Août 19 2017

Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité est une féministe très pressée…

Marlène Schiappa, une féministe très pressée

Malgré des débuts marqués par les polémiques, la secrétaire d’Etat, débutante en politique, revendique son impatience et son parcours hors du sérail.

L’entrée en politique de Marlène Schiappa remonte à un peu plus de trois ans. A l’époque, le socialiste Jean-Claude Boulard rempile pour un troisième mandat à la mairie du Mans, et présente sa liste à ses électeurs lorsqu’une femme avec poussette rose et pull assorti arrive.

« Ah, une dame veut passer, nous bloquons l’accès à la poissonnerie ! Pardon ! Allez-y madame, oh les jolis enfants ! », glissent deux colistiers. « Euh, merci, mais en fait, je vous rejoins », répond celle-ci. Elle est sur la liste. « C’est sûr, si c’est pour décorer la photo, entend-elle ensuite aux toilettes. Une bimbo… Une starlette… Tu la trouves bien, toi ? (…) Moi je la trouve grosse. »

Tout est dans son livre, Marianne est déchaînée (Stock, 2016). Devenue adjointe au maire à l’égalité, la dame au pull rose avait pris des notes. Elle est comme ça, Marlène Schiappa, elle note toujours tout. A-t-elle déjà noirci un carnet sur ses débuts fracassants comme secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Quoi qu’il en soit, Marlène Schiappa est devenue l’un des visages du gouvernement. Mais aussi sa championne du mauvais buzz. D’abord, il y a eu l’exhumation de livres humoristico-érotiques écrits dans une vie antérieure ; puis de ses propos ambigus, tenus en 2014, sur le port du voile. En mai, l’affaire du buzzer antidérapages homophobes proposé à l’animateur de télévision Cyril Hanouna (elle dément). En juin, l’apparition fugace sur son compte Twitter de photos la montrant en robe courte, à minuit à la Chapelle, pour dénoncer le harcèlement dont des Parisiennes se disent victimes dans ce quartier.

« Elle est brouillonne »

Ne lui parlez surtout pas de bourdes. « C’est très sexiste, on disait la même chose de Ségolène Royal », riposte-t-elle, en ce début août, calée dans un fauteuil de son bureau, à Paris.

C’est devenu un classique de la vie d’une femme politique. Quand on est jeune et jolie, c’est encore pire. Comme Najat Vallaud-Belkacem ou Fleur Pellerin, Marlène Schiappa, 34 ans, est soupçonnée de survoler les dossiers et collectionne les commentaires sur sa chevelure (« de lionne ») et ses ongles (« des griffes »). Le summum est atteint lorsque le site Atlantico la traite de « reine des salopes » début juillet. Elle a envisagé de déposer plainte puis a préféré laisser filer.

Il n’empêche. « Elle est brouillonne », lâche une ancienne titulaire du poste qui en connaît les pièges. Mineur en apparence, il est en réalité surexposé. Les réseaux sociaux s’embrasent vite et les approximations ne pardonnent pas.

Quand Marlène Schiappa annonce, le 20 juillet, vouloir lutter contre les « violences obstétricales » en se trompant sur la proportion d’épisiotomies en France, elle ulcère les gynécologues. Le même jour, elle récidive à l’Assemblée nationale et crispe les professionnels de la petite enfance en évoquant une validation professionnelle de l’expérience des jeunes parents.

Un problème politique ?

« Je suis dans la méthode En marche !. Je parle des sujets quand je les lance. Jamais je n’ai annoncé de mesure ficelée », se défend la jeune femme.

Avec le courrier de soutien qu’elle adresse aux Femen, poursuivies en justice pour exhibition sexuelle, un cap est franchi. Il ne lui appartient « pas de commenter une procédure judiciaire », elle en convient, mais ses « interrogations » la démangent. La lettre, lue à l’audience le 28 juin, hérisse les magistrats. Cette fois, le directeur de cabinet du premier ministre décroche son téléphone. Marlène Schiappa deviendrait-elle un problème politique ?

Elle concède des erreurs de communication : « Quand un message est mal perçu, c’est qu’il a été mal émis. » Mais ne se renie pas. « Elle ne rentre pas dans le moule, défend son amie Goretty Ferreira, fondatrice de l’Agence pour l’entreprenariat féminin. Elle ne porte ni tailleur strict, ni carré court, ni stilettos. »

Droite dans ses sandales compensées, elle communique par SMS avec les responsables associatifs. Sur le fond, c’est pareil. « Je suis impatiente, reconnaît-elle. Mais le perfectionnisme est la meilleure solution pour ne rien faire. » Ses proches décrivent une « fonceuse » qui déteste qu’on lui résiste.

Quand la jeune femme a pris son poste au gouvernement, les trois rendez-vous prévus chaque jour ne lui suffisaient pas. « Ne rien faire m’oppresse », confie-t-elle.

« Identifiée comme étant du premier cercle »

Elle a l’habitude de planifier sa vie dans des tableurs Excel. Le temps avec ses filles de 10 ans et 5 ans doit rentrer dans les cases. Etre mère ne doit pas empêcher une carrière. Et réciproquement. Au Mans, combien de fois a-t-elle débarqué au conseil municipal avec ses filles et leurs coloriages parce que son mari, cadre RH dans la distribution, n’était pas rentré ? Au ministère, ses filles fréquentent le bureau des enfants créé par leur mère pour les salariés en panne de garde. « Au début, c’était plus Marlène qui gérait la partie familiale, aujourd’hui, c’est plus moi », complète leur père.

Qui aurait parié, il y a trois ans, sur cette jeune blogueuse qui quittait Paris pour une maison avec courette à 55 minutes de TGV ? C’est vrai, son site « Maman travaille » cartonnait ; la presse féminine, séduite par son discours sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la classait parmi les plus influentes de la Toile. Mais de là à l’imaginer ministre… Au Mans, l’entourage du maire avait vu en elle une aubaine. Il fallait rajeunir la liste et l’ouvrir à la société civile.

L’accueil des anciennes fut glacial. Les places sont chères en politique. La trentenaire s’interroge sur l’intérêt de fixer les réunions à 18 heures – l’heure où il faut récupérer les enfants ? Elle n’a qu’à patienter. Elles, elles ont attendu la retraite avant d’être élues. Dans la Sarthe, on lui reproche toujours ses shorts en jeans et son autoritarisme. Et ce culot d’aller plaider ses dossiers en direct auprès du maire. Aujourd’hui, elle revendique sa proximité avec le couple présidentiel. « On m’a identifiée comme étant du premier cercle », assure-t-elle.

Elle colle parfaitement à l’image de renouveau qu’Emmanuel Macron veut afficher. Leur rencontre date de l’automne 2016. Le ministre de François Hollande, en visite au Mans, n’est pas encore candidat, mais c’est tout comme.

« Maman travaille »

Entre la visite de la ruche numérique et le meeting du soir, il prend un verre avec « les mamans qui travaillent », le réseau de l’adjointe à l’égalité. On parle burn-out et « plafond de mère », clin d’œil au livre de Marlène Schiappa qu’elle lui offre « pour [sa] femme ». « Pour ma femme ? Ce n’est pas un peu sexiste comme remarque ? » Il promet de le lire. Et quatre mois plus tard, la blogueuse introduit un des meetings clés de la présidentielle au Palais des sports, à Lyon.

On la dit novice en politique. Elle n’a pas vingt ans de parti derrière elle, mais son père, historien et directeur de l’institut de recherche de la libre-pensée, l’a trimballée, gamine, dans ses tractages et manifs. Des réunions de cellule lambertiste se tiennent à la maison. « Enfant, je croyais que Trotski et Marx étaient des amis », sourit la secrétaire d’Etat. De sa mère, elle dit juste qu’elle est une institutrice d’origine italienne devenue proviseure.

Dans les cercles où le classement de sortie de promo fait foi, Marlène Schiappa évidemment détonne. Elle grandit dans le Belleville mixte des années 1990, suit sa mère à Dijon, avant, à « 13 ans et demi », de revenir vivre chez son père, porte de Vanves à Paris.

« C’était la zone, les filles de ma cité se battaient avec celles du “15-6” [rue Raymond Losserand.] » Le russe et le latin la font entrer dans un lycée du plus chic 16e arrondissement. Elle tente des études de géographie. Après une année sabbatique en Corse, l’île paternelle, ce sera la com’, en alternance.

Quand son premier enfant naît, Marlène Schiappa a 23 ans et travaille chez Euro RSCG. D’abord assistante du vice-président puis chargée de la veille numérique, elle travaille sur des horaires incompatibles avec ceux de la crèche. Elle démissionne, crée un webzine « le premier féminin sans régime et sans Paris Hilton ! », anime le Neuilly Bondy Blog – une riposte à la candidature du fils Sarkozy aux municipales – et lance son blog « Maman travaille ».

Tour de France de l’égalité

Ce dernier, lieu d’échanges entre mères qui veulent tout concilier, rencontre un tel succès qu’elle le décline en livres (Pas plus de quatre heures de sommeil, chez Stock, J’arrête de m’épuiser, Eyrolles) et en conférences.

Son féminisme découle de son expérience : « Ce n’est pas la même chose de traverser la cité quand on est une fille », observe-t-elle. Pas la même chose, non plus, d’annoncer l’arrivée d’un enfant au travail. « Si c’est un homme, il est félicité. Si c’est une femme, tout le monde encaisse le coup. » Ses rencontres continuent à l’inspirer. « Elle a eu l’idée du congé maternité unique avec ses amies en libéral qui n’avaient rien », explique sa sœur Carla.

Les féministes reconnaissent sa capacité d’indignation. Elle veut sanctionner le harcèlement de rue, rendre transparente l’attribution des places en crèche. Ces mesures sont bien accueillies mais jugées insuffisantes. Que devient l’engagement de dénoncer les entreprises ne respectant pas l’égalité salariale ? Marlène Schiappa parle plutôt de former les dix plus mauvais élèves du CAC 40. Pour l’heure, le seul acte concret du nouveau pouvoir est une coupe de 25 % dans le budget du secrétariat d’Etat.

Un tour de France de l’égalité annoncé pour début octobre lancera officiellement la grande cause nationale promise, très attendue. « On ne peut pas à la fois me reprocher ma précipitation et trouver que je ne vais pas assez vite », plaide la secrétaire d’Etat qui, pour une fois, demande un peu de temps.

Emeline Cazi et Gaëlle Dupont

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(1 commentaire)

    • Annick DEBECKER on 18 novembre 2017 at 0 h 36 min
    • Répondre

    Un souhait , une supplique la majorité sexuelle doit être à minima 15 ans. Avant 15 ans une jeune n’ est sans aucun doute pas informée de la sexualité humaine. Ni à la maison, ni à l’école, c’est le tabou par excellence. Il est fort probable que Femmes et Hommes qui auraient du être en charge de cette éducation n’ont pas eu la chance d’avoir eu eux-même cette éducation. Il faudra les former et bien savoir s’ils l’ont été, vérifier leur pédagogie, c’est très très important. Peu de personnes me semblent prêtes à l’exercice.
    Merci de m’écouter

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