Oct 08 2017

Arrivée en Drôme-Ardèche du fameux compteur électrique Linky…

Linky, quand tu nous tiens !

Linky, du bon anglais ou américain «the link» = le lien et «to link» = lier, relier
Une obligation propre à la France
On nous annonce à grand bruit l’arrivée en Drôme-Ardèche du fameux compteur électrique Linky, dit «intelligent». C’est un projet qui a été initié en 2008 par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), confirmé par une décision de principe gouvernementale de généraliser, chez tous les consommateurs en basse tension inférieure à 36 kW, le déploiement d’un compteur «communicant». Il a été baptisé Linky en 2010 au moment du lancement des 300.000 démonstrateurs dans la métropole de Lyon et en Indre-et-Loire.
Cette décision est antérieure à la directive européenne 2009/72/UE qui, tout en promouvant les systèmes intelligents pour favoriser «la participation active des consommateurs au marché de la fourniture d’électricité», soumet la mise en place à une analyse coûts/bénéfices et au choix souverain de chaque Etat-membre. C’est ainsi que l’Allemagne a décidé en juillet 2016 de limiter l’obligation d’installation d’un compteur communicant aux consommateurs de plus de 6000 kWh par an, et aux producteurs disposant d’une capacité supérieure à 7 kW. En France, par contre, la loi de transition énergétique de 2015 impose le déploiement de compteurs «intelligents» à tous les consommateurs, en prévoyant des sanctions pour les gestionnaires de réseaux réfractaires.

Le système Linky

Pour Enedis (ex-ERDF), filiale à 100% d’EDF, qui gère en concession les réseaux de distribution, dont les communes sont propriétaires en France, Linky apporte des avantages certains, que sont :
►La relève des compteurs, le changement de puissance, la coupure ou le rétablissement qui pourront se faire à distance sans technicien
►La réduction des fraudes et vols d’électricité, c’est-à-dire des économies de fonctionnement à long terme, avec une réduction des effectifs, dont le montant reste à vérifier par l’expérience.
►Les consommateurs pourraient aussi y trouver leur compte grâce à la capacité d’ajuster la puissance souscrite par paliers de 1 kW (au lieu de 3 actuellement), et la mise à disposition gratuite des données de consommation et courbe de charge avec un décalage de 24h,
►Potentiellement, le pilotage d’appareils électriques ou de la modulation horaire des tarifs, sous réserve d’un contrat complémentaire avec le fournisseur permettant «l’effacement» durant les pics de consommation avec une infrastructure domestique adéquate.


Source : CRE

Les risques du programme

Le but affiché du programme d’installation de 35 millions de compteurs Linky en France, d’ici 2021, pour un coût total de 5 à 7 milliards €, est de «lisser» les pointes de consommation d’électricité, et de limiter ainsi l’augmentation des capacités de production. Le jeu en vaut-il la chandelle?
Les consommateurs financeront l’investissement initial des compteurs via une contribution supplémentaire de 2€/mois pendant 10 ans pour payer chaque compteur… pour des bénéfices ultérieurs incertains, car 90% des premiers foyers installés n’ont pas changé leurs habitudes de consommation, les relevés n’ayant lieu qu’une fois par heure et ne fournissant donc qu’une information statistique avec une heure de décalage. Les compteurs actuels, qui demandent certes un relevé visuel, fonctionnent encore très bien. Et, ma foi, cela fait longtemps qu’on peut transmettre ses indexs de consommation aux fournisseurs par téléphone ou internet. Alors y a-t-il urgence?

D’autres inquiétudes se font jour au fil de l’expérience des premières installations:
►Dysfonctionnements plus ou moins graves pour 26% des 2000 répondants à l’enquête UFC-Que Choisir (disjoncteur qui coupe souvent, plaque de cuisson qui flanche, box perturbée, déprogrammation d’équipements) surtout pour les abonnés HP/HC et les puissances de 3 kW.
►Crainte d’utilisation des données personnelles de consommation et, à terme, de piratage.
►Système hyper centralisé du fait du monopole d’Enedis, inadapté au développement de smartgrids locaux sur production d’électricité renouvelable.
►Quel sera l’effet à long terme des ondes électromagnétiques émises en supplément, puisque les données individuelles seront transmises par CPL (courant Porteur en Ligne) vers un concentrateur installé au poste de distribution qui, lui, transmet les informations au distributeur par les réseaux de téléphonie mobile.

A l’avenir, il y aurait 400000 à 700000 concentrateurs en France. Pour l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR), le niveau moyen de champ électromagnétique au voisinage des Linky est du même ordre que celui d’autres appareils (TV… ) dans la bande de fréquence 1 kHz – 100 kHz, mais elle se garde de conclure sur l’impact santé. Un peu plus, un peu moins…

La France partie trop tôt, trop fort?

Bien que le déploiement de Linky ait été décrété par la loi, plus de 400 communes et non des moindres (Caen, Bayonne, Aix-en-Provence… ) s’opposent à l’installation de Linky sur leur territoire. Car, si Enedis est concessionnaire de la gestion des réseaux de distribution, les communes et leurs syndicats en sont propriétaires. En Drôme-Ardèche, Barnave, La Roche/Grane, Saint-Jean Chambre ont déjà pris des délibérations similaires.
C’est donc une question qui se pose pour toutes les communes de la Drôme et pour le SDED, le Service Public des Energies dans la Drôme.
Parallèlement à la Linky Académie, la nouvelle star organisée par Enedis avec Pôle Emploi et Solution 30 (sous-traitant d’Enedis), plusieurs collectifs se sont emparés du sujet, en informant les citoyens et leurs municipalités, et en demandant des réunions contradictoires sur cette question complexe: Transition Collective du Valentinois, Collectif Citoyen de Rochemaure, Collectif Info Linky basé au Poët-Laval pour la Drôme Provençale…

Outre les incertitudes sur les bénéfices de l’opération, le compteur Linky apparaît à certains comme un objet dépassé à l’époque de l’Open Data. Des prototypes de visualisation de la consommation en temps réel sont en développement comme CitizenWatt, et des objets connectés permettent de piloter ses propres appareils électriques, toutes solutions qui permettent une appropriation personnelle de la gestion de sa consommation… sans changer les compteurs.
Dur, dur, de revoir sa copie quand on s’est engagé aussi loin sur le plan technique.
Mais sans doute est-il encore temps. Un premier débat contradictoire aura lieu au Poët-Laval en mairie le dimanche 5 novembre à 17h.

François

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