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Drôme : Tout sur nos poubelles…

Tout sur nos poubelles :  Comment s’en débarrasser ? 

 

 Il n’est pas inutile de regarder dans les zones alentour et même à l’étranger pour se poser quelques questions. Quelle solution conviendrait le mieux à notre territoire ? François, le spécialiste environnement,  interroge ce qui se fait ailleurs. Notamment en Autriche, dont il revient.
A noter : pour ne pas vous perdre, prêtez attention aux sigles : TMB, CVO, CSR… barbant mais indispensable !

Le SYTRAD

Notre voisin du nord a essuyé quelques plâtres dont il faut tirer les leçons. Après avoir rapidement abandonné l’option incinérateur pour de bonnes raisons (tonnage faible et incertitudes sur le pouvoir calorifique), il s’est engagé dans le traitement mécano-biologique (TMB) avec 3 centres de valorisation organique (CVO) à Etoile-sur-Rhône, Saint-Barthélémy-de-Vals, et Beauregard-Baret qui utilisent le même procédé.
L’ADEME écrivait dans son avis de 2014:
« Les 5 objectifs possibles – non exclusifs – pour le TMB sont :
– Sur la fraction à haut PCI (pouvoir calorifique inférieur) du déchet : (1) Produire de l’énergie sous forme de CSR (combustible solide de récupération). En clair, extraire du déchet ce qui peut brûler facilement.
– Sur la fraction fermentescible du déchet : (2) Produire de l’énergie sous forme de biogaz, (3) Fabriquer du compost, (4) Réduire et stabiliser les déchets avant de les mettre en décharge
– Sur l’ensemble du déchet : (5) Recycler des matériaux (métaux, plastiques, papiers-cartons)
, L’ADEME se montrait très réservée sur l’avenir de cette technique de valorisation organique qui nécessite toujours, en complément, de l’enfouissement ou de l’incinération.
Le SYTRAD a opté pour la fabrication de compost, avec un schéma identique dans les trois centres, décrit sur le site www.sytrad.fr, pour un investissement total d’environ 65 M€.
Les poubelles «grises» du SYTRAD qui arrivent aux CVOs contiennent (analyse type):

 

Soit, après transformation en compost et combustibles ou déchets ultimes selon le bilan 2015 :

 

Le compost se réfère à la norme française NFU 44-051, réputée peu exigeante par comparaison avec la norme européenne qu’il n’arrive pas toujours à atteindre. C’est pour cette raison que le SYTRAD envisage de réserver dans quelques temps un centre au bio-compost à partir de déchets uniquement organiques pour répondre à des spécifications de compost de plus en plus sévères.
Par ailleurs le SYTRAD cherche des débouchés pour ses CSR résiduels (mélange de plastiques, composites et papiers/cartons), dont une partie sont brûlés dans l’incinérateur ATHANOR de Grenoble, mais pourraient aller aussi vers les papeteries Eymin-Leydier, les cimenteries…
On est donc encore loin d’une solution globale au problème.

D’autres pistes ?

Certainement trier plus en amont en réduisant les ordures ménagères résiduelles.

 

Ainsi, en Autriche par exemple, on trouve (photo ci-dessus) des conteneurs distincts pour les textiles, les emballages métalliques, le verre distingué en blanc ou couleur, les papiers, les bouteilles + flacons + barquettes plastiques, et dans un autre endroit des conteneurs pour les déchets organiques (« Bio-Tonne ») et les ordures résiduelles (« Rest-Müll »). Il en est ainsi par quartier dans les zones d’habitat dispersé et aussi dans les ensembles d’appartements où une zone délimitée et fermée concentre cette gestion des déchets. On est bien loin de cette minutie dans le périmètre du SYPP, particulièrement à Montélimar où on trouve un bac pour le verre toutes couleurs confondues, et un autre pour les autres emballages plus les journaux et magazines, tout le reste devenant ordures ménagères. Pourquoi tout mélanger alors qu’on veut séparer pour recycler?
Toutefois même cette solution ne suffit pas, car il y a malgré tout pas mal d’incinérateurs en Autriche. Alors ?

Où se cache donc le diable des déchets ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Incinérer une matière plastique, est-ce vraiment valoriser ?

Comment se fait-il que le SYTRAD soit embarrassé de ses résidus combustibles (il est vrai peu homogènes) et que les Autrichiens, eux qui trient assez bien, aient toujours besoin d’incinérateurs?
Une réponse se trouve se trouve sans doute dans le lobbying que l’industrie des matières plastiques a effectué pour faire avaliser dans l’UE l’incinération comme une forme de «valorisation» énergétique des déchets. Ce qui se traduit en France par un «point vert» très léger pour les emballages plastiques pourtant non recyclables.
Autrement dit, il n’est pas plus coûteux de mettre sur le marché des emballages plastiques non recyclables ou hors consignes de tri («Autres emballages plastiques»). De même pour les autres matériaux (composites, papiers complexes…) pour lesquels le tarif n’est pas non plus dissuasif.
Voilà pourquoi l’industrie peut se vanter d’un fort développement des emballages plastiques ou composites flexibles. Le marché en valeur des emballages plastiques en France constitue 33% du total des emballages (plus d’un million de tonnes dont seulement 23% sont recyclées) devant le papier/carton (31% des emballages), loin devant le verre et les métaux (14% chacun). C’est bien sûr l’industrie agro-alimentaire, qui absorbe 70% de tous les emballages, qui constitue le principal débouché.
C’est ainsi que s’est constitué un solide cercle vicieux entre les incinérateurs et les plastiques et composites, les seconds fournissant du carburant aux premiers. Sans tous ces tonnages non recyclables, un incinérateur fonctionnerait très mal ou pas du tout ; aux premiers temps de l’incinération, il fallait parfois injecter du fuel ou du gaz pour assurer la combustion des déchets.

 

Le casse-tête du tri des matières plastiques

Des plastiques bien encombrants qui cachent un handicap majeur: si l’on peut toujours refondre, et indéfiniment, des aciers différents ensemble, des alliages d’aluminium différents ensemble, des verres différents ensemble et ajuster leur composition pour fabriquer le même matériau pour le même usage ou un usage similaire, cette fusion n’est pas possible pour les plastiques. Il faut les trier un par un pour (éventuellement) les recycler… le plus souvent dans une autre application (comme la laine polaire à partir de PET). Eco-Emballages s’est donnée une feuille de route ambitieuse pour généraliser le tri (surtout par des moyens optiques) de tous les emballages plastiques en 2022; en paraphrasant Jean-Pierre Raffarin «la route est droite mais la pente est rude» quand on part d’un niveau aussi faible de recyclage. Et encore faudra-t-il que les plastiques triés trouvent des circuits de recyclage performants.
Tout cela devra bien sûr être payé… de plus en plus cher pour des matériaux de plus en plus complexes et des obligations de recyclage de plus en plus élevées. En fin de compte c’est toujours le consommateur qui règle la note, laquelle est composée :
– du prix de l’emballage, incorporé dans le produit acheté
– du point vert, taxe que le producteur/distributeur ne fait que collecter en l’incluant dans le prix du produit
– et de la taxe d’enlèvement et de traitement des déchets ménagers perçue par les communes, car il faut bien couvrir tous les frais de traitement.
Bien que la quantité de déchets ménagers par habitant semble maintenant se stabiliser, elle a quand même plus que doublé au cours des 50 dernières années: sacré progrès !

 

Retrouver le bon sens

Il y a certainement quelque chose à faire. Par exemple, pourquoi transporter tous les déchets verts en déchetterie, et acheter ensuite du compost et/ou des engrais ? Alors qu’on peut disposer de composteurs de jardin pour les maisons individuelles, mais aussi des composteurs d’immeuble (lancés à Pluviane de Die ) ou de quartier ( les campings de Die), et même des petits composteurs de cuisine (oui, ça existe, même sans odeur, lesquels fourniront du compost pour les fleurs et les cultures du balcon. Car la nature est bien faite: la production de déchets verts d’un jardin, comme d’une forêt, est en principe suffisante pour nourrir la même surface.
Pourquoi s’embarrasser de tous ces sachets individuels, des emballages de plats préparés industriels, de portions de viande, de poisson ou de fromage, en général suremballés en plastique, dont l’enveloppe finira aussi aux ordures?
Pourquoi ne pas redécouvrir le service à la coupe et le vrac? ( Comme à la Carline )
Pourquoi ne pas travailler un peu moins pour cuisiner un peu plus?
Et où sont passées les consignes? Celles-ci continuent à bien fonctionner dans les pays scandinaves dans la grande distribution, car de toute façon nous retournons très souvent au même magasin.
Pourquoi enfin ne pas gérer son propre système d’emballages réutilisables?
Autant de questions qu’il faudrait se poser avant de vouloir choisir la meilleure technique pour traiter les déchets  tels qu’ils sont aujourd’hui, en quantité et en composition. Les déchets peuvent certainement être réduits: s’il serait osé de viser une société «zéro déchet» pourquoi ne pas oser quand même les réduire de 50% (soit le niveau de 50 ans auparavant), en éliminant au maximum les non-recyclables et les non-compostables?

Réfléchir à la manière de limiter les déchets avant de trouver des solutions pour s’en débarrasser

Le  SYTRAD serait donc bien inspiré de demander au Cabinet Inddigo d’envisager des scénarios fondamentalement atypiques, alternatifs, correspondant à de nouveaux modes de consommation (comment vivra-t-on en 2050 ?) et de gestion de leurs déchets par les habitants. Car les déchets constituent un système qui commence à l’acte d’achat du consommateur et devrait se terminer en valorisation organique, matière ou énergétique, plutôt qu’en élimination et perte définitive.
Et, dans ce but, faire appel à un groupe de citoyens volontaires (CLDD ou Ecologie au Quotidien )  pour interagir avec le consultant sur l’élaboration des hypothèses.
Car, tout comme la guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls militaires, la gestion des déchets est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls ingénieurs de ce secteur. Nous sommes tous directement concernés.
Chiche?

 

Paul Breynat

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