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Drôme : Connaître les enjeux et les évolutions du changement climatique en Biovallée… avec Jean Jouzel en introduction !

A l’invitation de l’association Biovallée, le campus-Biovallée accueillait jeudi 15 juin le climatologue et vice-président du GIEC Jean JOUZEL. L’occasion de mieux connaître les enjeux et les évolutions négociations internationales sur le changement climatique. L’occasion, pour Jean JOUZEL, de connaître une vallée engagée par ses habitants dans la transition écologique.

Jean Jouzel en Biovallée

Ci dessous la présentation par Didier JOUVE de la multitude des actions menées par tous en Biovallée pour le développement durable. MCD

Nous sommes ici dans un territoire qui connaît déjà le changement climatique.

Les vendanges de la clairette sont maintenant en avance de deux à trois semaines, et les chenilles processionnaires sont venues du sud.

Nous sommes dans un territoire sans industrie lourde, mais qui se transporte, se chauffe, consomme, produit des déchets, utilise de l’énergie; la Biovallée achète environ 180 millions d’euros d’énergie par an. On imagine au passage ce que cet argent pourrait apporter au territoire si il ne partait pas en fumée carbonée.

Le dérèglement climatique et le réchauffement global concernent donc l’ensemble de nos activités, qu’elles soient conduites par les entreprises, les collectivités publiques ou directement par les habitants et leurs associations.

Dans la Biovallée, La question d’un développement respectant l’avenir est ancienne.

Le développement durable, tel que défini dans le rapport Brundtland, combinant efficacité économique, exigence sociale, responsabilité environnementale et bonne gouvernance, à été mis en application ici dès les années 70 par des pionniers. Nombreux sont dans la salle ce soir, et souvent adhérents de l’association Biovallée.

Les collectivités publiques, elles aussi, sont entrées tôt en mouvement, il y a trente ans. Confrontées au fantastique défi d’une rivière à réhabiliter, pour la n jouzelfaire passer en 20 ans de dépotoir à plus belle rivière sauvage d’Europe, elles ont promu des démarches globales et collectives, associant de nombreux acteurs, jusqu’à écrire collectivement le règlement d’usage et de protection d’une rivière. Le premier schéma d’aménagement et de gestion des eaux de France est né ici, alors que la loi sur l’eau était encore en écriture. Puis les collectivités ont développé d’autres politiques contractuelles soutenues notamment par la Région, contrat de développement durable, grand projet Rhône alpes, dont chaque fois le développement durable est le fil. L’an dernier, la communauté de communes du Val de Drôme, à l’unanimité, a changé son nom : elle s’appelle désormais val de Drome en Biovallée. C’est un signe puissant.

Les entreprises en Biovallée, ce sont plus d’un millier d’emplois dans l’agriculture biologique, l’agro-alimentaire bio, les plantes aromatiques et médicinales, la cosmétique bio, la lutte biologique intégrée, l’éco-construction, les énergies renouvelables, le tourisme vert et responsable, les matériaux de construction écologique, le recyclage automobile, les bureaux d’études, et les formations pour aller plus loin. Ici, le tiers des agriculteurs sont en bio, et les démarches de conversion se développent toujours. L’objectif est d’arriver à 50% dans 3 ans.

Les collectivités en Biovallée se sont investies dans l’éco-construction ; de nombreux bâtiments, pépinière d’entreprise, le campus dans lequel vous vous trouvez, le gymnase de Piegros-la clastre, la crèche de Aouste et celle de Loriol, l’éco-quartier de Loriol en sont quelques exemples. Le plus récent bâtiment, l’immeuble de bureaux de la CCVD, en cours de construction sur l’Ecosite, est isolé avec des murs en paille et est à énergie positive. La plupart des rénovations sont conduites dans le même esprit, avec des matériaux sains faible énergie grise. Le territoire accueille plusieurs installations de chauffage conséquentes utilisant le bois, à Piegros pour chauffer le gymnase, à Saillans, pour l’ancien temple ; Sur l’Ecosite tous les bâtiments publics sont entièrement chauffés ainsi. Le stade pionnier est dépassé, la diffusion est engagée. Evidemment la demande donne aujourd’hui des débouchés à des producteurs locaux.

En même temps, les installations de production d’énergie se sont multipliées : Luc en diois est une ville pionnière de la petite hydro-électricité, Die et Romeyer se sont associés autour d’une micro centrale, à Eurre, des panneaux photovoltaïques sont installées sur quatre bâtiments de l’Ecosite, et aussi sur une école de Loriol. La communauté de communes du val de Drôme a établi avec des universitaires un cadastre photovoltaïque, qui démontre que les besoins du territoire pourraient être entièrement servis en équipant tous les toits correctement orientés. Dans la vallée, 12 communes ont déjà décidé de l’extinction partielle de l’éclairage nocturne, les intercos construisent une vélo route, installent des bornes électriques, utilisent des véhicules électriques… décision après décision, elles ont engagé la transition. Le Val de Drome et la communauté du crestois et du pays de Saillans sont entrées ensemble dans une démarche de territoire à énergie positive. La CCVD achète uniquement de l’électricité verte, Crest ouvre des pistes cyclables, Loriol va prêter des vélos électriques.

Du coté des entreprises, l’engagement est important. De très belles installations d’énergie renouvelable ont été réalisées. La cave coopérative de Die a couvert ses toits de panneaux, ainsi que ceux de ceux de 27 coopérateurs, au total près d’un hectare. L’Herbier du diois, dont l’installation de 2000 m2 couvre l’usine, démontre qu’on est aujourd’hui très loin de l’anecdote. A Crest, Aouste, Livron, des entreprises ont également investi. A l’ouest, Des petites fermes éoliennes sont sur les hauteurs. D’autres projets privés, photovoltaïques et éoliens, devraient encore sensiblement renforcer la production renouvelable de la Biovallée. Plusieurs entreprises comme l’Herbier du diois ou Charles et Alice incitent leurs salariés à la mobilité douce, réduisent leurs consommations ou modifient profondément leurs process comme GPA, premier recycleur d’automobiles certifié iso 14001, qui produit chaque année 40.000 pièces garanties. De nombreuses entreprises réussissent dans le champ des solutions alternatives ; l herbier du diois est le plus important grossiste européen de plantes aromatique et médicinales, en desservant 72% du marché ; Bioline à Livron, créée il y a trente ans, élève des insectes auxiliaires prédateurs pour la protection biologique intégrée ; plusieurs laboratoires produisant des huiles essentielles et des cosmétiques bio grandissent . Ces entreprises, qui ont signé la charte de Biovallée, sont engagées dans un processus d’amélioration continue. La mise en mouvement suscite maintenant l’arrivée de nouvelles entreprises qui placent le développement durable au sein de leur stratégie. Biovallée devient progressivement une force d’attraction.

Le rôle de nombreuses associations est également considérable ; elles ont tissé au fil du temps un ensemble de liens ici dans la population, et également très loin avec d’autres pays, territoires et centres de recherche. C’est en Biovallée qu’est née la cosmétique Bio, et le label Cosmebio, référence exigeante, qui rassemble aujourd’hui plus de 400 entreprises en France et dans le monde. C’est ici qu’est née Terre de liens, une association qui achète et remet en location partout en France des fermes pour développer l’agriculture bio, 360 fermiers, 3000 hectares, 12000 actionnaires citoyens.

Ici encore, les fondateurs des journées de l’écologie qui, depuis 17 ans, ont construit un événement majeur qui rassemble chaque année, sur près de deux semaines 300 intervenants, 100 bénévoles et plus de 11.000 visiteurs. Ici encore, les fondateurs de coopératives d’entrepreneurs, de pépinière agricole…

Il est vraiment impossible de citer ici toutes les initiatives et actions, qui atteignent une grande densité ; Les jardins bio du monastère de sainte croix, les formations de l’école de la nature et des savoirs, l’épicerie coopérative de la carline, le formidable lieu d’accueil du Martouret, les tiers lieux et espaces de co-working , le 8 fab lab, l’atelier, l usine vivante, les jardins partagés, le marché bio de Livron , Dromolib pour promouvoir l’éco-mobilité, tant d’autres encore font chaque jour avancer le développement durable dans la Biovallée.

Et lorsque les entreprises, associations et collectivités construisent ensemble, c ‘est aussi très fort. Ca bouge dans ma cantine, pour manger bio et local ; familles à énergie positive et cycle d’ateliers conversation carbone pour accompagner les évolutions individuelles, plates forme de rénovation énergétique DOREMI pour aider les particuliers à passer leur maison en BBC, les AMAP pour manger bio et local , le bois buche local et responsable de Dryades pour se chauffer , le réseau des éco-hébergeurs, les centrales villageoises photovoltaïques …Il faudrait encore parler de nombreuses initiatives sportives et culturelles ou éducatives qui s’inscrivent dans la même perspective.

Il est urgent de publier le grand livre ou le grand blog des ressources de la Biovallée. L’association va s’y employer.

Ce qui frappe forcément dans cette longue liste très incomplète, c’est la diversité des actions menées, le fait qu’elles ne concernent pas seulement des process de production mais aussi des investissements et des politiques publics , des engagements associatifs et des changements de mode de vie et d’organisation sociale. 

On voit aussi la multiplicité des partenariats tissés, la façon dont le territoire par tous ses acteurs produit une réponse à la fois cohérente, multiforme, transversale, à l’enjeu du siècle qui commence ; un siècle dans lequel on aurait garanti l’avenir des générations qui nous succéderont ; un siècle pendant lequel, à la place du PIB, on se mettrait à mesurer notre progrès autrement, par exemple par un indicateur de Bonheur Intérieur Brut.

Biovallée a un gros potentiel ; Ne cachons pas les difficultés, tout n’est pas acquis, loin de là ; la société mute mais reste encore, à mains égards, réticente. Comment atteindre les objectifs fixés par la COP21 ? Comment Biovallée peut elle, et par quelles décisions et actions, devenir l’éco-territoire qu’elle ambitionne d’être ?

Plus généralement, quelle contribution le territoire va t-il apporter au grand chantier de la transition ?

Il faut encore ouvrir de nouvelles pistes, en conforter d’autres, déterminer des priorités et mettre toute l’énergie positive rassemblée au service des réalisations.

Didier JOUVE

Vice Président de l’association Biovallée®

26150 Die

 

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Médias Citoyens Diois

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