Sep 24 2017

« Le Sénat, figure de proue de notre gérontocratie »

« Le Sénat, figure de proue de notre gérontocratie  »

 Le conseiller municipal Pierre Cazeneuve, 22 ans, estime antidémocratique et injustifié de requérir un âge minimum (24 ans) pour se présenter aux sénatoriales

Le 30 mars 2014, après avoir fait campagne avec trente-quatre autres jeunes de ma ville, j’ai été élu, avec une autre colistière au conseil municipal de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), sous l’étiquette du tout jeune parti Allons Enfants. Je suis alors devenu le plus jeune candidat élu en France, à un poste où seul 0,1 % des élus en 2014 étaient âgés de moins de 25 ans (alors que nous représentons près de 10 % de la population en âge de voter).

Avec un âge moyen de 58 ans pour les maires (2014) et de 48 ans pour les députés (2017), le Sénat reste la figure de proue de notre gérontocratie avec 64 ans de moyenne d’âge lors du dernier renouvellement. Et pour cause ! Il est nécessaire aujourd’hui en France d’être âgé de 24 ans pour pouvoir se présenter aux sénatoriales. Je suis donc appelé à voter pour une élection à laquelle je ne peux pas me présenter.

Pourquoi 24 ans ? Personne ne sait vraiment. L’âge d’éligibilité est d’abord passé de 35 ans à 30 ans en 2003, puis de 30 ans à 24 ans en 2011. L’existence de cette barrière semble d’autant plus étrange et arbitraire qu’il est désormais possible d’être député ou président dès sa majorité. Or il apparaîtrait logique que le vote soit conditionné à la possibilité, ne serait-ce que légale, de pouvoir aussi être candidat.

Ce seuil d’éligibilité est donc une entrave forte au principe démocratique. Aujourd’hui en France, à 22 ans, il est possible d’être président mais pas sénateur. Aujourd’hui en France à 22 ans, vous pouvez être réquisitionné et partir au combat mais vous n’avez pas le droit de voter ou non la guerre. Aujourd’hui en France, à 22 ans, vous pouvez perdre cinq euros sur votre APL (aide personnalisée au logement) mais vous ne pouvez pas faire partie de la chambre haute du Parlement ayant le pouvoir d’infléchir cette décision.

Plus globalement, cette limite d’âge est le reflet de la manière dont sont considérés les jeunes en politique. Souvent pris comme alibi et faire-valoir dans les élections de listes, les jeunes sont souvent perçus comme inaptes ou trop peu expérimentés pour agir sur la sphère publique et sont exclus des instances décisionnelles. Or ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui subiront le plus les conséquences des décisions prises demain. Il est donc indispensable que nous ayons notre voix au chapitre et ce dans toutes les assemblées.

Plafonner l’âge

Etant donné l’importance croissante que prennent les questions liées au numérique tant sur l’éthique, le développement économique mais aussi la manière de faire fonctionner notre démocratie, notre génération semble mieux placée que jamais pour prendre part aux grands chantiers que la France se doit d’entamer. S’il doit y avoir un critère d’éligibilité lié à l’âge, cela devrait être un plafond et non un plancher.

Au-delà de ce critère d’éligibilité, c’est la dimension indirecte du suffrage qui favorise la reproduction de cette non-représentativité. Le cortège des grands électeurs étant composé en majorité d’élus locaux, eux-mêmes plus âgés que la moyenne de la population, cela se retranscrit directement sur les candidats investis et les votes associés. Et les rares jeunes grands électeurs sont souvent les enfants d’élus désignés au sein des conseils municipaux pour être délégués suppléants et leur nomination est au moins aussi obscure que l’élection elle-même.

Dans la même logique, cette élection indirecte entérine les écarts de représentativité liés à la parité (seulement 25 % de sénatrices) et aux catégories sociaux-économiques (surreprésentation des cadres, des enseignants et des médecins) observés lors des élections locales.

Déjà la cible de nombreuses critiques, le Sénat ne peut aujourd’hui prétendre agir concrètement sur le futur de notre pays avec un mode de scrutin d’un autre siècle. Son droit de veto sur les réformes institutionnelles et les relations internationales font plus que jamais du Sénat un acteur majeur du quinquennat qui se dessine.

Amorcer la réflexion

J’avais donc décidé de bouder cette élection et de m’acquitter des cent euros d’amende en cas d’abstention (le vote est obligatoire) comme acte citoyen. Mais la nécessité de réformer cette institution de l’intérieur m’a convaincu de trouver et voter pour un candidat prêt à porter cette proposition de loi.

Si l’ampleur de la réforme peut sembler anecdotique, elle adresse un message fort au sujet de l’engagement des jeunes en politique et amorce une réflexion plus large sur comment faire du Sénat une chambre plus représentative et donc plus démocratique.

Pierre Cazeneuve (conseiller municipal à Saint-Cloud)

Pierre Cazeneuve est étudiant à HEC et Sciences Po Paris et président du parti Allons Enfants, dirigé uniquement par des jeunes âgés de 18 à 25 ans, mais ouvert à tous.

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