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Isabelle Théry, présidente du tribunal de grande instance de Valence : « Le temps nécessaire pour rendre justice »…

Isabelle Théry : « Le temps nécessaire pour rendre justice »

Arrivée du Vaucluse, Isabelle Théry a été officiellement installée comme présidente du tribunal de grande instance de Valence, lundi 10 avril, lors d’une audience solenelle à la salle des Pas Perdus. L’un des ses leitmotiv : « rendre la justice plus accessible au justiciable ».

 

La Drôme, elle connaît déjà un peu. La nouvelle cheffe de juridiction ne sera pas vraiment dépaysée. Jusqu’à ces dernières semaines, Isabelle Théry était une « voisine » qui exerçait en tant que présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Carpentras. Entre le Vaucluse et notre département, il n’y a qu’un pas. Officiellement installée à la tête du siège du TGI de Valence lundi 10 avril, cette Stéphanoise de naissance a déjà exercé une fonction de conseillère à la cour d’appel de Nîmes, de juge dans divers tribunaux du grand quart Sud-Est, de Juge d’application des peines (Jap) et même comme magistrat d’un parquet. À presque 54 ans, cette femme solidement ancrée dans la région peut se prévaloir d’un véritable esprit de synthèse et d’une expérience professionnelle au sein des deux grands versants de la justice : le civil et le pénal.

D’emblée, quelles différences et points communs notez-vous entre le Vaucluse et la Drôme ?

Isabelle Théry : Dans le Vaucluse, il y a deux tribunaux de grande instance, un à Avignon pour la partie sud du département, l’autre à Carpentras pour le Nord. En Drôme, il y en a un seul à Valence, bien situé géographiquement. Mais cela représente le double d’activité et d’affaires traitées. Dans les deux cas, on note que ce sont les affaires familiales qui prédominent. Elles sont en recrudescence ces dernières années, cela représente près de 60 % des contentieux.

À quoi sert un président de TGI ?

Vaste question ! Son rôle a beaucoup évolué. Les ressources humaines prennent davantage de temps aujourd’hui. On a le devoir d’appliquer les directives de la loi Lolf (loi organique relative aux lois de finances) qui impose des cadres budgétaires. Elle a constitué un tournant pour la justice française et pour les chefs de juridictions. On est parvenu assez rapidement à des notions de gestion des moyens et de performance. Il a fallu s’adapter. À mon arrivée à Valence, j’ai par exemple pris plusieurs jours pour rencontrer chacun des 26 magistrats du siège, à la fois pour faire connaissance, mais aussi mieux appréhender les spécialités de chacun, peaufiner avec eux leurs rôles, leurs évolutions professionnelles, les besoins de la juridiction. Le président du TGI, c’est un manager qui oriente, prend du recul sur les grands axes, sur l’organisation en interne du siège. Mais il doit le faire en concertation avec l’autre décideur, c’est-à-dire le procureur de la République, pour le parquet. Un tribunal, c’est une dyarchie.

Est-ce que vous devez faire constamment le lien avec le parquet ?

L’entente est indispensable entre d’un côté la partie pénale et de l’autre, ce qui relève du civil. Même si chacun a son domaine de compétence. En matière civile, c’est moi qui organise, qui affecte tel juge à telle spécialité, en fonction de leurs compétences et leurs possibilités. Pour la partie pénale, le procureur de la République est le déclencheur de l’action publique, c’est lui qui a le pouvoir de décider d’éventuelles poursuites judiciaires. On ne peut pas complètement séparer le civil du pénal. Le traitement des contentieux va, par exemple, avoir une incidence sur le nombre d’affaires. La politique pénale du parquet impacte nécessairement l’organisation de la juridiction.

Avez-vous déjà de grandes orientations en perspective ?

Je voudrai qu’on retrouve, au siège du tribunal, un nombre de magistrats plus adéquat par rapport à la taille de la juridiction. Passer à 28 me semble être un objectif, mais je n’ai aucune prise là-dessus, c’est le ministère qui décide. Il faut savoir que la France est en Europe l’un des pays les moins bien dotés en nombre de magistrat par habitant. Il faut aussi qu’on progresse davantage sur la dématérialisation. Mais j’aimerai surtout que l’on progresse dans la notion de justice de proximité, qu’on soit plus en adéquation avec les besoins du justiciable. À terme, je souhaite que l’on crée au sein du siège du tribunal de Valence un vrai service d’orientation pour le citoyen, une sorte de « pôle ressources », où le justiciable trouvera toute la documentation possible, où il sera conseillé le mieux possible. L’accueil du tribunal existe déjà, mais il faut l’étoffer et le moderniser. D’une manière générale, je souhaite une justice de qualité. Précipiter une décision, ce n’est jamais très bon. Pour moi, « le rythme de la société diffère du temps nécessaire pour juger ».

Cyril Lehembre

http://www.drome-hebdo.fr/

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Médias Citoyens Diois

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