Déc 13 2017

L’argent fait le bonheur… surtout quand on le partage…

L’argent fait le bonheur… surtout quand on le partage

Partager ses biens pourrait procurer une plus grande satisfaction que se gâter soi-même. Recevoir et donner activerait les mêmes aires cérébrales impliquées dans le circuit de la récompense.

Vous vous souvenez du slogan « Travailler plus pour gagner plus » ? Pourquoi pas, mais gagner davantage nous rend-il vraiment plus heureux ? Rien de moins sûr… Alors que le revenu moyen a considérablement augmenté ces dernières décennies dans les pays industrialisés, ce n’est pas le cas du sentiment de « bonheur », qui semble stagner. S’il est bien entendu crucial pour un individu de pouvoir subvenir à ses besoins, notre sentiment de bonheur ne semble pas être directement lié au prix des achats personnels que nous faisons. Si l’acquisition de biens onéreux n’entraîne pas le bonheur, que peut-on faire avec son argent pour être plus heureux ?

Elizabeth Dunn, de l’université de Colombie-Britannique, a demandé à des participants d’indiquer leur revenu annuel, la nature de leurs frais (factures, cadeaux personnels, cadeaux pour autrui, dons et actions de charités) ainsi que leur niveau de bonheur. Les résultats montrent clairement que, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le sentiment de bonheur n’est pas lié au montant alloué aux charges personnelles. Bien au contraire, il semble être proportionnel au montant dépensé au profit d’autrui.

De façon similaire, dans une seconde étude, les auteurs démontrent qu’une prime de 5 000 dollars (4 300 euros) rend des employés d’autant plus heureux qu’elle sera consacrée à des causes prosociales et non à eux-mêmes.

Enfin, lors de la dernière phase de l’expérience, des employés reçoivent 5 ou 20 dollars qu’ils doivent consacrer à eux-mêmes ou à autrui. Cette fois encore, le résultat est sans appel : le niveau de bonheur rapporté par les sujets n’est pas lié au montant reçu, mais bien à la nature des dépenses, le fait d’avoir consacré une partie de cette prime pour autrui entraînant la plus grande satisfaction.

Un plaisir indépendant de la culture ou du niveau de ressources

Dans le même laboratoire, Lara Aknin a confirmé l’universalité de cet effet auprès de participants issus de 136 pays plus ou moins riches, de milieux ruraux ou urbains, montrant ainsi que le plaisir suscité par le don est indépendant de la culture ou du niveau de ressources. Ce sentiment de bonheur est par ailleurs d’autant plus fort que le don est destiné à une cause auquel le sujet croit.

Alors que les résultats de ces études montrent clairement que partager ses biens avec autrui pourrait procurer une plus grande satisfaction que se gâter soi-même, la réalité est bien différente puisque les participants avouaient réserver chaque mois un montant dix fois plus élevé pour eux-mêmes que pour des actions prosociales… Ce qui correspond très probablement au comportement de la grande majorité d’entre nous.

Si donner nous rend au moins aussi heureux que recevoir, cela veut-il dire que les mêmes régions cérébrales s’activent dans ces deux situations ? C’est précisément ce que l’équipe de Jordan Grafman, du département de Neurosciences cognitives de Bethesda, a pu mettre en évidence. Le système mésolimbique de la récompense serait activé de manière comparable lorsque l’on reçoit une récompense ou lorsque l’on fait un don. Enfin, aussi surprenant que cela puisse paraître, William Harbaugh, du département d’économie à l’université de l’Oregon, est allé plus loin en montrant que le caractère volontaire ou imposé du don, par le biais par exemple d’un impôt reversé à une cause charitable, induisait une activation cérébrale comparable.

Vous voyez où je veux en venir ? Recevoir, donner ou encore se voir imposer une donation constitueraient des actions propices à activer les aires impliquées dans le circuit de la récompense, et donc du plaisir. Alors, gagner plus pour donner davantage et être ainsi plus heureux ? Voilà peut-être une motivation supplémentaire, si besoin, pour nous lever le matin et pousser nos politiques à repenser la question de l’impôt sur la fortune…

 Sylvie Chokron (Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire de psychologie de la perception, université Paris-Descartes et Fondation ophtalmologique Rothschild)

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