Août 29 2017

Laurent Wauquiez, le président de région Auvergne-Rhône-Alpes…un égo sans limite !

Chez « Les Républicains », Laurent Wauquiez s’impose comme l’homme dur du noyau dur et prépare de longue date la prise du parti.

Dans les faits, la campagne ne débute pas pour le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes mais elle est sur le point de s’achever. Pendant que Juppé, Baroin et Fillon tentaient de colmater les brèches béantes créées par les scrutins de mai et juin derniers, lui avait de longue date engagé un tour des fédérations avec la bénédiction silencieuse de celui qui l’avait fait ministre en 2007 : Sarkozy, le fétiche des militants LR purs et durs. Laurent Wauquiez qui ambitionne la présidence du parti « LR » en décembre, a facilité le glissement très à droite des militants. Détesté par une grande partie des ténors du Parti, il construit patiemment sa réputation.

Nicolas Sarkozy aimait mesurer les popularités à l’applaudimètre. Le 27 novembre 2014, l’ancien président de la République tient l’un de ses derniers meetings à Nîmes avant sa réélection à la tête de l’UMP. Assis sur une chaise, il observe ses lieutenants en train de chauffer une salle composée de 3 000 adeptes.

Avec son analyse critique et complexe des partis politiques, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) reçoit un accueil poli. Derrière le pupitre, Laurent Wauquiez tempête contre la procréation médicalement assistée (PMA), fustige la politique « immigrationniste » et fait siffler la ministre de la justice d’alors, Christiane Taubira. La salle exulte, scande « Sarkozy, Sarkozy ». « Tu as été très bon », lui glisse Sarkozy.

Omnipotent

Quelques jours plus tard, convaincu de la cote montante de l’homme du Puy-en-Velay, il le nomme secrétaire général du parti, une fonction stratégique qui permet d’avoir la mainmise sur les fédérations. NKM convoitait cette fonction, elle ne sera « que » vice-présidente déléguée.

Depuis ce jour, le fait semble acquis dans le jeux des 7 familles éclatées du parti « Les Républicains (LR) » : détesté par une grande partie des ténors, Laurent Wauquiez se veut le favori des militants qui éliront leur nouveau président les 10 et 17 décembre.

A quelques jours de l’annonce de candidature du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, tous les barons du parti le croient imbattable. Au cœur d’une droite en jachère, la main de fer  de Wauquiez sur l’appareil semble si forte que certains ont déserté avant de combattre.

Beaucoup poussaient les modérés Valérie Pécresse et Xavier Bertrand à y aller. Ils ont renoncé par peur de subir une défaite très compromettante pour leurs ambitions élyséennes 2022. « Il a déjà gagné. Il est devenu président le jour où il a obtenu que le congrès ait lieu et qu’il n’y ait pas une solution transitoire avec une direction collégiale », tranche un des futurs membres de son équipe de campagne, en repensant au bureau politique du 11 juillet.

Une base dure

Effet de manches ou démagogie? Impossible de mesurer la réelle popularité de M. Wauquiez au sein du corps militant, puisque les instituts de sondages ne réalise pas de telles enquêtes. Mais l’ancien maire du Puy-en-Velay s’est construit une assise sordide et solide. A chaque conseil national du parti depuis 2014, il a été le dirigeant le plus applaudi en allant souvent plus loin que M. Sarkozy sur les thématiques identitaires, migratoire et d’assistanat.

Le 14 février 2016, à la porte de Versailles, il fait se lever les cadres des fédérations en évoquant le « délitement culturel de la France » et en lâchant : « Ce n’est pas à la France de s’adapter aux étrangers mais aux étrangers de s’adapter à la France. » Lors du conseil national suivant à la Mutualité, à Paris, M. Sarkozy muscle un peu plus son discours : « Tu m’as obligé à hausser le niveau », lui avoue-t-il.

Ce populisme de droite, minutieusement construit depuis 2012, a de viles raisons de fond. A chacune de ses interventions, Laurent Wauquiez enfourche des chevaux de bataille qui parlent à la base dure (et sarkozyste) de l’appareil : la lutte contre l’assistanat, « cancer » de la société, selon ses termes, l’euroscepticisme, les « racines chrétiennes » de la France menacée par l’immigration et l’« islamisation »…

En sabordant du jour au lendemain ses convictions démocrates-chrétiennes à la fin des années 2000 et en se démarquant de son premier mentor, Jacques Barrot, l’ancien ministre a accompagné la droitisation des militants de son parti.

D’ailleurs, il marchera une fois de plus dans les pas de son ex-modèle après-demain en faisant lui aussi sa rentrée à Châteaurenard dans les Bouches-du-Rhône. De quoi inquiéter ses plus fidèles ennemis, les humanistes Dominique Bussereau comme Jean-Pierre Raffarin qui dénoncent avec constance sa droitisation extrême. Ils se disent d’ailleurs prêts à dynamiter le parti plutôt que lui en laisser les clés au motif que la ligne Wauquiez conduira à un rapprochement avec le Front national.

Si il fait la fine bouche pour travailler avec le FN (malgré les appels du pied répétés de Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen), il se dit disposé en revanche, dans un populisme assumé et une ligne « pseudo-anti-système » affichée, à s’adresser aux électeurs du FN en partie issus de l’hémorragie qu’a connue l’UMP. Dans cet esprit, un rapprochement avec le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan aurait pu être engagé. Rendez-vous manqué : le député de l’Essonne ayant apporté son soutien à Marine Le Pen au second tour. Puis il reste un autre désaccord entre les deux hommes: l’un, Dupond-Aignan, prônant une Europe des nations, le second sa restructuration autour de six pays principaux. Dans les deux cas une Europe Riquiqui…

Campagne souterraine

Depuis le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010, acte de naissance d’une seconde partie de quinquennat aux appels sécuritaires et identitaires, puis avec la création de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), le corps militant de l’ancienne UMP n’a cessé de se déporter vers la droite. « Il y a toute une militance issue de l’UDF qui s’est éloignée », constate l’ancien député de la Drôme Hervé Mariton : « Laurent Wauquiez s’adresse à ceux qui restent. Il ne se fatigue pas à parler à ceux qui ne sont plus là. »

Laurent Wauquiez a organisé scrupuleusement cette ascension au sein du parti. En 2012, il avait été impliqué dans la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé. Lieutenant de M. Fillon à l’époque et présent dans tous les médias, il aurait pu y laisser des plumes auprès des adhérents, qui avaient détester cet affrontement. Mais il a su utiliser son poste de secrétaire général puis de président par intérim pour les caresser dans le sens du poil.

Depuis le mois d’août 2016, il a visité 63 fédérations pour rencontrer les militants, les élus ou les candidats aux élections législatives, selon son équipe. A l’ombre des échéances électorales, il a mené ainsi une campagne souterraine tout en faisant acte de présence lors de celle de François Fillon (des discours à Lyon, Clermont-Ferrand, au Puy-en-Velay, à Paris, mais absent au Trocadéro).

« Il est idéologiquement très construit, il a sa cohérence dans une ligne politique qui est à l’opposé de la mienne, il est prêt », concède Pierre-Yves Bournazel, député LR de Paris, qui a pris le large en rejoignant les « constructifs ».

Clone de Sarkozy

En parlant au noyau dur de la Droite, Laurent Wauquiez a choisi une stratégie semblable à celle de Nicolas Sarkozy : d’abord conquérir la base dure puis élargir ce premier cercle pour espérer accéder aux plus hautes marches du pouvoir.

 « Il a une structure de popularité très similaire à celle de Nicolas Sarkozy entre 2004 et 2007 : populaire à droite, clivant avec la gauche, et une image bâtie sur l’autorité, la volonté… », analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP : « Sauf que le contexte a changé et qu’il peut beaucoup moins s’appuyer sur le moteur du clivage gauche-droite. »

En dehors du parti, l’hégémonie de M. Wauquiez est beaucoup plus douteuse. Dans les sondages, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse font jeu égal avec lui chez les sympathisants LR. « Sa ligne est en totale adéquation avec celle des militants, mais il a parfaitement conscience qu’il faudra aller à un moment au-delà du noyau dur », estime le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, soutien idéologique de M. Wauquiez. De l’extrémisme catholique à la droite dure, Laurent Wauquiez ne veut plus se rallier à quiconque mais espère fédérer largement autour de son égo pour bâtir sa propre politique de droite, quitte à empiéter sur les terres des populistes-Insoumis et celles du FN comme il l’a fait lors de son élection à la tête de la région Auvergne Rhône-Alpes. Il avait alors déclenché l’ire de son adversaire frontiste… et du même coup le ralliement d’un responsable du FN à Clermont-Ferrand – limogé depuis – qui le félicitait d’avoir clairement pris position pour le « ni-ni ». L’objectif de Laurent Wauquiez est aujourd’hui de recomposer la droite de l’aile « famille contre la PMA », notamment chrétienne, à une frange plus radicale et violente, minée par l’avènement d’Emmanuel Macron.

À compter de décembre, l’actuel vice-président des Républicains entend se poser en « principal contradicteur » au jeune président de la République, dans la perspective de 2022. Une étape d’autant plus importante pour lui que de plus en plus de voix s’élèvent contre une primaire dévastatrice ( Juppé-Fillon-Sarkozy) , à la veille de la prochaine présidentielle. Le nouveau chef de la droite aurait alors toutes les chances d’être le candidat face à Emmanuel Macron.

Reste à savoir si la balance penchera alors vers l’extrême droite ou vers…?

Paul Breynat

chateauravel@gmail.com

 

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