Juil 13 2017

S’installer à la campagne, une vision d’avenir…

« Nous devons changer le regard que nous portons sur nos campagnes »

Quentin Jagorel et Thomas Janicot, élèves de l’ENA, dans une tribune au « Monde », observent que la majorité des territoires ruraux se repeuplent et sont entrés dans une dynamique qui ne peut être réduite à la question agricole.

 

« La France rurale ne doit pas être ramenée à un espace nécessairement en perte de vitesse démographique. Les ruralités, dans toute leur diversité géographique, sociale et culturelle, représentent 85 % de la superficie nationale et 27 millions de Français » (Montignac, le 24 mai).

Le regard porté sur la ruralité dans le débat public actuel pâtit de schémas mentaux hérités du passé : l’opposition binaire à la ville, l’image d’une campagne qui se vide de ses habitants, ou d’un monde de paysans qu’il faut aider face à un déclin inéluctable. En témoignent les analyses, souvent caricaturales, développées à la suite du dernier scrutin présidentiel, séparant la France en deux blocs : l’un urbain, dynamique et inscrit dans la mondialisation, l’autre rural et décroché.

Il suffit pourtant de se rendre en Ardèche ou en Corrèze ( où en Drôme ), dans l’Indre ou en Saône-et-Loire pour constater que la réalité est souvent bien éloignée de ces poncifs. A l’aube de ce nouveau quinquennat, repenser les politiques publiques en faveur des territoires ruraux impose donc de changer en profondeur le regard que nous portons sur nos campagnes.

En premier lieu, la France rurale ne doit pas être ramenée à un espace nécessairement en perte de vitesse démographique. Les ruralités, dans toute leur diversité géographique, sociale et culturelle, représentent 85 % de la superficie nationale et 27 millions de Français. La vieille grille d’analyse construite autour de la « diagonale du vide » a fait son temps. Aujourd’hui, à quelques exceptions près comme la Haute-Marne ou le Cantal, l’espace rural français est en voie de repeuplement, essentiellement grâce à un solde migratoire positif.

Les néoruraux sont désormais en majorité de jeunes couples avec des enfants en bas âge, et non plus des retraités comme il y a encore 30 ans. Ce repeuplement par l’installation d’une population jeune a comme conséquence d’augmenter à son tour l’accroissement naturel de ces territoires et donc de favoriser à moyen terme leur revitalisation.

L’agriculture, qu’un aspect

En second lieu, les ruralités ne peuvent pas être pas être résumées à la seule agriculture : 72 % de l’activité économique rurale est aujourd’hui réalisée dans le secteur tertiaire ! L’agriculture présente évidemment un enjeu considérable pour nos campagnes et des solutions devront être apportées aux agriculteurs, face notamment au poids de la contrainte réglementaire, aux difficultés de financement de l’innovation pour les petites exploitations ou aux déséquilibres du partage de la valeur dans la chaîne agroalimentaire.

Pourtant, dans trop de discours, l’enjeu pluriel des ruralités est confondu avec celui de l’agriculture, qui n’en est pourtant qu’un aspect. Ceci s’explique sans doute par la défense efficace des intérêts agricoles dans des lobbys structurés depuis des décennies.

Porter un regard nouveau et optimiste sur les ruralités ne signifie toutefois pas qu’il faut ignorer leurs difficultés et les nombreux défis auxquels elles doivent faire face.

Le premier est celui de l’accessibilité des services au public. L’accès aux soins devient une préoccupation majeure alors qu’un million de Français vivent à plus de 30 minutes d’un service d’urgence. Les difficultés d’accès aux services de l’emploi et aux services sociaux pour les personnes les plus vulnérables, le maintien de zones blanches sur des pans importants du territoire, plaident en faveur d’une politique ambitieuse qui permettra à tous les citoyens d’accéder aux services dont ils ont besoin.

Des contrats de ruralité

Le second défi est celui de la dynamisation économique de nos territoires. Le récent rapport de juillet 2016 de l’Inspection générale des finances (IGF) et du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) souligne que le taux de vacance commerciale dans les centres des villes moyennes de France dépasse les 10 % en 2015. Ce constat rappelle l’urgence pour les élus locaux, avec l’appui de l’État, de remédier à la dévitalisation des centre-bourgs.

Parallèlement, le soutien au tissu de PME implantées sur nos territoires, le développement de zones industrielles génératrices d’emplois et surtout le développement de la couverture numérique et téléphonique du territoire, sans laquelle il ne peut y avoir d’attractivité à l’heure d’une mondialisation connectée, doivent être les priorités de la prochaine mandature présidentielle.

Il est vrai que l’Etat s’engage massivement depuis plusieurs années en faveur des ruralités : 3 milliards d’euros ont été alloués pour couvrir la France en très haut débit d’ici 2022, 1 milliard d’euros de dotation d’équipement aux territoires ruraux (DETR) devrait être accordé aux collectivités rurales pour 2017. La création en mai 2016 des contrats de ruralité, imaginés sur le modèle des contrats de ville et destinés à soutenir des projets structurants pour les territoires, devrait soutenir significativement l’investissement public local.

Par ailleurs, la création de 1 400 maisons de santé pluridisciplinaires, la mise en place d’une garantie d’accès aux soins urgents en moins de 30 minutes, le développement de la télémédecine, la création de 364 maisons de services au public (MSAP) dans tous les départements de France vont contribuer à renforcer l’accessibilité des services aux publics dans les zones les plus déficitaires. Ces investissements resteront, selon les dernières annonces, une priorité pour le nouveau gouvernement.

Des atouts

L’Etat peut compter sur l’action déterminée de nombreuses collectivités locales rurales, premières concernées par ce combat. La montée en puissance des intercommunalités et des nouvelles régions constituera sans aucun doute une opportunité pour ces territoires de repenser leur stratégie en faveur du développement rural.

Pourtant, l’heure est aujourd’hui à un véritable changement de paradigme, pour que les ruralités ne soient plus seulement considérées comme des territoires à soutenir, mais au contraire deviennent des terres dans lesquelles il faut investir. Les territoires ruraux français regorgent de forces vives et d’atouts qui doivent être développés : l’offre de foncier y est importante et peu chère, l’énergie photovoltaïque, la biomasse et la géothermie y sont des relais de croissance indéniable.

La ruralité est aussi un formidable levier d’attractivité touristique, encore trop peu exploité, alors que 70 % des touristes étrangers qui viennent en France se partagent entre Paris et la Côte d’Azur. Des sites touristiques exceptionnels existent pourtant un peu partout sur le territoire : ils sont autant d’atouts sur lesquels nous devons investir, à l’heure où l’écotourisme et l’œnotourisme se développent, et où notre position de première destination touristique mondiale est concurrencée par l’Espagne et les Etats-Unis.

Toutes les politiques menées pour les ruralités atteindront très rapidement leurs limites si nos campagnes ne sont pas, une fois pour toutes, regardées comme contrastées, multiples, et tournées vers l’avenir.

Quentin Jagorel et Thomas Janicot (Elèves de l’Ecole nationale d’administration)

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