Juil 23 2017

Notre Hebdo-Philo : « De l’espoir à l’espérance »…

Comment passer de l’espoir à l’espérance ?

Je reprends ici le questionnement d’un débat que j’ai animé. J’avais choisi ce sujet car il me semblait que les notions en question étaient d’un intérêt certain au regard de ce qu’on nomme déjà «l’essoufflement psychique» ambiant.

  

Ainsi le questionnement sur la différence entre espoir et espérance pouvait- il nous inviter au sens de la vie puisque la proximité apparente des deux mots n’est pas sans cacher-selon moi- des modes d’être différents.

 

Mais, tout d’abord, y avait-t-il dans dans le « passer de l’espoir à l’espérance» une idée de progression ou de régression qui justifierait un vouloir et donc, un « comment passer de… à  » ? Ce n’est pas sûr du tout et d’ailleurs, le proposant du sujet l’a compris et l’a dit en fin de débat. Merci à lui.

 

Mais résumons : l‘espoir se rapporte à une situation désirable sans que ce que cela soit assuré. Même s’il y a de la confiance dans l’espoir, il y a forcément de l’ignorance à l’égard de l’avenir. Cela s’accompagne d’une attente, mais aussi de la crainte. La crainte d’un mal à venir qui serait la non-réalisation du bien à venir.

  

Comte Sponville nous dit : »espérer c’est désirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir». Pour Bernanos, l’espoir consiste à espérer, au sein d’un présent qui pleure, en des lendemains qui chantent. Pour lui, ce qui est important de voir c’est cette défaite du présent, voire son malheur;  comme source de l’espoir. Il semble donc être de son essence de décevoir puisque les lendemains qui chantent seront suivis par de nouveaux espoirs et ainsi de suite.

 

Quid alors de l’espérance? Est-ce si différent ? Disons qu’elle présente – tout au moins à mes yeux- quelques atouts.

 

D’abord, elle participe d’une conviction intime. A ce titre ,elle est  toujours personnelle et procède de la liberté. C’est sa force et son «invicible humilité» Face à l’écrasante arrogance du factuel érigé en ontologie, croire qu’au- delà de tout il y a du juste, du bon et du beau, qu’il s’est manifesté et qu’il se manifestera encore, que l’histoire n’est pas close et que peut -être un jour, le monde…c’est quoi ? Être platonicien ou simplement humain?.

 

L’espérance se fonde par conséquent sur une volonté de voir et de penser que je construis moi-même puisque je pourrais, produire, moi aussi, de la valeur. dussè-je vivre par endroit, dans le tourniquet des passions tristes si finement décrites par Spinoza, le doute en creux qui la nourrit.

 

Ainsi, au plus grand dam des réalistes, la flamme de l’espérance éclaire encore, pour beaucoup, de grands pans d’ombre de sa petite lumière. Car elle est fondée sur un acquis de la conscience « que rien, sauf le désastre subjectif d’un reniement ultérieur, ne pourrait effacer».

 

S’agissant de son vécu chrétien, l’incarnation du « verbe fait chair» et la résurrection du Christ sont, historiquement, une victoire déjà-là. Si vous n’y croyez pas, disait st Paul, votre foi ne vaut rien et votre amour, aussi pur soit- il, ne vous sauvera.

 

Mais peut-on en rester là ? Peut-on avoir de l’espérance pour soi dans le présent de sa vie et sans Dieu ?

  

Oui, certains le pensent. A la condition qu’elle soit pensée comme une vertu. Ce serait alors la capacité «de discerner ce qu’il y a de succès déjà acquis, d’actions déjà heureuses et de mouvements vers la justice».

 

C’est à ce titre que la libération vis-à-vis de faux espoirs peut s’opérer. Dans cette visée, il suffit de garder une posture humaniste dans l’accueil de l’avenir. Son meilleur garant n’est-il alors ces valeurs incarnées que les hommes intériorisent au point de les assimiler à leur nature. Entre l’impérieuse poussée de la singularité créatrice, de la différence qui nous éduque à l’altérité  mais aussi de la belle tentation de l’universel.

A l’échelle d’un vie, il est vrai que cette espérance n’est que locale, partielle et restreinte. Aussi requiert-elle le courage de lui offrir un devenir, de la mettre en action. La conviction aussi, que parfois, des miracles surgissent « au cœur d’un labeur ».

Mais alors, si cela est soi-disant si présent, quand donc l’sepérance nous rappelle-t-elle à son existence? Eh bien, entre autres, lorsque,dans un moment d’authenticité, nous nous posons des questions indépassables :quel est le sens de la vie, pourquoi cette vie?, pourquoi moi ? est-ce absurde ?

 

Certes, il faut du courage pour se les poser et ce courage- là, personne ne peut l’avoir à notre place. Les conformismes et les préjugés de tous bords nous sont ici d’aucun secours surtout si l’anomie du temps, avec  son bonheur dans la croissance, nous exténue d’avance, de sa pesante inanité,

  

Pour l’athée, l’espérance relève de l’opacité et de l’inconcrétude. Pour le chrétien, la lueur qui ne s’éteint jamais face aux éclipses de l’espoir vient de ce que « la victoire produit l’espérance et que l’espérance, face à l’espoir, ne trompe pas »( st Paul) .

  

Ainsi, et c’est ici le point nodal de mon propos, si la connotation religieuse d’un sujet a constitué, une fois de plus, un pare-feu à toute épreuve pour certains, ce modeste café-philo, nous a peut- être éclairé sur le fait que nous ne sommes pas condamnés à ignorer  l’espérance dans notre vie.

  

Si celle-ci est bien une promesse, -et cela, chacun peut le ressentir un matin malgré le poids du quotidien – alors il devient envisageable de penser le principe de transcendance qui l’exalte ou la fonde. C’est à tout le moins, le choix qui nous revient. 

Gérard  Tissier

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