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« Il faut prendre à l’agriculture conventionnelle pour donner à l’agriculture bio »…

« Il faut prendre à l’agriculture conventionnelle pour donner à l’agriculture bio »

 Réaffecter une partie des aides européennes de l’agriculture conventionnelle vers l’agriculture bio ? C’est ce que plaide Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB). Le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, a jusqu’au 31 juillet pour trancher.

Eleveur bio à Bernières-le-Patry, dans le nord de la France.

 La FNAB vient de cosigner un communiqué avec cinq ONG de défense de l’environnement pour alerter sur les menaces qui pèseraient sur les aides à l’agriculture biologique. Qu’est-ce qui vous inquiète ?

Stéphanie Pageot : Lors du lancement des États généraux de l’alimentation, le 20 juillet dernier, le gouvernement a affiché clairement son ambition d’engager la transition écologique de l’agriculture française. Or, alors que l’agriculture biologique connaît un développement sans précédent – 21 fermes bio se créent chaque jour –, l’enveloppe versée par Bruxelles au titre de la politique agricole commune (PAC) pour soutenir ce mouvement est déjà épuisée, et nous ne sommes qu’à mi-parcours de la programmation 2015-2020 !

Comment en est-on arrivé là ?

S. P. : Pour le comprendre, il faut revenir sur le mécanisme complexe de la PAC. Un exploitant bio reçoit deux types d’aide de l’Union européenne. Une aide à la conversion versée pendant cinq ans pour compenser la perte de revenus liée au changement de système agricole. Puis une aide au maintien qui prend le relais pour consolider l’exploitation dans la durée.

Or, depuis 2015, ces aides sont gérées par l’État et les régions. C’est à ces dernières qu’est revenue la charge de notifier à Bruxelles leur demande d’enveloppe pour la période allant jusqu’à 2020. Et il se trouve que beaucoup d’entre elles ont sous-estimé les besoins et le succès que rencontre le bio, nombre d’agriculteurs conventionnels touchés par la crise décidant de sauter le pas.

Résultat : en 2015 et en 2016, la France a consacré 130 millions d’euros au soutien à l’agriculture biologique quand il en faudrait environ 250 millions pour faire face à cette vague de conversion. Et voilà comment, à mi-parcours, on se retrouve pratiquement sans argent.

Quelle est la solution ?

S. P. : La solution serait de prendre à l’agriculture conventionnelle pour donner à l’agriculture biologique. C’est techniquement faisable même si c’est, là encore, un peu complexe à expliquer.

Pour simplifier, rappelons que la France reçoit chaque année 7,5 milliards d’euros au titre du 1er pilier de la PAC – aides directes pour soutenir le revenu des exploitants – et 1,5 milliard au titre du 2e pilier qui finance les zones à handicaps naturels, les mesures environnementales et climatiques et les aides au bio.

Or, la réglementation européenne permet aux États membres de transférer jusqu’à 15 % du budget alloué du pilier 1 vers le pilier 2. Le gouvernement peut donc très bien décider, demain, d’augmenter la part de transfert, actuellement de 3 %.

Il appartient désormais au ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, de prendre ses responsabilités. Sachant qu’il a jusqu’au 31 juillet, date limite pour notifier à Bruxelles sa décision.

Est-ce une bonne politique que de déshabiller Pierre – l’agriculture conventionnelle – pour habiller Paul – l’agriculture biologique ?

S. P. : Dans un contexte de contraintes budgétaires, il faut faire des choix politiques et stratégiques. Face aux crises multiformes auxquelles est confrontée l’agriculture française, soit on continue de perfuser une agro-industrie en très mauvais état de santé, soit on décide de changer de système. À la FNAB, nous défendons l’idée que miser sur l’agriculture biologique, c’est miser sur l’avenir. Aujourd’hui, cette filière représente 6 % de la surface agricole utile, 32 000 exploitants et 111 000 emplois. Cela peut paraître peu, mais la dynamique est forte. Avec une croissance de 20 % par an, c’est un marché porteur, qui permet aux producteurs de vivre mieux et qui répond à la demande de consommateurs toujours plus nombreux.

À l’heure des États généraux de l’alimentation, le gouvernement adresserait un signe fort à tous les acteurs en faisant le choix clair de soutenir le bio.

Recueilli par Antoine d’Abbundo

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Médias Citoyens Diois

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(1 commentaire)

  1. JOUVE

    il est encore possible de procéder à cette réaffectation, tout au long du programme 2014-2020; c ‘est dans le cadre des états généraux de l’alimentation qu’il faut pousser les feux ; en commençant par répondre à l’enquête mise en ligne à l’occasion de ces états généraux, pour qu’aucune voix ne manque pour la bio.
    le poids des lobbies agricoles reste important , et il faut bien avoir conscience qu’une partie majoritaire des agriculteurs ne sont pas encore convaincus, et aussi souvent prisonniers du modele qui leur impose de produire le plus possible pour rembourser les investissements excessifs auxquels on les a poussés.
    la question du financement de la transition, de la conversion vers la bio est donc essentielle.
    Le sujet doit également être mis sous pression au niveau des régions, qui gèrent avec l’Etat ces enveloppes d’aides européennes.
    La responsabilité des représentants du monde agricole, dont au premier rang la FNSEA, mais pas seulement, est énorme. Il s’agit pour eux tous, de savoir si ils comptent continuer à faire pression pour le maintien du modèle qui s’épuise, ou bien si ils demandent que le soutien s’oriente maintenant vers l’agriculture créatrice d’emploi, de valeur ajoutée, de haute qualité et de fierté pour les producteurs qu’est la bio.

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