Sep 20 2017

Transition écologique : la direction est bonne, mais accélérons !

Transition écologique : la direction est bonne, mais accélérons !

La nouvelle est tombée au cœur de l’été : à compter du 2 août, nous vivons à crédit sur notre planète. Depuis cette date, nous avons épuisé les ressources disponibles de manière soutenable. Nous émettons plus de carbone que les forêts et les océans ne peuvent en absorber, nous consommons plus de poissons que la capacité de reproduction des espèces… Cette date est symbolique. Elle est bien sûr le reflet de choix méthodologiques qui agrègent des ressources de nature différente, comme le carbone ou les poissons par exemple. Le Global Footprint Network qui pilote, avec le soutien du WWF, l’analyse de notre empreinte écologique améliore d’ailleurs en permanence ses données.

La dette écologique, elle, ne se négocie pas

Avec la méthodologie de 2017, la date de 2016 ne tombe plus le 8 août mais le 3. Des améliorations de méthode qui ne modifient pas la tendance de long terme : en moins de 50 ans, le « jour du dépassement » est passé de fin décembre à début août. Cela résume de manière éclairante le fait que nous creusons chaque année un peu plus notre dette écologique. Et, contrairement à la dette financière, qui peut toujours se négocier voire s’annuler par la magie des écritures comptables, la dette écologique, elle, ne se négocie pas. On ne triche pas avec la nature. Un jour ou l’autre il faudra payer l’addition. Et plus nous attendons plus elle sera chère !

La deuxième tendance que le jour du dépassement 2017 fait apparaître est plus positive : la date symbolique continue d’avancer dans le calendrier mais de moins en moins vite.

Selon l’indicateur mis au point par le Global Footprint Network, en 2017, l’humanité « vit à crédit » depuis le 2 août : elle a consommé du 1er janvier au 2 août 2017 (en 7 mois) toutes les ressources que la Terre peut produire en une année. En 1985, cette date tombait le 5 novembre. En 1970, elle se situait avant le 1er janvier, ce qui veut dire que l’humanité disposait encore à l’époque de plus de ressources qu’elle n’en consommait.

Nous sommes sur un plateau dans lequel des tendances contradictoires finissent quasiment par se neutraliser. Ainsi, si la surpêche continue de faire empirer la situation des ressources dans nos océans, la transition énergétique mondiale commence à porter ses – encore trop timides – premiers fruits : depuis au moins deux ans les émissions de CO2 liées à la production d’énergie dans le monde sont stables malgré la croissance économique mondiale ; ce qui montre une première tendance au découplage entre la croissance du PIB et l’émission de gaz à effet de serre grâce aux gains d’efficacité énergétique, au développement des énergies renouvelables, à l’arrêt de nombreuses centrales à charbon en Chine…

La décarbonation est le point de bascule incontournable si l’on veut avoir une chance de sortir de cette trajectoire insoutenable

Or, comme le CO2 émis dans l’atmosphère représente 60 % de notre empreinte écologique, la décarbonation de notre système énergétique est le point de bascule incontournable si l’on veut avoir une chance de sortir de cette trajectoire insoutenable. Depuis le début de la décennie 2010, les énergies renouvelables sont suffisamment compétitives et constituent ainsi depuis deux ans l’immense majorité des investissements pour installer de nouvelles capacités de production d’électricité dans le monde.

Sortir du véhicule thermique en 2040 : le bon cap

Mais il ne s’agit que d’une brique dans un ensemble plus large. Ainsi, les transports, qui représentent près de 30 % de nos émissions mondiales de CO2, ne sont qu’au balbutiement de leur transformation du fossile à l’électrique renouvelable. C’est pourquoi le WWF a salué l’annonce par la France, dans le cadre du Plan Climat de Nicolas Hulot, de son intention de sortir du véhicule fossile (autrement dit à moteur thermique essence ou diesel) en 2040.

Volvo a annoncé au début de l’été qu’il ne commercialiserait plus que des voitures électriques ou hybrides dès 2019

Une annonce qui suit des engagements similaires de la Norvège (2025), des Pays-Bas (2035) et qui a précédé ceux du Royaume-Uni (également pour 2040). Ces dates peuvent sembler lointaines. Elles constituent, à mes yeux, la bonne méthode de transformation à l’échelle d’une industrie dans son ensemble. Elles fixent un cap de plus en plus clair pour les constructeurs qui ne pourront pas dire qu’on les prend à la gorge et qu’ils n’ont pas eu le temps de s’adapter. Et elles créent ainsi les conditions de l’accélération de la saine concurrence entre les acteurs économiques. Ainsi, Volvo a annoncé au début de l’été qu’il ne commercialiserait plus que des voitures électriques ou hybrides dès 2019.

En ce qui concerne la France, nous saurons vite si cet engagement commence à se traduire dans les faits, et ce dès le plan d’investissement dont 15 milliards d’euros doivent aller à la transition écologique et 5 milliards à la mobilité, et dès les Assises de la mobilité qui commencent mardi 19 septembre et devront organiser la décarbonation et l’électrification de nos déplacements (les trains et tramways par exemple sont déjà électriques, et de plus en plus les bus, les vélos, les trottinettes, les voitures partagées…). Du jour du dépassement 2017, je préfère retenir le message d’espoir qui montre que nous commençons à être sur le bon chemin. Même si nous devons absolument accélérer massivement, nous savons maintenant comment remporter ce défi. À nous de jouer… et de gagner !

Pascal Canfin, Directeur exécutif du WWF France

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