Nov 06 2017

La 23e conférence climat de l’ONU s’ouvre ce lundi 6 novembre 2017 dans l’ex-capitale allemande Bonn…

La 23e conférence climat de l’ONU s’ouvre ce lundi dans l’ex-capitale allemande Bonn…

Loin de l’euphorie de l’accord de Paris, la 23e conférence climat de l’ONU s’ouvre ce lundi dans l’ex-capitale allemande Bonn.

La Conférence des Nations unies sur le climat (COP), qui débute lundi 6 novembre à Bonn, en Allemagne, sera le premier rendez-vous de cette nature présidé par un petit Etat insulaire, les Fidji, mais aussi la première COP du mandat de Donald Trump. Et cette autre singularité risque fort d’occulter la précédente.

Si les îles Fidji doivent être confirmées, lundi, en assemblée plénière, comme nouveau chef d’orchestre des négociations pour les douze mois à venir, l’archipel du Pacifique sait déjà qu’il devra gérer les fausses notes de l’un de ses premiers solistes, les Etats-Unis.

Depuis le 1er juin, date de l’annonce américaine de retrait de l’accord de Paris (COP21) – conclu fin 2015 pour contenir le réchauffement sous le seuil des 2 °C et ratifié à ce jour par près de 170 capitales, dont Washington –, les Etats-Unis jouent les trouble-fête. Un pied dedans, puisque le texte de la COP21 les maintient dans ce cadre multilatéral jusqu’en novembre 2020, un pied dehors, puisque M. Trump ne manque aucune occasion de rappeler que cet accord est un mauvais coup porté à son pays.

Un discours difficilement audible pour les délégués, réunis jusqu’au 17 novembre dans la cité rhénane où siège la convention climat de l’ONU (les Fidji n’étant pas en mesure d’accueillir les 19 000 participants de la COP23), d’autant qu’il émane du deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, derrière la Chine.

Provocations

« Le régime Trump doit vraiment rester à l’écart [des débats] et ne pas prendre le reste du monde en otage du fait de l’incompétence du président », estime Ian Fry, le représentant de Tuvalu, un autre petit Etat insulaire menacé par la montée des eaux et les événements extrêmes. Marquée par la violence de plusieurs super-ouragans, de longs épisodes de sécheresse et de fortes inondations, l’année 2017 sera probablement, selon le programme de l’ONU pour l’environnement, « une année record en termes de coût humain, social et économique des catastrophes naturelles ».

« Nous affrontons une situation dans laquelle un seul événement qui frapperait directement les Fidji serait susceptible d’annihiler des années de développement et nous ferait repartir des dizaines d’années en arrière », dit Frank Bainimarama, le premier ministre fidjien, qui devrait exhorter la communauté internationale à accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Face à ce dérèglement « effroyablement réel », selon le responsable fidjien, les couplets climatosceptiques de Scott Pruitt, le patron de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), résonnent comme des provocations pour les pays les plus vulnérables. Washington l’a sans doute senti en confiant la tête de la délégation au sous-secrétaire d’Etat Thomas Shannon, qui avait précédemment travaillé dans l’administration Obama. « C’est un diplomate très aguerri, pas du tout climatosceptique, assure Alden Meyer, de l’ONG américaine Union of Concerned Scientists. Mais pour autant, il vient à Bonn pour exposer la position officielle des Etats-Unis. »

M. Shannon conduit l’une des délégations américaines les plus modestes de toute l’histoire des négociations climatiques, réduite à 48 membres, quand le Canada envoie une équipe de 163 personnes et que la France compte 173 membres dans ses rangs.

« L’autre voix de l’Amérique »

« Les Américains devraient adopter une attitude constructive à Bonn », retient surtout la délégation française. Les premières tables rondes de la COP23, organisées les 4 et 5 novembre, confirment cet effort d’apaisement.

Les négociateurs américains continuent par exemple de coprésider, avec la Chine, le groupe de travail consacré aux règles de transparence que devront appliquer les pays parties prenantes de l’accord de Paris. « Sur ces sujets assez techniques, le mécanisme de transparence ou la définition du bilan mondial [qui s’imposera aux pays tous les cinq ans], les Etats-Unis font profil bas, analyse Lucile Dufour, du Réseau Action Climat. Ils savent que les points les plus durs, comme la question des financements climat, seront surtout discutés lors de la deuxième semaine de Conférence. »

Le week-end de transition entre ces deux séquences de négociations devrait contribuer à la politisation des débats, là encore autour des contradictions des Etats-Unis. Les chefs de file de We Are Still In prévoient d’occuper l’espace avec une coalition de près de 2 500 acteurs américains – Etats, villes, entreprises, investisseurs, universités –, qui a été créée en réaction à l’annonce du retrait afin de respecter « l’engagement continu des Etats-Unis pour une action ambitieuse sur le changement climatique, malgré l’absence d’engagement au niveau fédéral ».

Au total, quatre gouverneurs, une vingtaine de maires et de nombreux patrons américains devraient faire le déplacement, selon Alden Meyer : « C’est l’autre voix de l’Amérique, de ceux qui ont compris que le réchauffement était une énorme menace pour notre sécurité mais aussi une formidable opportunité économique, portée par l’essor des énergies renouvelables », assure le militant.

Leadership international

Ainsi l’ancien maire de New York Michael Bloomberg et l’actuel gouverneur de Californie, Jerry Brown, tous deux très engagés dans l’action pour le climat, sont attendus samedi à Bonn. Ils expliqueront comment cette vaste coalition compte réaliser l’objectif de réduction de 26 % à 28 % des émissions polluantes d’ici à 2025, promise par l’administration Obama puis dénoncée par son successeur. M. Bloomberg aurait aussi apporté, avec l’activiste Tom Steyer, les 200 000 dollars (172 000 euros) nécessaires au financement du pavillon américain de la COP23 dont les coûts étaient, jusqu’à présent, supportés par le département d’Etat.

« Au plan national, Trump cède le leadership aux acteurs de terrain, conclut Pierre Cannet, du WWF, mais qui va assumer le leadership international laissé vacant par Washington ? » Une alliance pourrait voir le jour entre le Canada, la Chine et l’Union européenne, avance la délégation française. La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron, attendus le 15 novembre à Bonn, en préciseront peut-être les contours.

Réseau Diois Transition

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