Oct 01 2017

Risques sismiques et arrêt de la centrale du Tricastin : l’ASN enfonce le clou à Saint-Paul-Trois-Châteaux…

Risques sismiques et arrêt de la centrale du Tricastin: l’ASN enfonce le clou à Saint-Paul-Trois-Châteaux

Le directeur de la centrale du Tricastin a annoncé jeudi soir que l’arrêt des 4 réacteurs du Tricastin serait effectif entre 24h (pour le premier) et 5 jours (pour les trois autres). C’est la première fois dans la longue histoire du Tricastin qu’EDF est contraint par l’autorité de stopper sans délai toute production. 
(Voir: Coup de tonnerre dans le Tricastin : l’ASN ordonne l’arrêt de tous les réacteurs du CNPE pour une durée de plusieurs semaines)
C’est une réunion prévue de longue date, à laquelle nous étions jeudi soir à Saint-Paul Trois-Châteaux: une réunion de la Commission Locale d’Information sur les Grands Equipements Energétiques du Tricastin (CLIGEET pour les familiers) pour traiter de la question des rejets de la centrale, de leur contrôle et de leur impact. Assez loin de l’info du jour: la décision de l’ASN (Agence de Sûreté Nucléaire) de demander la fermeture immédiate à titre provisoire des quatre réacteurs.
Cette annonce a évidemment chamboulé le programme compte tenu de son caractère exceptionnel: il s’agit d’une première en France. Cette réunion très dense s’est tenue en présence de tous les acteurs concernés, autorités, exploitants et opposants. Etaient notamment présents l’ASN (le «gendarme» du nucléaire), son bras armé l’IRSN, les deux exploitants du Tricastin, EDF et Areva, les principaux opposants dont la CRIRAD et les autorités politiques et administratives (Marie-Pierre Mouton, présidente du Conseil départemental, et la préfecture de la Drôme).
Les deux sujets, les rejets et l’arrêt des réacteurs, ont été longuement abordés lors des trois heures qu’a duré la réunion efficacement animée par Franck Daumas, journaliste à France Bleue, devant une centaine de personnes remplissant largement la salle Georges Fontaine.Cet article traitera prioritairement de l’arrêt de la centrale, ses causes, ses effets, ses conséquences ; un autre article suivra pour parler de l’autre sujet abordé: les rejets qui concerne tous les habitants de la région soit 1,6 million dans un rayon de 80 kilomètres. A venir également la chronologie détaillée de ces événements.

Pourquoi stopper immédiatement les réacteurs ?

Pour Mme Thomines, chef de division de L’ASN Lyon, les motifs qui l’ont amenée ce jour à exiger d’EDF l’arrêt «dans les délais les plus courts» des quatre réacteurs du Tricastin sont les risques d’inondation de la centrale située non loin du Rhône. En cas de séisme, «il existe un risque de rupture d’une partie de la digue du canal de Donzère-Mondragon permettant le refroidissement des réacteurs et que l’inondation en résultant pourrait conduire à un accident de fusion du combustible comme à Fukushima, rendant particulièrement difficile la mise en oeuvre des moyens de gestion d’urgence internes et externes».

Précision apportée par un cadre de l’IRSN : «le temps utile pour réagir en cas d’inondation va de 2h en cas d’inondation totale du site à 55h en cas d’inondation modérée ». Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour évacuer les populations voisines !

Cette décision d’action immédiate est intervenue après la déclaration par EDF, le 18 août dernier, d’un événement significatif pour la sûreté, incident classé au niveau 2 sur l’échelle de l’INES qui en compte 7.
EDF, après avoir examiné en détail, à la demande pressante de l’IRSN depuis 2007, les matériaux composant le ravier des 400 derniers mètres de la digue situés juste au nord de l’installation, avait déclaré qu’en cas de séisme il n’existait pas de risque de rupture de cette partie de la digue du canal protégeant la centrale. Des travaux précédents sur les quatre kilomètres de la digue n’avaient pas détecté cette anomalie. L’ASN n’a pas suivi EDF sur ce point, déterminant, pour elle, que le risque existe.


La centrale du Tricastin est l’une des cinq centrales françaises exposées au risque sismique (document tiré d’un rapport Greenpeace de 2013 sur les cinq centrales que l’association estime nécessaire de fermer en priorité).

Le premier réacteur arrêté la nuit dernière

Le gendarme du nucléaire demande l’arrêt provisoire et immédiat de la centrale et exige le renforcement d’une partie de la digue. L’arrêt des réacteurs limite les risques en réduisant la puissance thermique; il s’agit de refroidir le combustible nucléaire pour éviter la fusion des coeurs.

La vallée du Rhône est une zone sismique connue; la digue a été conçue au départ pour résister à un séisme supérieur de 0,5 point au séisme le plus important répertorié dans la région sur les 150 dernières années; la référence étant le tremblement de terre de 1873 à Châteauneuf-du-Rhône, évalué a posteriori à 4,7, c’est donc à un possible séisme de 5,2 sur l’échelle de Richter que la digue doit pouvoir faire face. L’échelle de Richter est une échelle ouverte et le séisme le plus grave jamais mesuré a été défini à 9,5 ; c’était à Valdivia, au Chili, en 1960.

EDF devra compléter ses investigations géotechniques afin de caractériser plus finement la constitution de la partie de la digue concernée et procéder, avant le redémarrage des réacteurs, aux renforcements nécessaires pour assurer la résistance de la digue au séisme maximal dans la démonstration de sûreté nucléaire, soit un séisme 0,5 point plus fort que le plus puissant observé dans la région.
EDF ne pourra pas redémarrer ses réacteurs sans que l’ASN ait effectué des contrôles conduits par l’IRSN et donné son accord. En réponse Cédric Hausseguy, le directeur de la centrale, annonce que la sécurité étant sa priorité il appliquait immédiatement la décision de l’ASN en arrêtant dès cette nuit le réacteur n°1; les trois autres seront stoppés au début de la semaine prochaine, pour étaler la charge travail énorme de ses équipes.


20h30 : Cédric Hausseguy, directeur de la centrale, annonce que l’arrêt du réacteur no 1 sera effectif durant la nuit

Le calendrier prévisionnel des travaux nécessaires

►Un mur de protection provisoire composé d’énormes sacs, empilés sur plusieurs mètres sera terminé fin octobre.
►Actuellement un muret de 90 cm de hauteur entoure la centrale, comme un caisson étanche. Il sera porté à 1,80m dans les meilleurs délais.
►Les travaux de renforcement du radier seront confiés à VINCI, qui apportera 30.000 à 40.000 m3 de remblais, pour qu’il soit au nouvelles normes de sécurité renforcée. La CNR et AREVA seront associés à ces travaux.

EDF espère aller vite mais l’ASN maintient la pression sur l’électricien, comme le veut sa mission de contrôleur de la sûreté nucléaire, avec l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Travaux et contrôles vont probablement prendre davantage que le mois annoncé par EDF.

À une question d’un participant dans la salle qui s’inquiétait l’hiver venant de l’impact de cet arrêt total des réacteurs, le directeur de la centrale, qui avait indiqué précédemment qu’elle fournissait environ 50% de l’énergie électrique de la région Rhône Alpes, n’a pas vraiment pu répondre, insistant juste sur la priorité donnée à la sécurité. Si l’hiver est rude l’apport des énergies renouvelables et des centrales à gaz sera le bienvenu à ce moment-là.

Incidence sur l’activité et l’emploi

Le coût du renforcement de la digue ne devrait pas excéder quelques millions d’euros. En attendant, la fermeture pendant plusieurs mois d’une centrale de 3600 mégawatts (MgW) de puissance a évidemment une incidence sur l’activité. Un responsable de l’IRSN nous a confié que le manque à gagner de la centrale est de l’ordre d’un million d’euros par jour d’arrêt.

Le directeur du site s’est voulu rassurant en affirmant qu’il n’ y aurait pas de conséquences sur l’emploi, pas de chômage partiel, pour les 2000 travailleurs du Tricastin (1400 salariés d’EDF et 600 prestataires) qui seront bien occupés par des travaux de maintenance.
Il a indiqué en outre que les entreprises partenaires de la centrale ne seraient pas impactées, elles non plus.

Un sujet n’a pas été abordé, faute de temps, mais reste plus que jamais d’actualité : les aspects économiques et le coût de l’énergie nucléaire. Plusieurs facteurs sont à prendre en considération :
►L’opinion : depuis trente ans, autant à la suite de Tchernobyl que de Fukushima, les Français sont devenus plus exigeants sur le sujet ; en 2005, le principe de précaution est introduit dans la Constitution (article 5 de la Charte de l’environnement, elle-même inscrite alors dans la Constitution) ;
►Les normes de sécurité réglementaire ont été sensiblement et régulièrement relevées par l’ASN ;
►Le statut de cette institution (ex IPSN et ex SCPRI) a évolué vers une indépendance renforcée, lui permettant probablement d’être aujourd’hui plus exigeante qu’autrefois;
►La dégradation de la santé financière d’EDF : cet environnement s’impose à des centrales vieillissantes qu’EDF, compte tenu de sa mauvaise santé financière, veut prolonger jusqu’à 40 ou 50 ans pour les rentabiliser.
Ce nouveau contexte a entraîné et continuera à entraîner une augmentation importante et régulière du prix du kilowatt pour les consommateurs. En effet une partie des investissements nécessaires à cette sécurité renforcée puis au démantèlement ne pourra probablement pas être supportée par EDF, faute de fonds propres à la hauteur des enjeux. La sécurité n’a pas de prix, mais elle aura un coût.

Tricastin : le premier des quatre réacteurs de la centrale déjà à l’arrêt

EDF vient d’indiquer dans un communiqué que la nuit dernière, « les équipes de la centrale du Tricastin ont procédé à l’arrêt provisoire de l’unité de production n°1 en toute sûreté, conformément à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire. Les trois autres réacteurs seront mis à l’arrêt dans les plus brefs délais. Durant l’arrêt provisoire des quatre réacteurs (un mois environ),  EDF procédera à des travaux de renforcement de la digue sur une courte portion de cet ouvrage situé au nord de la centrale, en bordure du canal de Donzère-Mondragon. » Ces travaux permettront de garantir sa tenue en situation de séisme majeur.

Et de  trois…

EDF poursuit la mise à l’arrêt forcée des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin. Les unités n°2 et n°4 ont été arrêtées en toute sûreté hier, annonce le groupe dans un communiqué ce matin.

C’était déjà le cas pour l’unité n°1 depuis vendredi. Reste maintenant l’unité n°3, qui devrait être arrêtée au plus tard d’ici demain.

Pour rappel, jeudi, l’Autorité de sûreté nucléaire a imposé à EDF cette mise à l’arrêt le temps que soient réalisés des travaux de confortement d’une partie des digues du canal Donzère-Mondragon, qui ne résisteraient pas à un séisme majeur selon les études géotechniques menées. L’industriel a déjà lancé le chantier qui devrait se terminer à la fin du mois d’octobre.

Centrale du Tricastin : des big bags pour renforcer temporairement la digue fragilisée

Une pelle mécanique disposait dès hier après-midi des big bags, ces gros sacs ayant pour objectif de renforcer temporairement la protection de la centrale nucléaire du Tricastin d’une inondation en cas de secousse sismique et de rupture de la digue du canal du Rhône. 

La digue en graviers située au nord de la centrale EDF du Tricastin, construite entre 1974 et 1978, se briserait en cas de « séisme majoré de sécurité », le niveau surévalué auquel il est obligatoire de répondre étant donné la nature des activités d’un site nucléaire.

Cela provoquerait l’inondation des installations industrielles et « pourrait conduire à un accident de fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs de la centrale du Tricastin ». C’est ce qu’a estimé l’ASN.

D’après le spécialiste de la radioactivité, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la fragilité de ce tronçon de la digue en cas de séisme peut être expliquée par « la nature des matériaux qui la constituent. Il s’agit de remblais sablo-graveleux qui […] peuvent être localement le siège d’un phénomène de liquéfaction en cas de séisme […] ce qui a pour conséquences potentielles de rendre l’ouvrage instable et de conduire à des glissements sous l’effet des forces d’inertie ».

En clair, ces dégradations pourraient provoquer un affaissement de la crête tel que l’eau du canal s’écoulerait sur celle-ci, entraînerait alors l’érosion externe du corps de digue, puis créerait une brèche dans cette digue. « Un séisme peut notamment désorganiser les matériaux qui assurent l’étanchéité du talus amont de la digue conduisant à des infiltrations d’eau », ajoute l’IRSN.

Dans un communiqué, EDF annonce : « Sous un mois, des travaux de renforcement de la digue vont être réalisés, permettant de garantir sa tenue en situation de séisme majoré de sécurité ».

En attendant ces travaux de renforcement, « une protection complémentaire au muret de protection périphérique existant est en cours d’installation et sera opérationnelle sous quelques jours. Ce dispositif permet de garantir qu’il n’y aurait pas d’arrivée d’eau au niveau des réacteurs en cas de séisme majoré de sécurité pendant la période des travaux ».

Du remblai va être ajouté sur la digue ; par ailleurs, 2 400 big bags (grands sacs) seront installés autour de l’enceinte de la centrale.

MCD avec l’APL

 

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