Sep 16 2017

Logement en Diois ( et plus largement) : un constat consternant…

Logement en Diois: un constat consternant….

Logement : un constat consternant

L’Association « Consommation Logement Cadre de vie » (CLCV), association de défense des locataires et consommateurs, rappelait récemment dans les colonnes du site «  Vivre ensemble ici »  , l’alerte qu’elle lança  dès le 19 avril 2016 concernant l’état indigne d’un immeuble de Die, où  vivent, en constant état de péril, plusieurs locataires et notamment une mère et ses enfants.

Depuis l’interpellation de la puissance publique par la CLCV, par la société civile, que s’est-t-il passé ?

Rien. L’alerte lancée par La CLCV n’a reçu aucune réponse

Ni l’Etat, ni la mairie, ni le centre d’action sociale, ni la protection maternelle et infantile (PMI), ni le bailleur social, ni l’Agence régionale de santé , ni la gendarmerie, n’ont été capables d’apporter le moindre début de solution au problème.

Si la chaîne institutionnelle ne peut rien, que reste-t-il de la légitimité des institutions ?

Qu’a fait l’Etat en matière de logement, ces dernières décennies dans un pays à la démocratie dynamique ? Rien ou presque. Chacun constate ainsi le décrochage insupportable entre revenus et coût du logement. Dans les années 60, les dépenses consacrées au logement représentaient quelque 30 % des dépenses des ménages les plus modestes. Ils y consacrent aujourd’hui près de 50 % (3). Encore cette proportion est-elle d’autant plus élevée que les revenus sont plus faibles.

Sur le terreau de l’abandon par l’Etat de la question du logement, quantités de situations malsaines prolifèrent, profiteurs, aigrefins, accapareurs. Une fiscalité avantageuse les favorisent comme la généralisation, à des niveaux insoupçonnés, de la fraude fiscale et de son blanchiment. Capitaux plus ou moins blancs en quête de rentabilité qui cherchent à s’investir dans un environnement tolérant, bailleurs plus soucieux d’argent que de sécurité : la rareté locative encourage des connivences floues entre intérêt général et intérêts privés. On voit ainsi des vendeurs de sommeil  investir dans la vente de sommeil en ciblant les petits logements – l’APL assurant une rente sûre – petits logements dont les occupants sont parmi les plus modestes et les plus vulnérables.

Récemment, une agence immobilière du Diois mettait en vente un immeuble locatif, en ventant sa forte rentabilité : 9 % net. Neuf pour cent net ! – 0.75 % pour le livret A. En un peu plus de dix ans, les locataires ont remboursé son bien à leur propriétaire, qui peut alors racheter un nouvel immeuble qu’il léguera à ses enfants. Et ainsi de suite. En anglais, propriétaire se dit landlord : Seigneur de la terre…

On voit ainsi la rente étriller l’effort, le travail nourrir l’oisiveté, l’argent public financer l’assistanat doré. Les conséquences sont graves. Rareté de l’emploi et rareté du logement figent les situations, les trajectoires, les vies.

Le désespoir s’enracine. Les pouvoirs publics assistent. Le politique s’occupe de sa réélection.

Quant à l’Etat,  faute d’avoir anticipé et mis en œuvre à temps des solutions alternatives, il se trouve contraint, de par sa propre impéritie, de tolérer le logement insalubre ou indigne. Croit-on, pour prendre un exemple saillant, que les autorités ne sachent pas qu’il se loue quantités de logements normalement illégaux dans la capitale ? On achète la paix sociale en tolérant l’illégalité. Or notre constitution fait de l’Etat le garant des lois. Que reste-t-il de la loi si son gardien tolère qu’on la bafoue ?

En matière de logement, on finit par accepter à tort et trouver normales des situations illégitimes. Ainsi, est-il par exemple acceptable que des locaux habitables soient laissés vacants ?

Deux exemples :

La France est le pays de l’UE qui compte le plus de résidences secondaires, en raison d’une fiscalité avantageuse. Dans certaines communes de la Drôme, la moitié des logements n’est pas habitée à l’année. Pourtant, ces résidences de loisir inoccupées coûtent chères aux résidents permanents. Elles obligent  à sur-dimensionner les réseaux collectifs d’eau, d’assainissement, d’électricité, renchérissant la fiscalité pesant sur les épaules des résidents permanents. Elles stérilisent le parc locatif, poussent les loyers vers le haut, pénalisent les plus jeunes, les plus modestes, les plus fragiles et notamment les mères isolées.  La mobilité professionnelle, par contre coup, se trouve fortement obérée. De plus les résidents absentéistes, contribuent peu à l’animation sociale et commerciale locale.

Aux Pays-Bas, laisser inoccupée une propriété habitable est lourdement taxé. Au point que certains propriétaires paient des « locataires » pour ne pas laisser leurs locaux vides. Or, en plein centre de Crest, l’ancienne droguerie Cordeil – comportant un local commercial et une partie logement – , inoccupée depuis des années, se dégrade lentement. Située cours Joubernon, elle réserve un accueille sinistre au visiteur. Sa déshérence, alors que son emplacement commercial est idéal, pèse sur l’ensemble du dynamisme économique de la ville. Quel symbole, en outre que cette ruine en devenir à la porte de l’artère commerciale de la cité !

Comment peut-on accepter  qu’un seul propriétaire laisse pourrir une verrue en plein centre ville ? Qu’a lui seul, il salisse l’image d’une ville, obère son attractivité,  handicape son activité économique ? A Crest, nombre de propriétaires préfèrent tout bonnement laisser leur bien à l’abandon. Le commerce déserte le centre que le chaland abandonne, enclenchant ainsi de cercle vicieux de la paupérisation.

Comment accepter qu’une poignée de propriétaires irresponsables stérilise l’accès au logement, à la mobilité, au travail, à l’envie d’entreprendre ? Le droit de propriété ne peut être absolu, comme l’ont compris nos voisins hollandais. Il doit être tempéré lorsqu’il met en péril l’intérêt général.

Comment alors expliquer l’inaction, l’impotence de l’administration ? Comment expliquer qu’elle ne sache plus répondre aux vœux de la population, dont elle devrait être l’émanation sous la houlette de l’Etat ? La réponse est cruelle : l’administration n’a plus de boussole. Elle n’en a plus car l’Etat qu’elle  a perdu le contact avec la population.

Mais, plus grave encore, cette perte de contact dissimule une fracture latente, d’autant plus dangereuse quelle court et se développe souterrainement.

L’inégalité ruine l’unité de la Nation.

Deux anecdotes pour illustrer ce propos :

– Un stoppeur au bord d’une route du Diois. L’adjoint d’un bourg voisin le prend à bord. Dans la conversation, l’élu glisse, avec un ton d’évidence :  « Finalement, cette crise, on ne l’a pas sentie passer ». La parole blesse son passager, qui lui, cette crise, la subit de plein fouet. Il est travailleur indépendant ; l’adjoint est retraité de l’armée. La crise, effectivement, n’a pas affecté ses revenus.

Question de point de vue.

– Un dîner bourgeois, dans une villa secondaire avec terrain, piscine, œuvres d’art. « Il faut que les bénéficiaires du RSA comprennent qu’il faut rendre en retour de l’aide qu’on leur apporte », assène une convive. Elle est édile locale,  responsable du centre d’action sociale de sa commune et distribue bénévolement l’aide alimentaire aux nécessiteux. Son mari opine : ex-conducteur de TGV, il a pris sa retraite de la SNCF à 50 ans.

Question de point de vue.

La situation est préoccupante. Les failles sont muettes. Le logement est l’un de ces nœuds. Nœuds qui se nouent, au plus intime du tissu social, dans le silence des institutions. Nœuds qui sans voix pour les porter, se creusent jour après jour.

Dans l’implicite de quotidiens parallèles et étanches, comme transparents,  s’assemblent progressivement les éléments d’une fracture politique profonde.

La pente qu’a pris notre pays depuis les années 80 a altéré insensiblement l’ensemble des jugements moraux. Sont devenus acceptables des comportements et attitudes que la Loi, ou la morale du moins, hier auraient condamnés.

L’eau qui dort est trompeuse. Dans l’ex-Yougoslavie, c’est à dire à nos portes, le retournement fut brutal. Hier, le voisin saluait le voisin. Un funeste matin, la trame du quotidien se déchire. Le voisin incendie la maison du voisin, et avec elle ses occupants. Pendant des décennies, les tensions s’étaient accumulées, inaperçues. Soudainement, le tissu social craque. Il est presque impossible de déterminer quand un séisme frappera. Mais on sait qu’il résulte de la lente accumulation de tensions tectoniques.  Et plus longtemps, plus profondément elles se seront accumulées, plus forte la magnitude du désastre.

A trop tendre la corde, elle finit par se rompre. Craignons, si nous n’infléchissons pas la dérive de notre République, qu’un jour le lien social ne casse. Que le paisible voisinage, comme il s’est vu tant de fois dans l’histoire, expulse brutalement, dans la colère et la violence, les tensions accumulées.

Etienne Maillet

mailtsao@yahoo.com

Le Prieuré Notre Dame
10 route de Suze
26 400 Beaufort sur Gervanne, France
(33)(0)6 03 07 70 26

1 – http://www.ensembleici.fr/forum.die.intervention-de-la-clcv-sur-die.9472.280.html

2 – L’Agence régionale de santé est sensée veiller à la salubrité et à la sécurité du logement

3 – http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=766

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