas d’uniformes, plusieurs compagnies défilent en donnant l’impression d’une force disciplinée et parfaitement militaire. Le défilé est clos par les représentants des syndicats ouvriers arborant le drapeau rouge. De Lassus Saint-Geniès, en gants blancs décore quelques vaillants, des blessés, les FTP de Montclus, des hommes de la compagnie Maisonny qui s’est distinguée à La Rochette, du groupe-franc de Paul Bernard (compagnie Pons), le lieutenant Ladet, le capitaine Roger qui aurait abattu au fusil-mitrailleur un avion allemand du côté de Valence. Après qu’il ait remis d’autres décorations, notamment à « Alain », Yves Farge, juché sur les marches du socle de la statue, dans un vibrant discours, exalte les valeurs de la République restaurée. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter : les bombardements du Vercors et le survol de Die par les avions allemands ont provoqué un nouvel exode et une crainte justifiée d’un bombardement possible de la ville.
Un cinéaste amateur, E. Brochier, filme des scènes de la manifestation de DIE : http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=957&expo=0
Analyse média : Extrait d’un film amateur muet noir et blanc tourné par des résistants de Die : Jean Veyer, Élie Brochier, A. Challabond du groupe sédentaire AS (Armée secrète) de Die.vercors33333531 (photo : Die ce 14 juillet 44)
Cet extrait de film s’ouvre par la mise en place de la cérémonie sur la place de la République à Die, sobrement pavoisée de drapeaux tricolores. Les compagnies FFI et les officiels, civils et militaires, ainsi que la population spectatrice, se rangent sous le camouflage naturel des platanes. Après quelques images du passage des troupes en revue, on voit de Lassus Saint-Geniès (« Legrand »), en gants blancs, décorer quelques combattants, dont René Ladet, blessé quelques jours avant et portant encore un bandeau autour du crâne. Diverses compagnies AS et FTP, vêtues d’uniformes peu réglementaires, passent ensuite devant la caméra, dans une marche au pas un brin maladroite, mais avec une attitude mêlant fierté, application et espérance. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », défilent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm, accrochés aux coffres des traction-avant.
Contexte historique
Le déroulement de la fête nationale à Die, dans un environnement d’espoirs et de craintes, résume bien les ambiguïtés des célébrations dans la Drôme. C’est à la demande du CDL, installé à la sous-préfecture, et avec l’autorisation de leur commandant de Lassus Saint-Geniès (« Legrand ») que les FFI défilent dans la ville. De nombreuses affiches appellent les Diois à célébrer la fête nationale.
Vers 9 heures, Die est survolée par des dizaines d’avions alliés qui vont parachuter des armes sur Vassieux. L’espoir d’un débarquement imminent et surtout d’une aide alliée importante renforce la perspective d’une libération proche. À midi, le commissaire régional de la République Yves Farge (« Grégoire »), le président du CDL Claude Alphandéry (« Cinq-Mars »), le futur préfet Pierre de Saint-Prix sont rejoints, dans le patio de la sous-préfecture, par le colonel Henri Zeller (« Joseph, Faisceau »), Francis Cammaerts (« major Roger ») et Christine Granville Skarbek (« Pauline ») ainsi que la mission américaine. Sont également présents le commandant Antoine Benezech (« Antoine »), le capitaine Jean Rueff, le capitaine Pierre Raynaud (« Alain »), le commandant Lucien Fraisse (« Xavier »), les capitaines Félix Germain (« Morvan »), Laurent Riausset (« Laurent »), René Gainet (« Vaillant »). La Clairette coule à flots. Le passage d’avions allemands basés à Chabeuil, en route pour empêcher la récupération des armes parachutées, provoque la crainte d’un nouveau bombardement de la ville. À la fin du repas, des bruits sourds, se répétant de quart d’heure en quart d’heure, aggravent l’inquiétude. Les autorités décident que le défilé n’aura lieu qu’après 17 heures en raison de ce qui se passe sur le Vercors voisin. Il est demandé à la population de rester sous le couvert des arbres de la place de la République. Dans ses notes, Robert Noyer remarque qu’il y a peu de monde.
Vers 18 heures, en présence de tous les officiels civils et militaires, défilent des détachements, FTP et AS, avec en tête une compagnie descendue du Vercors. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », marchent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm. Bien que ne possédant pas d’uniformes, plusieurs compagnies défilent en donnant l’impression d’une force disciplinée et parfaitement militaire. Le défilé est clos par les représentants des syndicats ouvriers arborant le drapeau rouge. De Lassus Saint-Geniès, en gants blancs, décore les FTP de Montclus, des hommes de la compagnie Maisonny qui s’est distinguée à la Rochette, du groupe franc Bernard de la compagnie Pons, le lieutenant Ladet, le capitaine Roger.
Puis Yves Farge, juché sur une marche de la fontaine, dans un vibrant discours, proclame et exalte les valeurs de la République.
Deux témoins oculaires relatent bien l’atmosphère du moment. Pour René Ladet, « Farge a déclaré : « vous êtes en terre libérée » pendant que les avions allemands bombardaient le Vercors, cela faisait une drôle d’impression. De Lassus était en gants blancs pendant que les gars défilaient débraillés ». Jean Veyer précise que « la prise d’armes est, dramatiquement, ponctuée par le bombardement lointain qui continue inexorable. Il y a eu un beau, un vibrant discours d’Yves Farge, juché sur le socle de la statue, agrippé d’un bras à la République et tendant l’autre vers la foule, proclamant sa foi dans la Libération prochaine. Ses accents de tribun, sa tête auréolée de cheveux blancs sont assez convaincants. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter. Die commencerait, semble-t-il, à avoir peur. Beaucoup de gens se terrent chez eux. Il y a eu ensuite un défilé, type 14 juillet […] Tout cela ne manque pas d’allure. Mais je suis rongé d’inquiétude. Il y a longtemps que je ne confonds plus l’esprit de combat et l’esprit de parade ».
Le survol de Die par les avions allemands, puis les bombardements du Vercors qui durent jusqu’à 18 h engendrent la crainte justifiée d’un bombardement possible de Die et une atmosphère lourde sur la ville.vercors4444427 ( photo : Die ce 14 juillet 44)
Deux témoins oculaires relatent bien l’atmosphère du moment, contredisant d’autres témoignages :
Pour René Ladet, « Farge a déclaré :  » vous êtes en terre libérée  » pendant que les avions allemands bombardaient le Vercors, cela faisait une drôle d’impression. De Lassus était en gants blancs pendant que les gars défilaient débraillés ».
Jean Veyer, malgré une erreur de chronologie, précise que « la prise d’armes est, dramatiquement, ponctuée par le bombardement lointain qui continue inexorable. Il y a eu un beau, un vibrant discours d’Yves Farge, juché sur le socle de la statue, agrippé d’un bras à la République et tendant l’autre vers la foule, proclamant sa foi dans la Libération prochaine. Ses accents de tribun, sa tête auréolée de cheveux blancs sont assez convaincants. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter. Die commencerait, semble-t-il, à avoir peur. Beaucoup de gens se terrent chez eux. Il y a eu ensuite un défilé, type 14 juillet […] Tout cela ne manque pas d’allure. Mais je suis rongé d’inquiétude. Il y a longtemps que je ne confonds plus l’esprit de combat et l’esprit de parade. »
Après les cérémonies, conscients de la gravité des événements, Alphandéry, de Saint-Prix, Farge, Félix Maurent montent à Vassieux pour connaître la situation après le parachutage de l’USA Air Force et la réplique des avions allemands.
La célébration festive de Die est caractéristique des espoirs (illusions ?) entretenus depuis le 6 juin sur une Libération prochaine. On avait oublié que l’ennemi n’était pas encore tout à fait vaincu.
Auteurs : Robert Serre
Sources : Combats pour le Vercors et pour la liberté. Jean Veyer, Souvenirs sur la Résistance dioise. Abbé Bossan, Témoignage. Yves Farge, Rebelles, soldats et citoyens. Pour l’Amour de la France. Archives Paul Arthaud : notes de Robert Noyer sur la Résistance dioise. Dauphiné Libéré, 24/08/1984. Drôme terre de liberté. Entretien René Ladet, 20 août 2000. Albert Fié, Mémoires d’un vieil homme, Le Crestois, 9 et 16 juillet 2004
http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=957&expo=0

Comment la Drôme vécut sous l’Occupationvercors325689741rnee-nationale-de-la-resistance
Ancien résistant et auteur de 1939-1945… et se leva le vent de la liberté, Jean Sauvageon est l’un des piliers de l’Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI). Pour L’Express, il revient sur le destin de cette haute terre de résistance que fut la Drôme.
(Photo : Jean Sauvageon, figure de la Résistance drômoise).
Que se passe-t-il dans le département en juin 1940?
Le 17 juin, alors que le maréchal Pétain, président du Conseil, vient de demander l’armistice, l’armée allemande poursuit son avancée vers le sud. Lyon étant déclarée ville ouverte, elle investit Romans dès le 22 juin, où elle se heurte à l’armée française, postée de l’autre côté de l’Isère. Les combats durent jusqu’au 25, date de la signature de l’armistice. Les Allemands demeurent dans la ville jusqu’au 5 juillet, puis refluent vers ce qui est devenu la zone occupée. Désormais, la Drôme est en zone « libre », ou non occupée. Investi des pleins pouvoirs, Pétain instaure l’Etat français le 11 juillet.
Quelles sont les premières mesures du gouvernement?
Son premier souci est d’encadrer les populations, notamment la jeunesse. A Die et à Romans, le secrétaire d’Etat Lamirand inaugure une maison de jeunes, le 9 mars 1941. Les Compagnons de France et les Chantiers de jeunesse sont également créés, de même qu’est mis en place l’instrument de propagande que fut la Légion française des combattants, et son service d’ordre, le Service d’ordre légionnaire (SOL). Par ailleurs, Vichy vote le statut des juifs, qui permet d’interner les juifs étrangers. Dès le 17 septembre 1940, le rationnement est instauré. Il se fera par carte le 15 janvier suivant. De plus, les clauses d’armistice prévoyant la livraison à l’Allemagne d’une grande part de la production française, le secteur industriel de Romans, axé sur la fabrication de chaussures et les tanneries, y envoie beaucoup de ses produits. Tout se passe comme si la France était une colonie allemande.
Comment la vie s’organise-t-elle?
Les femmes prennent peu à peu la place des hommes restés prisonniers en Allemagne. Elles investissent les usines ou les exploitations agricoles de ce département très rural. Cette main-d’oeuvre est complétée grâce à l’apport des réfugiés hébergés dans les villages. En effet, le 23 mai 1940, 800 Rémois fuyant l’invasion ont débarqué à Romans. S’y ajoutent les Alsaciens et les Lorrains, opposés à l’annexion de leur province, qui arrivent par communautés entières, maire et curé compris. Sans oublier les frontaliers chassés par l’invasion italienne. L’afflux est tel que la région sature. Le 15 novembre, 1000 personnes venues de l’Est devront rester deux à trois jours dans leurs trains, le temps de trouver où les loger. Il faut rappeler que les réfugiés espagnols de 1937, et surtout de 1939, étaient déjà nombreux dans la Drôme. Certains ont été internés dans les camps de Loriol et de Montélimar, avec des antinazis originaires d’Allemagne ou d’Autriche, en France depuis 1933.
Par la suite, peu de soldats rentreront, malgré l’institution de la Relève (un prisonnier libéré contre trois volontaires pour le travail en Allemagne), en juin 1940. La création du service du travail obligatoire (STO), en février 1943, va pousser une grande quantité de jeunes à prendre la poudre d’escampette, tandis que d’autres, sans travail donc attirés par le salaire qui leur était promis, partent pour l’Allemagne. Il est à noter que, le 10 mars 1943, une manifestation rassemble des centaines de Romanais et de Péageois, qui s’opposent à l’envoi des requis en l’Allemagne. Si elle n’a pu empêcher le départ du train, elle l’a retardé de plusieurs heures.
De nombreux réfractaires au STO se cachent dans les fermes, où ils deviennent ouvriers agricoles. C’est à partir de là que les premiers maquis se constituent.
Dans quelle mesure la vie quotidienne est-elle affectée?
Les maires sont destitués et remplacés par Vichy tandis que les conseils généraux font place à des conseils nommés. Même si les gens se débrouillent avec un bout de potager et quelques lapins, la situation en ville se durcit peu à peu. Comme partout en France, des manifestations contre la faim sont organisées, à Romans notamment. Elles rassemblent près de 3000 personnes, dont beaucoup de femmes.
Qu’en est-il de la collaboration?
La Légion des volontaires français et la Milice recrutent. Le PPF, parti de Doriot, comptait 279 affiliés dans le département, dont 164 inscrits à Romans. La ville est donc un foyer de collaboration. Mais son identité ouvrière en fait également un foyer de résistance. C’est sur le plan économique que la collaboration fonctionna le mieux, par l’intermédiaire des mouvements agricoles chargés de diriger les productions locales vers l’Allemagne. Les agriculteurs étaient surveillés lors du battage du blé. Les contrôleurs, souvent recrutés parmi les instituteurs, savaient heureusement fermer les yeux et falsifier les documents.
En novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, la zone libre est à son tour occupée. Quelles en sont les conséquences?
L’armée italienne occupe la Drôme jusqu’à la signature de l’armistice entre les Alliés et l’Italie, en septembre 1943. Cette occupation était plus administrative que militaire, elle n’est pas restée dans la mémoire des gens, bien que les troupes de Mussolini aient attaqué des maquis, en particulier dans le Vercors et dans les Baronnies.
Où en est, alors, la Résistance?
Jusqu’en 1941-1942, elle est l’affaire de quelques individus et de petits groupes politiques, sportifs, amicaux. La réaction collective se développe à partir de l’institution du STO, qui provoque un changement radical de l’opinion. Un grand nombre de familles sont touchées par cette mesure, qui dévoile le caractère néo fasciste de Vichy. C’est à la ferme d’Ambel, au-dessus d’Omblèze, que naît l’un des premiers maquis. Ceux-ci se répandront rapidement au nord de la Drôme, dans le Vercors, le Diois et les Baronnies, terres de vallées, de bois et de montagnes en voie de désertification rurale, dont les fermes abandonnées constituent des refuges pour les maquisards. Les sabotages ferroviaires s’intensifient avec l’occupation allemande, qui prend le relais des Italiens en septembre 1943 et, surtout, après le 6 juin 1944.
Comment vivent les Drômois sous la botte hitlérienne?
Les Allemands leur font regretter les Italiens. La répression est plus dure, en particulier à l’égard des juifs, jusque-là plus ou moins protégés par les Italiens. La tension monte d’un cran pour les résistants. Des attentats ont lieu, comme celui de Vercheny, qui cause, en décembre 1943, la mort de 19 permissionnaires allemands et, en représailles, la déportation de 57 Français -37 n’en reviendront pas. Ou encore, le 22 février 1944, le massacre de 35 maquisards à Izon-la-Bruisse et Eygalayes. On croit le débarquement proche, mais rien ne se passe. C’est la déception. Pendant ce temps, le Vercors s’organise. Parvenue dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, la nouvelle du débarquement américain en Normandie donne le signal de la mobilisation générale d’une armée de près de 4000 hommes, dont un grand nombre est sans moyens ni formation. Le 9 juin, 700 jeunes sont partis en camions de Bourg-de-Péage. Et sans se cacher!
Entre le 6 juin et les combats pour la libération de la fin août, la Drôme bascule dans l’horreur…
La précipitation avec laquelle la Résistance drômoise applique le « plan vert », qui organise le sabotage des voies ferrées, et engage l’action provoque de nombreuses pertes. Dès le 6 juin, des combats meurtriers se déroulent à Crest et à Etoile-sur-Rhône. Le 12, les Allemands attaquent Taulignan, où ils fusillent 15 otages, et Valréas. Dans cette enclave du Vaucluse, 53 otages sont fusillés. Le 15, plus de 1500 soldats investissent le centre de résistance qu’est Saint-Donat : 83 hommes sont pris en otages, 3 sont emmenés à la prison Montluc à Lyon et fusillés le 8 juillet à Portes-lès-Valence. Une cinquantaine de femmes sont violées. Combovin, Plan-de-Baix, Beaufort-sur-Gervanne puis Saou sont bombardées.
Pendant ce temps, la République française a été restaurée au coeur du Vercors. Le 14 juillet, la fête nationale est célébrée à Die par un défilé de résistants. C’est l’euphorie. Mais le 21 juillet, l’assaut allemand, par air et par terre, est lancé par 10000 hommes. Trois jours plus tard, le maquis est anéanti. Mais les crimes se poursuivent. Des dizaines de combattants et de civils périssent à Vassieux. Le 25 juillet ont lieu l’incendie de La Chapelle-en-Vercors et le massacre de 16 jeunes dans ce village. Le 27, les blessés réfugiés dans la grotte de la Luire sont exécutés. Au total, on comptera 840 tués, dont 201 civils.
Comment la Drôme est-elle libérée?
La bataille de Montélimar est un événement déterminant de la guerre. Une semaine de combats au cours desquels les Alliés, débarqués en Provence le 15 août, vont tenter d’empêcher la fuite de l’armée allemande avec le concours de la Résistance. Valence est libérée le 31 août 1944 sans l’aide des Américains. Le département est entièrement libéré le 1er septembre, soit quinze jours après le débarquement en Provence.
Propos recueillis par Laurence Liban
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/region/rhone-alpes/comment-la-drome-vecut-sous-l-occupation_1256351.html#BVhujjGXQ31BGWgq.99

Juillet 1944 : un destin terrible
Les premières attaques allemandes contre le Vercors ont lieu le 22 janvier 1944 aux Grands Goulets, puis le 29 janvier à Malleval, où est situé le 6e BCA reconstitué, suivies de celles au monastère d’Esparron et à Saint-Julien-en-Vercors. Le nom de code allemand pour l’opération contre le Vercors en juillet 1944 ne serait pas Bergen, comme le prétendent certains historiens locaux qui ne mentionnent pas leurs sources, mais Aktion Bettina.
Bientôt connu comme l’un des principaux centres de résistance du maquis, le village de Vassieux, situé sur le plateau du Vercors vers 1 100 mètres d’altitude, est l’objet, du 16 au 24 avril 1944, d’une première opération de répression, menée par la Milice française sous le commandement de Raoul Dagostini. La milice de ce dernier a déjà grandement sévi en Haute-Savoie en hiver 1944. Plusieurs fermes sont pillées et incendiées, des habitants sont torturés et déportés et trois d’entre eux sont fusillés. Malgré cela, la population reste largement favorable à la Résistance.
Dans le cadre du plan allié visant à « embraser tout l’hexagone pour ne pas révéler qu’Overlord n’intéresse que la Normandie » (Pierre Montagnon), le code « Il y a de l’eau dans le gaz», lancé depuis Londres le 1erjuin1944, alerte les résistants de la région R1, tandis que pour le Vercors il signifie le verrouillage du plateau. Le 5 juin, quatre messages (plans Vert, Guérilla, Tortue et Violet) avec le fameux code « le Chamois des Alpes bondit » (l’animal étant l’emblème du maquis), lancé le 5 juin, donnent le signal de l’action armée pour 4 000 maquisards. Le Vercors voit converger vers lui des centaines de volontaires, impatients d’agir. Ils sont placés sous le commandement du lieutenant-colonel François Huet, chef militaire du Vercors, et de son chef d’état-major, le capitaine Pierre Tanant.
Les 13 et 15 juin, les Allemands, provoqués par le déploiement d’un immense drapeau aux couleurs de la République Libre du Vercors (proclamée officiellement le 3 juillet suivant), visible depuis la vallée, occupent Saint-Nizier, accès le plus aisé vers le massif du Vercors, avant de se replier sur Grenoble. Le 21 juin, ils mesurent également la résistance effective des combattants au hameau des Écouges. De leur côté, les maquisards attendent l’exécution du plan Montagnards et demandent l’envoi de troupes aéroportées. La Werhmacht est ici représentée par la 157e Division alpine qui avait sévi en mars-avril aux Glières (Haute-Savoie). Commandée par le général Karl Pflaum, elle est forte de plus 14 000 hommes. Quant aux troupes aéroportées, elles dépendent de la Luftwaffe basée à Dijon d’où partent également les missions de reconnaissances et de bombardements sur le plateau (comme ce fut le cas aux Glières).
Le 25 juin, les Alliés procèdent en plein jour à un parachutage massif d’armes sur le plateau (opération Zebra). À plusieurs reprises, la population apporte son aide aux opérations de récupération du matériel, de jour comme de nuit. Les armes sont notamment cachées dans des cavités naturelles (scialets, fissures de lapiaz…) très nombreuses sur le Plateau de Vassieux. Cependant, près de la moitié des combattants restent non armés.
Début juillet 1944, la mission Paquebot, chargée de préparer un terrain d’atterrissage à Vassieux, est envoyée sur place par les autorités d’Alger. L’une des deux sections ayant cette responsabilité est sous les ordres de Claude Falck. Mais, à la suite de mésententes, de promesses non tenues et d’erreurs aux conséquences dramatiques, le plan « Montagnards » ne sera jamais appliqué ; il va même tragiquement s’inverser, les maquisards, assaillants potentiels, devenant des assiégés pris au piège.
En pleine parade euphorique, le 14 juillet 1944, après le largage en plein jour de plus d’un millier de conteneurs par les Alliés (opération Cadillac), Vassieux est cette fois réduite en cendres, en représailles, par les bombardements de l’aviation allemande et 25 habitants sont tués. Cette opération se poursuit jusqu’au 21 juillet pendant que les troupes allemandes (avec des bataillons de montagne) bloquent tous les accès au plateau. En une nuit de combats, les résistants se retrouvent débordés et le commandant militaire des forces du Vercors, François Huet, et son chef d’état-major, Pierre Tanant, ordonnent la dispersion des groupes de maquisards qui doivent, selon sa formule, maquiser le maquis.
La section Falck tente alors de gagner la Matheysine, mais une toute petite partie seulement parvient à atteindre ce plateau difficile d’accès, aucun officier n’étant du groupe.
Cerné par environ 10 000 soldats et policiers allemands, le maquis du Vercors est disloqué, fin juillet 1944, à la suite d’une offensive lancée par le général allemand Karl Pflaum depuis Grenoble, utilisant notamment des troupes aéroportées, déposées au moyen de planeurs.
Gilbert Joseph, lui-même ancien du Vercors, dans son livre Combattant du Vercors publié en 1973, fut extrêmement critique envers le commandement du Vercors, en particulier à l’égard de Huet et Tanant, les accusant d’avoir privilégié, par nostalgie de l’armée régulière, une défense statique dans la même logique que celle de la ligne Maginot, se révélant aussi inefficace, plutôt que d’utiliser les ressources de mobilité et de discrétion de la guérilla. La plupart des historiens du Vercors estiment cependant ces critiques excessives.
Témoin de la violence des combats, le hameau de Valchevrière, en pleine forêt, a servi de camp aux maquisards avant d’être le lieu d’un sévère affrontement les 22 et 23 juillet 1944. Sur le belvédère qui domine le village, le lieutenant Chabal et ses hommes se sont sacrifiés pour retarder l’avance allemande et sont morts les armes à la main. Les maisons furent ensuite incendiées. Aujourd’hui, le village en ruines est resté en l’état, avec ses poutres calcinées, ses pierres à nu et noircies. Seule la petite chapelle est encore debout.
Au total, les combats du Vercors ont coûté 639 tués aux combattants et 201 aux civils. Seulement une centaine d’Allemands ont été tués dans les combats et une cinquantaine de blessés sont décédés par la suite à Grenoble. 573 maisons ont été détruites, 41 habitants de Vassieux déportés.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maquis_du_Vercors

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(2 commentaires)

  1. Votre papier du 14 juillet
    Merci de remettre de remettre les pendules à l’heure dans le Diois.
    Nous avons vécu ces évènement tragiques pour que chacun ce jour puisse s’exprimer librement dommage que si peu aient une culture de notre territoire Diois et Vercors….Ce qui les dispense de toutes valeurs, de tout sens et de tout respect. et surtout de toute culture politique.
    Continuez votre travail d’éducation élémentaire. Merci
    Marie. Ch.

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