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Escrocs politiques…

Escrocs politiques

Le spectacle d’un François Fillon, aux abois, présentant des excuses, tout en défendant l’indéfendable hier à Paris, restera dans les annales. S’il fallait une illustration de la déconnexion de la classe politique française, le candidat des Républicains l’a infligée hier à la presse. Le Père la Rigueur, qui veut mettre les assistés (pas les assistantes!) au travail et les fonctionnaires au régime, peut donc encaisser tranquillement pendant quinze ans un million d’euros d’argent public dans l’opacité la plus absolue, attribuer la grand-croix de la Légion d’honneur à celui qui salarie fictivement épouse et enfants, toucher des chèques d’une caisse noire du Sénat et espérer gagner l’Elysée dans trois mois!

S’il l’incarne jusqu’à la caricature, ce sentiment d’impunité absolue n’est pas l’apanage du seul Fillon. Seule cette illusion peut expliquer qu’un Jérôme Cahuzac ait pu jouer au ministre des Impôts alors qu’il planquait des sous en Suisse. Qu’un Alain Juppé ait pensé représenter la probité face à Nicolas Sarkozy. Qu’un Manuel Valls ait espéré être le candidat de la gauche après cinq ans passés au gouvernement Hollande. Ou qu’un pervers sexuel comme DSK, réputé dans toute la République, pouvait se rêver en chef de l’Etat.

Au pays de l’esbroufe, François Fillon n’est pas un nouveau venu. Député depuis trente-six ans, il a vécu dans ce petit monde amidonné des renvois d’ascenseur et de l’omerta. Comment pouvait-il imaginer que ses modestes accommodements financiers allaient faire débat sur la place publique, au pays des époux Balkany, de Serge Dassault et du maître d’entre tous les bonimenteurs et autres accros aux frais de bouche, Jacques Chirac.

Sans oublier le Front national, largement exclu des institutions françaises pour cause de système majoritaire, mais qui sait s’adapter au «système» et à ses prébendes quand il y parvient. Comme au parlement européen, où le parti d’extrême droite faisait salarier ses permanents en les camouflant en assistants fictifs.

Fillon, Le Pen, deux pourfendeurs des «assistés», pris la main dans le porte-monnaie de l’Etat… En Suisse, on connaît la chanson: les plus durs partisans du libéralisme ne siègent-ils pas dans les conseils d’administration des caisses maladie aux frais des assurés sociaux?

Alors, tous pourris? Certainement pas! Mais la tolérance trop longtemps affichée par l’électorat devant ces compromissions pourrait être en train de s’éroder. Et c’est tant mieux! Sans jouer les moralistes, comment imaginer que des gens se prêtant à des manipulations financières, à des renvois d’ascenseur occultes, à tous les arrangements possibles avec la loi ne fassent pas de même avec leur programme? Et avec l’intérêt public?

«Chez ces gens-là, disait Jacques Brel, on ne vit pas, on triche.»

Paul Berth

 

Coincés, Philippot et le FN attaquent l’AFP et les juges. Avec Fillon, même combat

Cette fois, nous y sommes ! Le Front national et les Fillonistes sont en train de bâtir une espèce d’union sacrée contre la presse et la justice sur le dos de notre démocratie.

J’exagère ? Je voudrais bien… Mais les faits sont là. Deux semaines après le procès intenté par le candidat de la droite et du centre contre « le complot » qui serait ourdi contre lui avec la complicité des médias et des juges, voilà que Florian Philippot ravale les informations de l’AFP à des « fake news », des « fausses nouvelles ».

Les bégaiements de Philippot et Bay

Depuis vendredi, le numéro 2 du Front national bégaie ce message en boucle sur les ondes pour contrer les soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur son mouvement, accusé par le Parlement européen – preuves à l’appui – de détourner massivement des assistants parlementaires payés par l’Europe pour les faire travailler pour le parti. Ce qui est rigoureusement interdit.

L’offensive de décrédibilisation a commencé vendredi au micro de RTL. Incapable de fournir une explication sérieuse aux pièces accablantes avancées par l’office de répression des fraudes européen (OLAF), Philippot a mis en cause les dépêches de l’Agence France Presse – mondialement réputée pour la fiabilité et la rigueur des informations qu’elle diffuse sur les cinq continents. Il a fait du Trump : ce ne serait donc que des « fake news », des ragots malveillants. Hier, il a récidivé à propos du programme de Marine Le Pen, dont les journalistes de l’agence déformeraient les propositions.

Le soir, c’est une autre pointure du FN, Nicolas Bay, qui s’y est mis sur Europe 1.

Tous les faits rapportés par les médias qui mettent en évidence un système organisé au sein du mouvement pour faire prendre en charge par le Parlement européen la collaboratrice particulière et le garde du corps de la candidate ne seraient pas valides. Ou plutôt – degré supplémentaire – il faudrait les lire autrement… Selon Bay, le Parlement chercherait à enfermer lesdits assistants parlementaires dans les bureaux et couloirs strasbourgeois et bruxellois.

Le FN n’échappe pas au « tous pourris »

Une extraordinaire réécriture des faits, bien commode pour justifier l’injustifiable. Le FN, plus encore que tous les autres mouvements, profite à fond du système qu’il dénonce. L’Europe est une vache à lait qu’il exploite jusqu’à la dernière goutte. Il faut les voir parader à table à Strasbourg, ces députés européens qui passent leur temps à traîner l’institution dans la boue et qui invitent des fournées de sympathisants pour prendre des selfies glorieux. Mais pour Marine Le Pen et ses amis, il faut dissimuler cette évidence : le « tous pourris », qui fait leur fonds de commerce électoral, ils en font partie ! Avec même, une goinfrerie sans limites.

Pris la main dans le pot de confiture, il ne leur reste plus qu’une échappatoire : tout ça, c’est bidon, monté en épingle par de vils journalistes et des juges à la solde du pouvoir. C’est si simple à comprendre, braves gens ! Ne les écoutez plus, ces médias corrompus. Ils vous racontent des histoires.

L’exemple Fillon

On dirait du Fillon dans le texte ! Dans les cordes, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy – qui se fait entourer par des journalistes renégats expérimentés – s’est converti en accéléré la croisade du média-bashing. L’invocation du principe de légalité ne suffisant plus à couvrir l’utilisation grossière de sa femme Penelope pour gonfler le budget familial avec de l’argent facilement soutiré à l’Assemblée nationale (c’est comme cela qu’on peut résumer le cas), il est passé au fantasme du coup d’État et à la mise en cause de l’impartialité judiciaire.

Toute la panoplie du petit autocrate qui veut déployer un écran de fumée pour enfumer ses malhonnêtetés légales ou non. À suivi un bras d’honneur : même mis en examen, il restera « candidat jusqu’au bout ». Ou comment transformer une combine minable mise au jour par la presse en héroïsme du seul contre tous.

La ficelle est grosse mais elle lui a permis de ne pas plonger dans le vide d’une renonciation piteuse.

Fillon a donc montré l’exemple… que Marine Le Pen et Philippot suivent. Ils s’engouffrent dans la brèche, profitant de l’extrême confusion qui noie de début de campagne dans un brouillard de scandales. C’est bien une alliance objective contre des ennemis communs que la candidate du FN et l’honorable gagnant de la droite et du centre sont en train de sceller. Avec un principe commun : qu’importent la morale, et même la justice ! Seul le jugement du (bon) peuple comptera.

Un mécanisme qui a toujours ruiné les démocraties, pavé le chemin à l’arbitraire et, au final, déroulé le tapis rouge aux dictatures, soft d’abord, hard ensuite.

J’exagère encore ? Je voudrais bien.

Olivier Picard

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Médias Citoyens Diois

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