Oct 27 2017

Crest 26400 : Décès d’un ami paysan syndicaliste drômois, Jacques Liotard, l’ami de tous…

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous annonce le décès de Jacques Liotard. Un ami depuis les années 1970, compagnon de route du syndicalisme paysan drômois. Éternellement engagé pour toutes les causes justes, les luttes pour les droits de l’Homme, et le monde paysan. Une figure de « juste » qui part ce jour du 23 octobre 2017.   Claude Veyret pour MCD

Jacques Liotard, engagé pour les autres et par amour des autres, vient de décéder

L’ancien élu crestois est mort le 23 octobre. Il laisse derrière lui de très beaux souvenirs.

La vie de Jacques Liotard a été marquée par trois actions bien différentes et pourtant bien liées par le service aux autres. Dans son métier d’agriculteur, il créa le ler GAEC non familial de France, qu’il animera toute sa vie. Son aptitude à de profiter des sensibilités et des richesses de tous l’encourage à travailler dans le collectif, jusqu’au partage du matériel agricole qu’on appelle aujourd’hui CUMA. Il donne la possibilité aux paysans de se former au juridique pour défendre leurs collègues au tribunal. D’où la création logique de l’association, « Solidarité paysanne » pour aider les agriculteurs en détresse et négocier avec les créanciers de manière à permettre aux gens « d’être des êtres debout ». Son combat au côté des femmes est reconnu de nos jours parce qu’à l’époque où les femmes n’avaient pas de compte bancaire et demandaient à leur mari certaines autorisations, Mme Françoise Liotard était investie dans les syndicats et en charge de nombreuses tâches dans son entreprise.

Sa vie politique a commencé fin des années 1980, et il s’est investi aux côtés de Max Tabardel à la fin du siècle dernier. Élu dans l’opposition avec Hervé Mariton, il a démissionné ces dernières années. Engagé avec « Mistral Crestois », Samuel Arnaud se souvient d’un homme dans la transmission de son savoir, dans l’aide et l’amitié avec une vraie passion pour la vie sociale. ll a animé l’antenne locale de « France Palestine ›› avec son épouse qui continue encore, avec équipe comme l’aimait Jacques Liotard. Son dernier projet a été d’écrire un livre de témoignages sur les paysans « Être paysans ensemble 1960-1990 », qui sort bientôt.

En ce lundi 23 octobre  toute sa famille et ses nombreux amis lui ont rendu un hommage sincère. ll a laissé sa place à 82 ans a un don de sois sans limite.

Toute l’équipe du journal MCD présente ses sincères condoléances à toute sa famille et ses amis.

Être paysans ensemble

1960-1990 : Une page de l’histoire du syndicalisme paysan dans la Drôme

Ouvrage dirigé par Pierre-Antoine Landel et Jacques Liotard

De 1960 à 1990, le syndicalisme agricole drômois a été mené par un groupe de militants paysans motivés par l’engagement collectif. 30 ans plus tard, à partir de leurs récits, ils affirment l’efficacité des luttes pour répondre aux problèmes des agriculteurs, mais aussi pour redonner du sens au métier de paysan.

Les auteurs-coordinateurs : Pierre-Antoine Landel est enseignant-chercheur en géographie et aménagement à l’Institut de Géographie Alpine à Grenoble. De 1980 à 1983, il a été animateur à la FDSEA de la Drôme.

Jacques Liotard a été agriculteur à Crest durant plus de 45 ans, et leader syndical durant de nombreuses années. Il a été un de ces militants paysans témoins.

15 x 22 cm – 200 pages environ

Couverture souple à rabats

Reliure en dos carré collé

collection Ortie

Parution : mi-décembre 2017

EAN 9791096274079

Prix (à parution) : 20 €

(en souscription : 20 € (frais de port compris))

Bon de souscription

Le syndicalisme agricole est un champ hautement contesté, et son histoire est complexe. Composante de la Confédération générale de l’agriculture (CGA) constituée en mars 1945, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), créée en mars1946, s’autonomise très rapidement et s’impose comme la force paysanne dominée par les grands céréaliers et betteraviers. En 1956, le Cercle (puis Centre) national des jeunes agriculteurs (CNJA) adopte le statut de syndicat et devient la branche « jeunes » de la FNSEA.La création de la Communauté économique européenne et, dans ce cadre, l’instauration d’une politique agricole commune, bousculent le monde agricole. Une première opposition à la politique de la FNSEA se détache d’elle pour former le Mouvement de coordination et de défense des exploitations familiales en 1959. La contestation ne se limite pas à cette gauche paysanne traditionnelle où les communistes prévalent. D’autres oppositions apparaissent en 1960, notamment dans l’Ouest, à l’initiative de militants de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC, plus tard MRJC). Unis autour de la modernisation, de la solidarité avec le monde ouvrier et du témoignage personnel, les jacistes se divisent fortement à partir de mai 1968 entre gaullistes comme Michel Debatisse, socialistes SFIO tel Bernard Thareau et socialistes PSU à l’instar de Bernard Lambert. Le livre de ce dernier,Les paysans dans la lutte des classes (Seuil,1970) sert de manifeste à un courant qui s’organise dans le CNJA et espère le conquérir. Après le congrès de Blois (1970), le combat est jugé perdu et les luttes à la base sont privilégiées : grève du lait, le Larzac, etc. La mouvance « Paysans-Travailleurs » émerge en 1972. La contre-offensive de la majorité à l’égard des « gauchistes » est conduite méthodiquement et habilement. Balayée du CNJA, la nouvelle gauche paysanne se diversifie à partir de 1974 et s’éparpille.

Des militants critiques comme Jacques Liotard estiment nécessaire de rester au CNJA, tandis que d’autres jugent la rupture inévitable. Une Association nationale des paysans travailleurs est fondée en octobre 1974, faible, fermée, surtout bretonne. Une scission l’affecte en septembre 1977. Douze fédérations départementales de la FNSEA établissent à la même date une coordination oppositionnelle que Michel Debatisse entreprend de démanteler selon les moyens expérimentés cinq ans plus tôt. Toujours en 1977, une troisième coagulation anti-FNSEA s’opère autour des scissionnistes de l’ANTP dans la perspective de créer une stimulation paysanne à la politique de la gauche unie qui devrait remporter les élections législatives de 1978 (les travailleurs de la terre du MSTT).

La perspective d’une victoire mitterrandienne en 1981 pousse au regroupement des gauches paysannes que favorise la création d’une Association de formation et d’information paysannes. D’un côté, l’ANPT se réunifie avec le MSTT tout en recevant l’apport de forces locales de la Savoie et de la Manche en juin 1981, pour former la Confédération nationale des syndicats des travailleurs paysans. De l’autre, l’Interdépartementale s’élargit en Interpaysanne le 9 juin 1982 et devient la Fédération nationale des syndicats paysans le 28avril 1982 par le ralliement progressif des oppositions internes de la FNSEA et du CNJA.Les nouveaux venus sur la scène syndicale espèrent briser le monopole représentatif de la FNSEA et infléchir la politique agricole quoique de manière un peu discordante. Sur les deux points, les désillusions s’accumulent. Les élections professionnelles de 1983 confirment l’audience de la FNSEA.La politique agricole suivie pendant le premier septennat de François Mitterrand s’inscrit dans la continuité « productiviste ». La première cohabitation amène François Guillaume au ministère de l’agriculture. Pour mieux résister, CNSTP et FNSP se rapprochent et fusionnent le 29avril 1987 :la Confédération paysanne est née.

Composite, fragile, celle-ci compense ses faibles moyens par un grand art de la médiatisation. Elle dispose d’un réseau de militants résolus et sensibles aux évolutions engendrées par la course à la rentabilité et la mondialisation. Elle diversifie ses interventions qu’elle légitime par son projet d’« agriculture paysanne ». La Confédération progresse électoralement (1989,1995,2001) et, par les actions spectaculaires de José Bové, accède à une popularité nationale et internationale qui ne supprime pas sa petitesse et ses fragilités.

La présentation de la FNSEA aurait sans doute gagné à recourir à la problématique néo-corporatiste développée par John Keeler dans Farmers, the State, and Agricultural Policy-making in the Fifth Republic (1987). La pluralité interne du PSU aurait aussi mérité d’être davantage soulignée. Enfin, la diversité du courant écologique réclamait plus d’explicitations que celle de l’opposition entre le loup et l’agneau. Les regrets ne contrebalancent pourtant pas les qualités déployées tout au long du travail de Jean-Louis Martin :ampleur, solidité, variété des sources, attention à la multiplicité des facteurs dans l’engagement des militants, mise en évidence des changements de conjoncture. Cette synthèse prend place parmi les ouvrages fondamentaux des Isabelle Boussard, Hélène Delorme, Nathalie Duclos, Bernard Hervieu, Yves Tavernier sur le syndicalisme agricole.

Jean-Philippe Martin, Histoire de la nouvelle Gauche Paysanne. Des contestations des années 1960 à la Confédération Paysanne, Paris, La Découverte, 2005,312 p., 20€.

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