Oct 01 2017

Ada Colau, une « indignée » à la tête de la ville la plus riche d’Espagne…

Catalogne : Ada Colau, une « indignée » à la tête de la ville la plus riche d’Espagne

La jeune maire de Barcelone, élue en mai 2015, a adopté une position médiane dans la crise qui oppose Madrid à la Catalogne, pour le droit à décider mais contre l’indépendance.

Élue en mai 2015 à la mairie de Barcelone, Ada Colau incarne l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes, portée par des idées sociales. Première femme à occuper la mairie de la ville la plus riche d’Espagne, elle est aussi la figure de proue des « indignés », de tous ceux que la crise économique de 2008 a laissés sur le carreau.

Une héroïne des victimes de la crise

Son travail au sein de la Plate-forme des victimes des hypothèques (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH), une organisation qui a empêché l’expulsion de milliers de familles surendettées, l’a convertie en héroïne des victimes de la crise.

Elle est pourtant fille de parents aisés. Son père Ramón était graphiste publicitaire, et sa mère Tina, commerciale. Ada Colau a grandi dans le quartier de Guinardó avec sa mère et un nouveau compagnon, son père étant à Madrid. Diplômée de philosophie à l’université de Barcelone, elle entreprend des petits boulots avant d’arriver dans le monde de la communication et de l’interprétation en italien.

En 2000, elle se présente en politique en luttant contre le libéralisme et la guerre. Cette militante de Barcelona En Comú, une plate-forme de la gauche radicale municipale, a toujours eu l’habitude de faire entendre ses idées dans la rue. En 2001, elle défilait contre la Banque Mondiale, en 2002 contre « l’Europe du capital » et en 2003 contre la guerre en Irak. Elle est aussi l’auteure d’une dizaine de parutions sur la société catalane, et sur ses combats politiques, notamment le droit au logement.

« Faire de Barcelone une ville plus juste »

« La maire est très critiquée parce qu’elle n’a pas d’expérience, qu’elle n’appartient pas à une grande famille politique traditionnelle, mais elle est courageuse, elle a aidé de nombreuses familles expulsées de leur logement », estime une Barcelonaise qui l’a côtoyé dans une organisation d’aide aux SDF, elle essaie de faire les choses de façon différente. »

Ada Colau ne cesse de répéter que son but ultime est de faire de Barcelone et son 1,6 million d’habitants, « une ville plus juste et démocratique dont on soit fier ». Et ça a marché, bien que son élection à la tête de la capitale catalane soutenue par le parti de la gauche alternative Podemos, ait été une surprise.

Une personnalité intéressante

Depuis son arrivée à la mairie, elle a instauré des aides sociales au logement, un moratoire à la création de nouveaux hôtels pour mieux les répartir dans la ville et lancé une étude sur les symboles franquistes et monarchiques à Barcelone. Elle se bat contre la violence immobilière, notamment en réprimant les banques détenant des appartements vides.

Elle s’oppose à la gentrification, à l’élévation du coût de la vie dans le centre-ville et à la multiplication des appartements touristiques, très souvent sans licence, qui s’offrent sur les plates-formes de logements saisonniers. Un Plan d’urbanisme de la mairie approuvé au printemps 2017 prévoit une « décroissance touristique » dans les quartiers du centre de Barcelone.

« Parce qu’elle porte un projet différent, Ada Colau est une personnalité intéressante, commente Josep Ramoneda, analyste politique pour les quotidiens El Pais et Ara. Elle n’appartient pas à l’élite politique mais elle sait communiquer. Elle a une forte capacité de persuasion et de séduction ».

Une position médiane sur l’indépendance

Depuis le début de la campagne pour le référendum, la maire est particulièrement exposée. Elle a opté pour une position médiane. Elle ne fait pas partie de l’Association des maires indépendantistes de Catalogne (AMI). « Elle collabore avec le président de la Generalitat, Carles Puidemont, l’appuie sur la défense de la démocratie par le référendum, car elle soutient le mouvement de régénération de la vie politique. Mais elle est opposée à l’indépendance de la Catalogne », poursuit Josep Ramoneda.

Si de nombreux Barcelonais aimeraient la voir traverser la place Jaume et passer de la mairie à la présidence de la Generalitat, deux bâtiments qui se font face, d’autres pensent que sa popularité reste limitée aux frontières de la capitale catalane. « Qui aujourd’hui peut prédire ce que sera la durée de vie politique de cette nouvelle génération ? s’interroge Josep Ramoneda. Elle peut out aussi bien disparaître assez vite de la scène politique. »

Agnès Rotivel (à Barcelone)

Lien Permanent pour cet article : http://mediascitoyens-diois.info/2017/10/ada-colau-une-indignee-a-la-tete-de-la-ville-la-plus-riche-despagne/

Laisser un commentaire