«

»

Biovallée : la Vallée de la Drôme, 70 ans de résistances et expérimentations…

Biovallée : Une Vallée de la Drôme entre résistances et expérimentations…

Biovallée de la Drôme : Terre de résistances créatrices, terreau d’innovations économiques, terroir d’expérimentations sociales, et…territoire de transformations visionnaires.

Qu’elle soit idéalisée ou dépréciée voire détestée, la campagne ou la vie en milieu rural correspond rarement à l’idée que l’on s’en fait. Un peu d’observation permet d’y percevoir des enjeux sociaux pas si différents de ceux du milieu urbain. Enfin depuis qu’une 1ère vague de jeunes néo ruraux utopistes arriva derrière la résistance en 1945-47 ( Tissot, Légau, Ardouvin, etc.…). Les questions se posent parfois de la même façon en termes d’emploi, de logement, de mobilité, de cohésion sociale, de vivre ensemble, de loisirs ou encore d’activités pour les jeunes. Quoique parfois exacerbées par l’isolement, les distances et la promiscuité (Tout le monde se connaît, au moins superficiellement, juste assez pour alimenter les rumeurs)…

Actuellement, (2016-2017)  animés par l’envie de fuir le monde urbain et d’utiliser une maison avec jardin, les jeunes ruraux ( Il y en a plus que l’on croit ) et les néo-ruraux sont venus contrebalancer l’exode rural (on table sur plus 13 000 habitants en plus en Biovallée en 2030). Mais leur implantation – ou intégration – connaît parfois quelques difficultés ou heurts, quand il ne s’agit pas au mieux de totale indifférence ou défiance. Même par des néo ruraux de la 2ème Vague de 1968-73, ( Deloupy, Veyret, Geffray, Pintaux, Wartena, Shoock, Vink, Schricke, Drouvin, Lecoq, Schmerber, Laborde, Pacou, Miel, Cozon-Haas, Deschaux, etc.…). Certains agriculteurs (Y compris les ébouillantés des  années 70 ) n’ont pas toujours vu d’un bon œil ces «étranges-étrangers» débarquer à la campagne ou en périphérie du bourg, tout comme certains «primo-arrivants» néo-ruraux et quelques « déserteurs du capitalisme » ont, quelquefois, préféré se retrancher dans leur ghetto individuel et ne pas se mêler aux autochtones «détenteurs historiques de chasse, pêche, traditions, pastis et machisme, votes extrêmes ».

Le terrain et le contexte obligent à apporter d’autres réponses que celles du monde rural en errance depuis la guerre ( « La fin des paysans » de Henri Mendras) et surtout de la société capitaliste en pleine crise (perpétuelle) économique, sociale, énergétique,  écologique, voire anthropologique depuis la fin des colonisations autoritaires et prédatrices (les troupes françaises quittent le Liban en Aout 1946, l’Indochine en 1954, le Maroc et la Tunisie en 1956, L’ Algérie en 1962. En une trentaine d’ années, 1945-1975, les Empires coloniaux ont disparu).

Affirmer que le monde rural est en pleine mutation tient de la lapalissade  et malgré quatre arrivées. Quatre vagues renouvelleront la population dioises, comme cette 3ème vague de jeunes néo-ruraux est arrivée vers 2000-01 tout juste sortie de l’Université de Grenoble ou d’ailleurs, (Terriade, Salinas, Les Jérôme, Vernay, etc.….). Ces arrivées importantes de nouvelles personnes n’ont pas, loin de là, retrouvées les populations des années 1830-70, apogée démographique de la Drôme des villages (Voir démographie de Bellegarde en Diois en Pièces Jointes : 800 habitants en 1805 et 80 habitants ce jour soit 10 fois moins).

Les statistiques, les experts nous rappellent à l’envi que l’agriculture est un secteur en déclin (pour la petite agriculture) et déliquescence (pour les agrandissements sur-endettés). Paradoxalement, il y a une demande de plus en plus importante pour une agriculture de qualité (labellisée bio ou non) et de proximité (La Carline, AgrobioDrôme Agricourt, Court-Circuit ou AuplusPrés sont en progression constante).  Des agriculteurs et des coopératives agricoles s’inscrivent dans cette démarche, tandis que les consommateurs abonnés aux paniers de légumes bio (AMAP de Portes lès Valence , Taulignan, etc..) se multiplient dans les villes et que d’autres n’hésitent pas à effectuer de longs trajets pour se fournir en direct à la ferme. Et les actions de promotion des produits fermiers ou de la ferme générale ne font que renforcer la tendance (Marque PNR-Vercors, marque Biovallée).

Les projets de maraîchage d’insertion, de potagers collectifs, familiaux ou de jardins Communautaires ou Partagés illustrent aussi cet attrait pour des produits de qualité et de proximité. Ils fleurissent tant dans nos petites villes (Crest : 7740 habitants, Livron : 7761 h, Loriol : 5690 h et Die : 4452 h avec AIRE, Aoùste-sur-Sye : 2311 ou Eurre : 1139h ) que  dans les villages. Une forme de retour ou simplement arrivée à la terre, loin de la vision pétainiste, s’opère. Il est porté en partie par les secteurs de l’innovation sociale (Compagnons de la Terre, AMAP ou Terre de Liens) et de l’insertion socioprofessionnelle ( GretaViva5 et CFPPA de Die, du Valentin ou de Nyons). Avoir les mains dans la terre permet à nombre de personnes qui font d’autres choix de vie ou en décrochage économique de prendre ou reprendre pied, voire de se trouver une vocation et utilité sociétale. Certains souhaitent même s’installer comme agriculteur ou paysans. On peut parler d’une  4ème vague de 2010-13, ( Maraîchage, Camions, Sevat, services civiques, dreadlocks, Sandra,  Delphine, etc…) qui confirme ces tendances historiques du Diois à l’hospitalité. Encore faut-il avoir un accès à la terre… Une difficulté pas si insurmontable pour certains esprits innovants même si les structures  existantes, SAFER, ADASEA, Syndicat Agricole majoritaire et Chambres Consulaires, ne jouent guère le jeu et auraient besoin d’un sérieux dépoussiérage.

Si le monde agricole décline (une ferme en moins en Europe toutes les 20 minutes), la démographie des villages et village-bourg est en hausse.

Mais face à ces accrocs inévitables entre deux modes de vie différents, il existe aussi une volonté de «vivre ensemble»,  bien que la paix des campagnes demande une vraie volonté et sûre confiance qui ne se décrètent pas.

Les changements socio-démographiques et les enjeux locaux ont amené d’autres questions. Vivre loin d’une ville bouillonnante d’activités et de surconsommation est une chose, vivre dans une tour d’ivoire ou un no man’s land social en est une autre. Au sein des villages, le besoin de lien social est aussi important que dans les villes, peut être plus, (d’où des concessions parfois limites).

Les projets se multiplient pour accueillir les nouveaux ( voir moult démarches des Municipalités ou des Offices de Tourisme), favoriser la cohésion sociale (ESCD de Die, Ecologie au Quotidien, Maison pour tous de Loriol, MJC de Livron, Jardins familiaux de AIRE, Nini-Chaise de Aoùst sur Sye, SEL, …), maintenir ou créer des lieux de rencontres à travers le réaménagement de places de villages, le maintien d’une épicerie ( le Bocal de Menglon) , la création d’une bibliothèque locale ( Chabrillan ), l’émergence d’une maison de jeunes ou d’un Centre Social… Ainsi que des dizaines d’associations culturelles pollinisatrices du territoire (Passe-crassane, Trans-Express, 123-Soleil, Crest Jazz Vocal, Usine Vivante,Oasis de Serendip, Amanins, etc.…). Celles si sont des plus employeuses (600 emplois sur la Biovallée dont 250 sur le Diois).

Autant de réalisations qui maintiennent en vie un village et la Vallée de la Drôme de Lus-la-Croix-Haute à Livron et le La Motte-Chalancon à Loriol (les 4L) et le rendent attrayant.

Loin de se recroqueviller sur lui-même et d’être figé dans le temps, un monde rural du 21ème siècle évolue pour se préserver, créer, innover et inventer le monde de demain. Les Pôles Ruraux de ressources vitales ( eau,  terre, loisir, alimentation,  logements accessibles, bonne santé, éducation apaisée , démocratie délibérative, etc..) seront indispensable pour une métropolisation outrancière.

Claude Veyret

dimanche 16 juin 2013

Nota  : sur cette tradition d’accueil :

1939 : Autre vague moins volontaire, celle des Républicain (anarchistes, communistes et syndicalistes) Espagnols. Le Diois accueillit aussi 600 espagnolEs fuyant la dictature Franquiste du 26  Janvier au 26  Mars 1939. En mars 1939, le nombre de réfugiés espagnols en France a été estimé à 440 000 personnes (26 janvier : Chute de Barcelone, la Catalogne tombe aux mains des troupes franquistes, tandis que 450 000 réfugiés espagnols entrent en France où ils sont internés dans des camps). A Die ils sont accueillis à l’ancien hôpital, Rue Joseph Reynaud,  comme les familles Serrat, Carrod, …On fait la soupe collective à la sous préfecture de Die, etc….

Entre 1911 et 1926 se sont 3000 italiens qui s’installent en Drôme.

Dès 1890 la démographie rurale française diminue fortement, la France a besoin de main d’œuvre pour effectuer de grands travaux et toutes nos routes de montagnes. C’est ce qui motiva les immigrés, entre autres les italiens, pour venir travailler en France. Dans la Drôme les italiens ont participé à la construction du barrage de Bouvante dans les années 1920-1930. Les Italiens ont profité de la relance économique de la France à cette époque pour émigrer. Arrivés en France, la plupart deviennent maçons ou bûcherons,  ils exercent leurs métiers à Bouvante, dans le Royans et dans le Diois.  Le secteur de l’agriculture attire aussi les Italiens. Dés 1930, certains vont avoir leur propre exploitation agricole et vont même devenir patron. Les italiens et surtout les italiennes ont beaucoup travaillé dans les soieries, entre autre celles de l’établissement Guérin et Raymond à Crest, Naëf à Saillans, Boutet et Armandry à Taulignan, Roudet et Franquebalme à Tulette. C’est par Modane que les italiennes, embauchées en Italie pour travailler dans les soieries, prennent des cars affrétés par les soieries. Les italiennes étaient souvent logées dans des « dortoirs-couvents », c’est le cas à Saillans où 83 italiennes se partagent les lits du dortoir n°2 de l’entreprise Naëf en 1911. D’autre travaillent dans l’industrie de la chaussure à Roman (Fenestrier ou Jourdan).

Cependant les italiens connurent des difficultés liées à la crise de 1929. Comme c’est le cas dans les soieries où il n’y a plus que 3% des italiennes alors qu’en 1911 elles représentaient 28% des actifs. Beaucoup de transalpins furent renvoyés de leurs usines ou bien ils passaient après les français, à cause de la loi Laval de 1932, n’autorisant les entreprises qu’à garder 10% des travailleurs étrangers.

Évolution de la Commune de Bellegarde en Diois

 

           Évolution de la population  de  Bellegarde en Diois (wicki) 
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
604 530 812 637 672 607 570 529 527
           Évolution de la population  suite (1)
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
506 459 434 390 388 412 407 402 385
           Évolution de la population  suite (2)
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
321 292 248 203 186 169 157 141 110
           Évolution de la population  suite (3)
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2007 2010
102 73 61 77 73 63 74 75 75

Au sujet de l'auteur

Médias Citoyens Diois

Lien Permanent pour cet article : http://mediascitoyens-diois.info/2017/03/biovallee-la-vallee-de-la-drome-70-ans-de-resistances-et-experimentations/

Laisser un commentaire