Nov 09 2017

Les chômeurs cherchent vraiment du travail… Pas de prétendus « profiteurs » !

Contrôle des chômeurs  : des premiers chiffres contredisent les idées reçues

Selon Les Echos, 14 % des personnes inscrites à l’opérateur public, qui ont fait l’objet d’un contrôle, ont été radiées en 2016.

C’est sans doute l’un des sujets qui alimentent le plus grand nombre de déclarations à l’emporte-pièce : les chômeurs profitent-ils de notre Etat providence en empochant des allocations sans se soucier de trouver du travail ? Pour la première fois, des chiffres, collectés à l’échelon national par Pôle emploi, permettent d’objectiver le débat. Comme le révèlent Les Echos, dans leur édition du jeudi 9 novembre, 14 % des personnes inscrites à l’opérateur public, qui ont fait l’objet d’un contrôle destiné à vérifier si elles étaient bel et bien en quête d’un job, ont été radiées en 2016, faute d’avoir agi pour essayer de se faire embaucher. Des indications que le gouvernement va examiner à la loupe, puisque l’un des aspects de la réforme de l’assurance-chômage, en cours de gestation, vise précisément à renforcer ce type de contrôles.

215 agents dédiés

A l’heure actuelle, la réglementation impose aux chômeurs d’effectuer « une recherche d’emploi active, concrète et justifiable au moyen de preuves ». S’ils rejettent « à deux reprises sans motif légitime une offre raisonnable [de poste] », ils sont susceptibles d’être radiés des listes et de perdre leur allocation. L’expérience a cependant montré que ces dispositions étaient peu appliquées. Après une expérimentation lancée en 2013 dans plusieurs régions, Pôle emploi a généralisé, il y a deux ans, le contrôle de la recherche d’emploi : 215 agents, répartis sur l’ensemble du territoire, sont exclusivement tournés vers cette mission, le but étant « d’apporter une réponse de remise en dynamique à la recherche d’emploi, sans objectifs chiffrés de radiation », selon la direction de l’opérateur.

Les vérifications se déroulent soit par requête ciblée, soit de manière aléatoire ou à la suite d’un signalement. Si la personne contrôlée n’accomplit pas « d’actes positifs et répétés » pour être embauchée, elle est susceptible d’être radiée des listes – pendant quinze jours, la première fois, puis de un à six mois s’il y a récidive. Les chômeurs qui perçoivent une allocation ne la touchent plus durant cette période, mais leurs droits à indemnisation sont rétablis, une fois la « punition » levée.

Radiés pendant deux semaines

De novembre 2015 à fin août dernier, le comportement d’environ 269 000 inscrits à Pôle emploi a été passé au scanner. Dans 86 % des cas, donc, aucune sanction n’a été prise car les intéressés prospectaient activement pour décrocher un job ou, s’il n’en allait pas ainsi, acceptaient de se remettre en mouvement, après un ou plusieurs échanges avec le contrôleur (conversations téléphoniques, courriers, mails…).

Les informations recueillies par Le MCD apportent des éclairages supplémentaires. Ainsi, s’agissant des personnes qui ont été radiées, 97 % d’entre elles l’ont été pendant deux semaines. Une fois « leur peine purgée », 68 % des radiés se sont réinscrits à Pôle emploi. Parallèlement, 7 % des personnes « réprimandées » ont fait un recours contre la décision de radiation prise à leur encontre.

Le pourcentage de radiés est-il élevé ? Difficile de trancher sur ce point, estime Bertrand Martinot, ex-délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle. « Si le taux de 14 % avait été obtenu sur la base de contrôles exclusivement aléatoires, il pourrait être considéré comme significatif, analyse-t-il. Mais comme une partie des vérifications sont ciblées sur des catégories spécifiques, on ne peut pas vraiment porter d’appréciation. La réalité se situe entre le fantasme du chômeur-glandeur et le discours présentant l’inscrit à Pôle emploi comme une victime. »

Peu de prétendus « profiteurs »

Bruno Ducoudré, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), défend un avis un peu différent. Il considère que les contrôles évoqués dans l’étude de Pôle emploi sont, pour une bonne part, « ciblés sur une population de demandeurs d’emploi spécifique dont le risque de démotivation est plus élevé ». « La proportion de prétendus “profiteurs” est donc très faible, et il s’agit en fait plutôt de personnes qui ont baissé les bras et qu’il s’agit de remobiliser, d’accompagner, poursuit-il. La très grande majorité des demandeurs d’emploi souhaite réellement travailler, et une part importante reste inscrite – et se réinscrit en cas de radiation – alors qu’ils ne touchent pas d’indemnisation chômage. »

L’une des questions soulevées par ces chiffres est de savoir quels enseignements il convient d’en tirer. « Il faut sortir du secret statistique qui a prévalu jusqu’à présent, pour avoir une vision claire du phénomène, considère Bertrand Martinot. A-t-on principalement affaire à des personnes qui sont démotivées ? Ou y a-t-il beaucoup d’opportunistes qui cherchent à optimiser le système ? En fonction des constats, la réponse à apporter par les pouvoirs publics ne sera pas la même. » Bruno Ducoudré, lui, s’interroge sur l’intérêt des actions de contrôle : elles n’auront, « au mieux, qu’un faible effet sur la reprise de la recherche d’emploi – pour les demandeurs démotivés que cela remet en selle – et très marginal sur le retour à l’emploi ». L’enjeu, à ses yeux, se situe davantage « dans le rythme des créations d’emploi pour résorber le chômage et dans l’amélioration de l’accompagnement et de la qualification des chômeurs, afin d’augmenter l’adéquation entre les besoins des entreprises et les compétences des demandeurs d’emploi ».

MCD

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(1 commentaire)

    • chômeur heureux on 9 novembre 2017 at 22 h 53 min
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    Votre article me dérange. Vous parlez beaucoup, mais restez dans les clous d’un monde où il n’existe que des « travailleurs » et des « chomeurs », cette catégorie étant découpée en deux sous-castes, les « bons » et les « mauvais ». J’ai l’impression que tout votre argumentaire tourne autour de chiffres (qui mentent comme n’importe quel chiffre) qui prouveraient qu’il y a moins de « mauvais » qu’on pourrait le croire. Le problème quand on cherche les « mauvais », c’est qu’on en trouve. Toujours. Au pire il suffira d’élargir un peu la définition de « mauvais ». Au début on cherche un coupable photogénique pour la mauvaise récolte, et à la fin on crame toutes le veuves qui ont le malheur d’avoir un chat. Puis le chat aussi.
    Remplacez la mauvaise récolte par la « Crise », celle qu’on nous vend tous les trois jours depuis ma naissance au moins, et voyez où ça vous mène. Là, votre article, ça me fait le même effet qu’une thèse sur l’inquisition qui dirait, globalement, « ils ont cramé que 12% de vrai sorcières maléfiques qui avaient forniqué avec le Démon ».

    A vrai dire, autant que des schémas qui ne servent qu’à eux, vous continuez d’utiliser le vocabulaire criminalisant des gens que vous dénoncez. Ainsi, refuser un poste devient un délit, pour Macron comme pour vous, puisque vous reprenez ses termes en nous traitant de « récidivistes » (il a rajouté « multi », pour l’emphase). De vous-mêmes, vous traitez de « profiteurs » des gens qui préfèrent vivre chichement avec 400€ par mois plutôt que de s’épanouir en égorgeant des canards à la chaine 20 heures par semaines pour 700€ par mois. Comme si on vivait mieux avec 700 balles qu’avec 400… Comme si recevoir ces 5000€ annuels d’allocations, avec son lot de stigmatisations sociales, c’était vivre sur le dos de cette société, le comble de l’escroquerie. Comme si les actionnaires de Total ne s’étaient pas partagé (entre autres) 1 Milliards d’euros sans payer 1 centime d’impôts dessus cette année…

    Ce genre d’article ne défend pas les « chômeurs », il défend une idée du « bon chômeur ». Vous restez loin de remettre en question le traitement accordé aux pauvres (parce que oui, on est pas tous inscrits à Pole Emploi), le fait qu’on nous parque dans des régime administratif (RSA, AAH, Invalides, Pole Emploi, mission locale, Centre Médico-Social, PARE ou pas, tel ou tel département…) juste pour nous en faire sortir, pour les beaux chiffres :

    « Baisse exceptionnelle du chomage en janvier ! », combien de fin de droits ont été renvoyés chez les « bénéficiaires » du RSA ? Combien ont été virés pour des infractions plus ou moins farfelues (c’est pas grave, ils se réinscriront le mois prochain) ?

    Vous ne remettez pas non plus en cause le fait qu’un pauvre passe ses journées à se justifier d’être pauvre, à paperasser à tout va, à expliquer inlassablement à telle ou telle administration que oui, sa situation est compliquée, son adresse administrative n’est pas où il vit (la boite aux lettre était trop près du réchaud à gaz, dans sa bagnole) et qu’il ne peut récupérer son courrier qu’une fois par semaine, donc, oui, comme le mois dernier, un courrier 3 jours avant le rendez-vous n’a pas suffit à ce qu’il soit présent, tout en voyant bien dans les yeux du guichetier en face qu’il n’en crois pas un mot, que c’est bien connu, les pauvres c’est des feignasses, d’ailleurs c’est pour ça que le guichetier ne fixe les rendez vous que le matin…

    Je vous laisse j’ai des heures de ma vie à perdre ailleurs.

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