Nov 05 2017

« Manger est un acte politique » par Claude Veyret…

« Manger est un acte politique »

Les Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation, se tiennent depuis cet été et jusqu’à fin novembre. L’alimentation est un enjeu formidable dans nos sociétés car nombre de choix sont possibles avec ce simple levier de transformation : santé et qualité de l’assiette, transports et rélocalisation, emplois et formations, qualité des eaux et des paysages, politique foncière et installation, attractivité du territoire, et même énergies en dépendent. Ces choix transversaux et complémentaires sont à la fois économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux, posant aussi des questions de solidarité et de coopération internationale.

Une immense opportunité de changement

Selon que l’on vit à Valence ou à Ouagadougou, en centre-ville ou dans le monde rural, qu’on est un cadre surinformé ou à la recherche d’emploi, nous n’avons pas le même accès à des aliments de qualité, en quantité suffisante. Ni parfois le temps des choix. Classique : les fraises de janvier détériorent la planète : transports, exploitation des manœuvres du sud, appauvrissement des terres et pollution des eaux, paysage de plastic, confiscation de la plus-value par quelques exportateurs, etc…Rien ne justifie cette agriculture destructrice et cette consommation délirante.  Alors que l’obésité ne cesse de progresser dans les pays riches comme dans les pays pauvres, la faim dans le monde touche encore aujourd’hui 800 millions de personnes, au Nord comme au Sud et s’aggrave. Ce n’est plus donc un problème de quantité…

Les paysans à la pointe de la transition sociale

L’agriculture est une activité formidable car c’est elle qui peut garantir qualité et santé de notre vie vitale, viable et vivante. L’agriculture est une activité formidable car elle  peut protéger notre cadre de vie, l’eau, la terre, les paysages, la forêt, toute la flore et toute la faune. Conservatoire de la vie. L’agriculture est une activité formidable car elle peut préserver et façonner les paysages et pourrait jouer un rôle capital dans le stockage du carbone atmosphérique (avec un bénéfice important pour la qualité des sols). L’agriculture est une activité formidable car elle participe à la vie sociale de nos territoire ruraux : écoles, services publics, associations, conseil municipaux, etc et peut éviter de grands déserts sociaux et économiques voire culturels.

Or elle est aujourd’hui responsable d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine. Les modes de production intensifs et mobilisant de nombreux intrants chimiques provoquent la dégradation des écosystèmes, des sols et de la biodiversité. Elle est responsable de la moitié des maladies de la population ( cancers…).

En France, alors que les agriculteurs bénéficient année après année d’environ 9 milliards d’euros d’aides publiques via la politique agricole commune (PAC), l’argent du contribuable est loin d’avoir pour contrepartie une alimentation dont les conditions de production répondent à l’intérêt collectif et aux bien communs. Ces subventions ne permettent pas de maintenir l’emploi des agriculteurs ni des installations. Le nombre de paysans ne cesse de baisser. La consommation de pesticides, malgré les promesses du Grenelle de l’environnement en 2007, ne cesse de progresser. On voit même des agriculteurs manifester pour le Glyphosate, ce cancérigène potentiel… De même, au-delà de nos frontières, beaucoup trop de personnes souffrent de sous-alimentation, dont une majorité de familles paysannes, alors que nos produits agricoles subventionnés continuent à concurrencer les leurs et détruire leurs agricultures vivrières. Enfin les agriculteurs en s’opposant aux OGMs, nonotechologies, et à la confiscation du foncier par des Lobbys agro-business-alimentaires internationaux sont à la pointe de combat pour un monde plus juste et écologique.

Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation,

Autant de questions qui devraient être au cœur des très attendus Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation, qui se tiennent depuis cet été et jusqu’à fin novembre. Face à ces contradictions et absurdités, il est essentiel aujourd’hui de se demander quelle est la valeur et la qualité de ce que nous mettons dans nos assiettes quotidiennement. Remplies de produits issus de filières industrielles et chimiques menant à des destructions et des impasses écologiques et sociales. L’accompagnement politique institutionnel ne fera pas le travail à notre place…Dans le meilleur des cas il poussera, en ménageant tous les lobbys, à la transition agricole, dans le pire il servira les intérêts des industriels des semences, de la chimie, de la pharmacie qui depuis 70 ans ont pris les manettes du politique. Nous devrions à chaque achat nous poser ces questions de fond et nous interroger sur nos pratiques de consommateurs. « Manger, est un acte politique » qui nous nous contraint  à repenser notre terre-terroir-territoire et nous oblige à une vigilance accrue ici et maintenant dans chacun de nos gestes et désirs. Le temps est venu des choses simples…comme un bon repas, bio, local, de saison et convivial !

Claude Veyret

Claude.veyret26@gmail.com

Claude Veyret * est natif du Massif du Vercors où il a puisé son « attention à la nature » et le « culte des anciens ». Issu de deux familles paysannes, (depuis 1600 d’après les archives départementales) de Saint Julien en Vercors (les Veyret, Paul et Blanche du village.  Et Joseph et Thérèse et sa soeur Eva Peyronnet du Château Guillon), il vouera une reconnaissance immense à la paysannerie, à la Nature, à la résistance et à l’antifascisme (la ferme de ses Grands Parents a été brûlée en 16 mars 1944 à la Matrassière par les nazis à Saint Julien en Vercors et 7 résistants y sont assassinés).

Il a ses premiers engagements associatifs dans les CAL (comité d’Action Lycéen) en 1968. Puis au côté, de Philippe Lebreton à Vercors-Nature (en 1970) et Jean Pierre Feuvrier pour la création du Parc Naturel du Vercors…  C’est au Lycée Agricole du Valentin (Bourg lès Valence) qu’il marie engagement social et écologique auprès de René Dumont son mentor de l’époque. Qu’il soutient comme premier candidat à s’être présenté sous l’étiquette écologiste à une élection présidentielle française, en 1974.
Berger sur les Hauts Plateaux du Vercors (Saint-Agnan en Vercors)  et le Cornafion-Col Vert-Machiret (Villard de Lans), puis paysan (Etabli comme on dit pour les intellectuels qui choisirent l’Usine après 68) plus de 25 ans il mettra en pratique ses choix de faire vivre le monde paysan, et de revitaliser un monde rural en pleine déprime et déprise. Élu de montagne (Conseiller municipal de 1976-81 et de la Fédération d’Economie Montagnarde), il participe à la création de la Réserve des Hauts Plateau du Vercors en tant que délégué agricole de la FDSEA (dissidente) avec Maurice Puissat, Pt du PNRV et maire de Miribel Lanchâtre (PSU*).
Militant infatigable des causes paysannes, on le retrouve aux « Paysans Travailleurs » et au CLEI (comité de lutte des éleveurs intégrés), «la FDSEA Drôme–Dissidente », à la FDSP, à la CNSTP et à la fondation de la Confédération Paysanne, tous syndicats paysans du syndicalisme de lutte. Il s’engage très fortement dans les luttes foncières pour maintenir les petits paysans et installer des jeunes travailleurs de la terre (ce qui lui vaudra plusieurs incarcérations).
Engagé dans l’écologie sociale depuis le campagne de René Dumont (qu’il rencontre au Lycée Agricole du Valentin ou il fait ses études et marquera définitivement ses engagements) en 1972. Il participe, comme délégué syndical de la Drôme, à l’organisation des manifestations du Larzac 1972-81, de Creys-Malville le 31 juillet 1977, contre le G8 à Annemasse (juin 2003) et autres mobilisations citoyennes : Chaînes antinucléaire, lutte contre les OGM, convergence de la Transition, Alternatiba, etc…

Il participe aussi aux créations d’Agribiodrôme (avec André Bucher) et d’Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs en Drôme (avec Patrice Marie), du Centre Social de Die et la Ligue des Droits de l’Homme à Die (avec Philippe Serpault, à la suite de l’arrestation de Ton Vinck, responsable du Festival Est-Ouest). Puis du Medias Citoyens Diois (avec Denis Mauplot), un journal quotidien sur le Net fondé en 2006. Il participe à l’émergence du concept Biovallée depuis 1979 et est toujours un compagnon de route de l’association Biovallée.

Puis plus tardivement co-fonde le Système d’Echange Local (SEL) (avec Eric Sicard), le GFA de Soubreroche (Forêt de Boulc), Terre de Vie (avec Goni Zonon) pour une entraide avec le Burkina-Faso et en 2015 le RéDAR (Réseau Diois d’Accueil des Réfugiés) qui accueille en ce moment une famille Kurde à Luc en Diois.
Lecteur passionné de P.Viveret, E.Morin, Cioran, Jung, Torga, Ragon, Félix Guattari, Gorz, Latouche, Samivel, Marcuse, E.Reclus, D.Benasayag, Ramuz, Giono, Duby, S.Schweig, Condorcet, V.Hugo, Herbert Marcuse, Cornélius Castoriadis, Terrasson, Fred Vargas….  il imagine la dernière (r)évolution écologique, fraternelle, égalitaire et conviviale. Et elle est, pour lui, déjà engagée au quotidien. Il est aussi un amoureux de la montagne où il vit, passant ses loisirs à randonner dans les Alpes: Vercors, Vanoise, Queyras, Champsaur, Valgaudemar, Merveilles, Clarée, Ecrins, etc.
Depuis 30 ans il écrit pour la presse agricole, puis plus généraliste.
Pacifiste et féministe convaincu, il pense que c’est par l’éducation et surtout l’éducation populaire que la conscientisation et l’émancipation humaine se réalisera.
Président du Conseil Local de Développement du Pays Diois, pendant 6 ans, il essaye de faire partager cette évolution consciencieuse, généreuse et humaniste…et populaire. Puis à travers les Rencontres Citoyennes et Ecologiques (Les Rencontres de Die et son Festival de 22 jours) de Die et de la Biovallée de la Drôme qui tous les mois de janvier accueillent 10 000 personnes depuis 17 ans. Un moment d’émancipation et de fraternité pour tout un territoire. Il intervient désormais au quatre coins de France sur « l’Ecologie et Education Populaire », « Culture et territoire », « Agriculture et souveraineté alimentaire »…pour les associations, les élus et les universités.
Alain Dangoisse, coordinateur de la Maison du développement durable : 010 47 84 09
La Maison du développement durable
Grand Place, 7 – 1348 Louvain-la-Neuve
L’UCL et la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve
www.maisondd.be
010 47 37 58

* Nous avons ici écarté tous ses engagements politiques

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