Oct 18 2017

Après les Etats généraux de l’alimentation, l’indispensable révolution agricole…

Après les Etats généraux de l’alimentation, l’indispensable révolution agricole

Editorial. Alors que les précédentes tentatives pour instaurer un équilibre entre agriculteurs, industriels et distributeurs ont systématiquement échoué, chacun semble, désormais, avoir pris conscience que notre modèle n’était pas durable.

 L’Histoire a montré que des Etats généraux peuvent être annonciateurs de révolutions. Si tous les acteurs jouent le jeu, il pourrait en être ainsi pour ceux de l’alimentation, dont la première phase s’est achevée mercredi 11 octobre. Le chef de l’Etat veut, en effet, impulser une vaste remise à plat des relations entre les agriculteurs, les transformateurs de produits alimentaires et les distributeurs.

Chez les premiers, il y a longtemps que la jacquerie gronde. Coincé entre l’avidité des multinationales et la recherche perpétuelle, de la part des consommateurs, du prix le plus bas possible, le monde paysan a joué le rôle de variable d’ajustement jusqu’à l’excès. Aujourd’hui un agriculteur sur cinq perd de l’argent en exerçant son métier, tandis qu’un sur trois gagne moins de 350 euros par mois (Hors subventions ) .

Cette paupérisation n’est pas soutenable. « Il y va de la souveraineté alimentaire de la France », a affirmé Emmanuel Macron. Car à la désespérance humaine s’ajoute un modèle économique devenu contre-productif. Certes, la réforme des relations commerciales mise en place par la loi de modernisation de l’économie de 2008 a largement atteint son but. Les prix ont été tirés vers le bas pour redonner du pouvoir d’achat au consommateur.

Mais ce gain immédiat pour les uns s’est transformé en pression économique mortifère pour les autres. Les crises récurrentes de la production laitière ou porcine ne sont que les symptômes les plus visibles d’un mal plus profond, qui aboutit à une précarisation des exploitations et des PME, à une dégradation de l’emploi et des conditions de travail et à une fragilisation des territoires.

Des orientations tiennent du bon sens

Le président de la République a décidé de rebattre les cartes pour redonner un peu d’oxygène au monde agricole, tout en favorisant une transformation de notre système de production alimentaire, qui doit répondre aux attentes sociétales et environnementales des Français.

Les orientations tiennent du bon sens. D’abord, la course aux prix bas doit cesser. La définition du prix payé à l’agriculteur ne se fera plus en fonction de la marge que veut empocher le distributeur ou l’industriel, mais à partir du coût de production du premier. Une loi allant dans ce sens devrait être proposée dès le premier semestre 2018.

Si l’objectif est que les agriculteurs puissent vivre du fruit de leur travail, pas question pour autant de maintenir sous perfusion des exploitations qui ne sont pas viables. En échange de cette révolution copernicienne, Emmanuel Macron demande aux agriculteurs de mieux s’organiser et de structurer les filières de production pour devenir plus compétitifs.

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement tente d’instaurer un équilibre entre agriculteurs, industriels et distributeurs. Les précédentes tentatives ont systématiquement échoué, faute de consensus entre des intérêts trop divergents. Désormais, chacun semble avoir pris conscience que notre modèle n’était pas durable.

Même Michel-Edouard Leclerc, qui, il y a quelques jours encore, s’opposait à la revalorisation du seuil de revente à perte, c’est-à-dire le prix en dessous duquel le distributeur ne peut pas vendre ses produits, en accepte aujourd’hui le principe à partir du moment où celui-ci concerne exclusivement les denrées alimentaires. Les négociations tarifaires qui débutent le 1er novembre vont constituer un premier test pour savoir si la révolution annoncée ira bien à son terme.

Après le discours de Macron sur l’agriculture, les Etats généraux de l’alimentation relancés

Alors que le climat s’était tendu, les annonces du chef de l’Etat semblent avoir réussi à fédérer peu ou prou les acteurs.

Emmanuel Macron a rassemblé les troupes des Etats généraux de l’alimentation. D’abord physiquement au marché de Rungis, où les participants à ces travaux avaient rendez-vous mercredi 11 octobre. Et dans l’esprit, après le discours sur l’agriculture prononcé par le président de la République.

Ce discours, très attendu, marquait la fin du premier chantier des Etats généraux consacré à la création et à la répartition de la valeur entre agriculteurs, industriels et distributeurs. Et devait donner l’impulsion au second chantier censé se pencher sur le thème d’une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Alors qu’à la veille de cette échéance, les tensions étaient montées, susceptibles de pousser certains participants à stopper leur participation à l’exercice, les annonces du chef de l’Etat semblent avoir réussi à fédérer peu ou prou les acteurs.

Même les ONG ont apprécié la teneur des propos de M. Macron. France nature environnement parle de « diagnostic pertinent », avec un « cap à concrétiser », et Greenpeace d’« éléments intéressants », mais un « manque de cohérence ». WWF salue « les contrats de filières », tout en restant « sur sa faim sur la question de la transition du modèle agricole ». Le syndicat agricole FNSEA demande, lui, des « clarifications » sur les engagements pris par le président.

Les professionnels partagés

Quant aux professionnels, ils sont partagés. « Un grand soulagement », s’est exclamé immédiatement Michel-Edouard Leclerc sur son blog. Le distributeur avait suscité la polémique en brocardant une des mesures issues des travaux du premier chantier des Etats généraux : la revalorisation du seuil de revente à perte, c’est-à-dire le prix minimum en dessous duquel les distributeurs n’ont pas le droit de vendre. Si M. Macron, dénonçant la guerre des prix – source de dévalorisation du revenu des agriculteurs –, s’est dit favorable à ce relèvement, il veut le limiter aux seuls produits alimentaires et ne souhaite prendre cette mesure que sous condition. Il demande en échange que les agriculteurs se regroupent et que les filières agricoles s’engagent dans des plans de restructuration à cinq ans et s’adaptent à une montée en gamme du marché.

Selon le calendrier annoncé par M. Macron, les différentes mesures n’entreront en vigueur par ordonnances qu’au « premier semestre 2018 ». Celles-ci devraient permettre d’inverser la formation du prix en partant du coût de revient de l’agriculteur. Un élément qui sera au cœur des contrats entre producteurs, industriels et distributeurs. L’Ania, l’Association nationale des industries agroalimentaires, regrette pour sa part que ces nouvelles règles du jeu ne soient pas applicables dès les négociations 2017.

Cinquante organisations tirent un premier bilan négatif des Etats généraux de l’alimentation

Les associations ont critiqué la façon dont se sont déroulés les premiers ateliers, exigeant plus de transparence et de dialogue pour ceux qui doivent se tenir jusqu’à la fin novembre.

 

Audrey Pulvar, qui a succédé à Nicolas Hulot à la tête de la Fondation pour la nature et l’homme, en juin, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Le président de la République, Emmanuel Macron, parviendra-t-il, dans son discours sur les Etats généraux de l’alimentation, mercredi 11 octobre, à rassurer la cinquantaine d’associations et d’organisations qui ont déjà manifesté leur inquiétude, voire leur déception ?

Rien ne paraissait moins sûr, mardi 10 octobre, en écoutant la Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire. A l’issue de la première étape de ce grand chantier consacrée à la création de la valeur agricole et à sa répartition, la cinquantaine d’organisations – Confédération paysanne, France nature environnement (FNE), Greenpeace, Fondation pour la nature et l’homme (FNH), WWF, Attac, Générations futures, Réseau Action Climat, Fédération nationale d’agriculture biologique, Les Amis de la Terre… – ont tiré la sonnette d’alarme. Et critiqué vertement la façon dont se sont déroulés les premiers ateliers, exigeant plus de transparence et de dialogue pour ceux qui doivent encore se tenir jusqu’à la fin novembre.

Construire un nouveau modèle alimentaire

« Nous avons assisté à l’imposition systématique d’une vision de l’agriculture, en l’occurrence industrielle, a dénoncé Audrey Pulvar, qui a succédé à Nicolas Hulot, nommé ministre de la transition écologique et solidaire, à la tête de FNH. Nos propositions, quand elles pouvaient être avancées, ont été systématiquement balayées. »

Les ONG entendent néanmoins faire entendre leurs voix. « Avec la disparition des emplois agricoles, et le chômage induit, les coûts de la pollution des eaux, de la perte de biodiversité et les coûts sanitaires – obésité, cancers, diabète – liés à l’alimentation, la nourriture supposée bon marché coûte en fait très cher à la société », a expliqué Julie Stoll, de la Plate-forme pour le commerce équitable. 

« Il va falloir du courage »

Devant « l’urgence à faire évoluer le modèle alimentaire », les membres de la Plateforme citoyenne attendaient beaucoup de la prise de parole du chef de l’Etat. « Il va falloir du courage pour que le gouvernement explique quelle est sa vision d’une nouvelle politique agricole », a insisté Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne.

Pour ces associations, les propos du ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, renvoyant dos à dos tous les modèles (intensifs, bio…) ne peuvent servir d’orientation. Elles réclament une troisième étape des Etats généraux. Une phase politique qui permette de construire un nouveau modèle alimentaire, avec les organisations agricoles et la société civile. Pour ces associations, la décision prise par le gouvernement français d’appliquer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA), qui met en danger, selon elles, l’agriculture française, ou la suppression des aides au maintien en agriculture biologique envoient un mauvais signal.

MCD avec Le Monde

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