Oct 31 2017

Mort de Jacques Sauvageot, figure de Mai 68…

Mort de Jacques Sauvageot, figure de Mai 68

L’ancien président de l’UNEF est mort samedi à Paris, à l’âge de 74 ans.  Il avait été l’un des acteurs majeurs des manifestations qui ébranlèrent le pouvoir gaulliste en mai 1968.

Avec la mort de Jacques Sauvageot, c’est l’une des figures historiques de Mai 68 qui s’est éteinte, à quelques mois du cinquantième anniversaire des événements. L’ancien président de l’UNEF est mort le samedi 28 octobre à l’âge de 74 ans à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où il avait été admis le 12 septembre après avoir été percuté par un scooter, a confirmé sa famille.

En mai 1968, Jacques Sauvageot, membre des étudiants du Parti socialiste unifié (PSU) et vice-président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), est le dirigeant effectif du syndicat étudiant, dont il prendra la présidence quelques mois plus tard. Avec Alain Geismar, alors secrétaire général du SNESup, et Daniel Cohn-Bendit, le porte-parole du mouvement nanterrois du 22-Mars, il est un des acteurs majeurs de ces deux mois qui ébranlèrent le pouvoir gaulliste.

Jacques Sauvageot est né le 16 avril 1943 à Dijon. Petit fils d’un maréchal-ferrant, fils d’un employé de la SNCF et d’une femme au foyer – « employée de maison non rétribuée », pour reprendre la formule qu’il utilisait – d’origine paysanne, il est élevé dans une famille catholique assez religieuse. Son père avait été militant CFTC puis CFDT, mais sans en faire état : son fils ne l’apprendra qu’en 1968.

Il fréquente une école privée confessionnelle jusqu’en troisième puis intègre le lycée public en seconde et réussit le bac sciences expérimentales. Il entre à la faculté de lettres de Dijon pour faire des études de philosophie, mais déçu par l’enseignement, s’inscrit en faculté d’histoire de l’art et de droit public. Il obtiendra les deux licences. Il adhère à l’UNEF, dont un de ses frères avait été un dirigeant.

Sa première activité militante consiste à tirer des polycopiés. Il s’occupe de la chorale étudiante, du secteur culturel puis devient président de la corpo de lettres et préside l’Association générale des étudiants de Dijon (AG-UNEF) jusqu’en juillet 1967. Délégué régional de l’UNEF, il décide alors de quitter Dijon.

Compromis entre les groupes d’extrême gauche

Arrivé à Paris en septembre 1967, il entre immédiatement au bureau national de l’UNEF. Il n’est alors membre d’aucun parti mais sympathisant du PSU, dont il partage globalement les idées. C’est Marc Heurgon, alors membre du bureau national du parti dirigé par Michel Rocard, qui le fait adhérer, en février 1968.

Vice-président adjoint de l’UNEF, il s’occupe des résidences universitaires. Le syndicat étudiant est alors en proie à des violents débats internes entre les différents courants d’extrême gauche. Jacques Sauvageot gardera un souvenir cuisant de la semaine durant laquelle les étudiants lambertistes trotskistes de la Fédération des étudiants révolutionnaires (FER) bloquèrent l’accès aux locaux de l’UNEF, rue Soufflot, pour que le syndicat signe un texte convoquant une conférence nationale de la jeunesse.

En désaccord avec le président de l’UNEF, Michel Perraud, qui démissionne en avril 1968, Jacques Sauvageot est proposé pour assurer l’intérim, son mandat devant être confirmé par un congrès ou une assemblée générale. La prise en main de la direction par un membre du PSU est le fruit d’un compromis entre les groupes d’extrême gauche, à l’exception des lambertistes. De 100 000 avant 1960, le nombre d’adhérents est alors tombé à 30 000. Le syndicat étudiant entretient des rapports privilégiés avec le SNESup.

Jacques Sauvageot est conscient de l’état de faiblesse de l’UNEF. Les assemblées locales agissent de façon autonome et les contestataires du « 22-Mars », à Nanterre, n’ont pas attendu le syndicat étudiant pour se mettre en mouvement. Toutefois, à compter de la fermeture de l’université de Nanterre, l’UNEF s’engage dans le mouvement de solidarité.

« Elections piège à cons »

Pendant les vacances de Pâques, Jacques Sauvageot, délégué par le PSU, se rend en Italie à un congrès d’organisations politiques progressistes anti-impérialistes. Il constate alors le niveau de mobilisation des étudiants italiens. Revenu en France, il prend part à l’occupation de la Sorbonne et fait partie des militants arrêtés le 3 mai. L’UNEF lance un mot d’ordre de grève et prend des contacts avec les syndicats. Il en sort l’appel à la manifestation du 13 mai, où la CGT, malgré ses réticences, accepte que l’UNEF, le SNESup, le mouvement des lycéens et celui du « 22-Mars » défilent en tête de cortège.

Ce mois de mai va changer son statut public. Aux côtés d’Alain Geismar et de Daniel Cohn-Bendit, il est alors l’un des porte-parole du mouvement, même s’il n’a pas l’impact médiatique d’un « Dany ». Aux yeux des responsables politiques et syndicaux, il apparaît comme un interlocuteur crédible.

 

Conférence de presse Jacques Sauvageot au centre est entouré par Alain Gesmar (à g.) et Daniel Cohn-Bendit (à dr.), le 11 mai 1968.

Grâce à ses contacts avec le PSU, il est le maître d’œuvre de l’organisation du meeting de Charléty, le 27 mai. Néanmoins, alors que la tenue d’élections législatives anticipées a été annoncée, le fossé se creuse avec Michel Rocard, qui veut que son parti y prenne part tandis que Jacques Sauvageot défile, lui, derrière des banderoles « élections piège à cons ».

Après la défaite électorale et la fin des grèves, le congrès de l’UNEF de décembre souligne les divisions internes du syndicat étudiant. Président de fait par intérim, il aurait dû être confirmé par une assemblée générale en avril 1968 mais les lambertistes avaient décrété que celle-ci ne se tiendrait pas et envoyé leur service d’ordre, empêchant sa tenue.

Il devient président en titre au congrès de Marseille, en décembre 1968. Mais, son sursis arrivant à terme, il doit effectuer son service militaire et est affecté dans une base aérienne à Solenzara, en Corse. Il est accueilli par un militant du PSU dont la voiture, peu après, fait l’objet d’un plasticage. Jacques Sauvageot juge alors plus prudent de rester cantonné dans sa base.

Eparpillement de l’extrême gauche

A son retour du service militaire, en juillet 1970, il devient quasiment permanent du PSU, sans salaire. Puis il est un des animateurs de la Gauche ouvrière et paysanne (GOP), courant interne au PSU, qui donnera naissance à Pour le communisme puis à l’Organisation communiste des travailleurs (OCT). Cependant l’éparpillement de l’extrême gauche en une myriade de chapelles et de groupuscules le déçoit. Il abandonne cette forme de militantisme en 1976 et s’investit dans la création de radio libres, alors interdites par le pouvoir giscardien, notamment à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

Après avoir vécu à Paris jusqu’en 1973, puis à Nantes, sans exercer d’emploi durable, il travaille comme enquêteur agricole, puis est un temps embauché comme ouvrier spécialisé, « par nécessité », dans une usine de transformateurs électriques. Il est licencié un an plus tard, avec d’autres salariés, à la suite des difficultés économiques que connaît cette entreprise. Il réussit alors le concours de recrutement pour devenir professeur d’histoire de l’art à l’école des beaux-arts de Nantes. Un concours s’étant ouvert pour le poste de directeur de l’école régionale des beaux-arts de Rennes en 1989, il est sélectionné et occupe cette fonction jusqu’en 2009.

Associé au cinquantenaire du PSU, en 2010, Jacques Sauvageot était le secrétaire de l’Institut tribune socialiste, qui gère les archives et anime des débats avec des anciens du PSU et des militants sensibles aux idées et pratiques de ce parti dissous en 1989, mais qui a marqué l’histoire de la gauche politique et syndicale.

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