Auvergne-Rhône-Alpes : Laurent Wauquiez invente le « libéralisme sélectif »…

Laurent Wauquiez invente le libéralisme sélectif

Troisième Chronique « Vu de la Région » publiée sur Regards le 30 mars : Le libéralisme sélectif de Laurent Wauquiez.

Libéral invétéré, toujours prêt à fustiger la dépense publique et à en nier l’utilité, Laurent Wauquiez n’a pourtant plus de scrupules quand il s’agit de mettre les ressources de sa Région au service des entreprises. Chronique « Vu de… », par Corinne Morel-Darleux.

 

Laurent Wauquiez, patron de Les Républicains et Président de la Région Auvergne Rhône Alpes est un libéral, au sens économique du terme : il fustige les cadres intermédiaires, comités de sélection de projets, contrats locaux et autres réseaux d’animation, qu’il qualifie d’usines à gaz. Il a réorienté toutes les subventions régionales de fonctionnement vers de l’investissement : du matériel, du dur, pas du bla-bla ou des salaires. Il a ainsi commencé par supprimer les contrats territoriaux qui réunissaient les acteurs locaux, citoyens, élus et porteurs de projets à financer, et les a remplacés par un élu référent, LR de préférence, qui décide seul des dossiers qui seront aidés. C’est sûr, on gagne du temps. Or Laurent Wauquiez est un homme pressé, il veut de l’e-ffi-ca-ci-té.

Non-interventionnisme à géométrie variable

Il prône donc aussi l’aide directe aux acteurs économiques, dit que les agriculteurs n’ont pas besoin d’aides publiques mais de pouvoir vivre de leur métier (sans rien dire naturellement du rôle délétère de l’industrie agro-alimentaire), fustige l’assistanat « cancer de la société ». Déjà en 2011, alors Ministre, il voulait obliger les bénéficiaires du RSA à faire des heures de « travail social » (sorties d’école, travaux de nettoyage,accueil de service public…). A l’instar du dispositif « Sortir du RSA par le bénévolat » qui s’est mis en place par la majorité LR dans la Drôme, pour inciter (au risque de décevoir Monsieur Wauquiez, en fait on n’a pas le droit de les y obliger, le Tribunal administratif a retoqué le dispositif obligatoire du Haut-Rhin en 2016) les bénéficiaires du RSA à travailler gratuitement comme bénévoles dans les associations. Celles dont la Région coupe les subventions. La boucle est bouclée.

Et donc, bien sur, il ne veut pas entendre parler des impôts ni des « charges » sociales qui, selon la main invisible du marché chère aux libéraux, pénalisent l’entrepreneuriat et l’emploi.

Jusqu’ici tout cela est assez logique et cohérent finalement. On peut ne pas être d’accord, mais c’est un vieux clivage et tant qu’il y aura des classes sociales, des inégalités, de l’argent à distribuer et de la finance qui se mêle de politique, il n’est pas prêt de s’effacer.

Ce qui est plus surprenant, c’est quand Monsieur Wauquiez s’affranchit lui-même de ces principes non interventionnistes. Allègrement.

Ainsi, quand il coupe les subventions des réseaux locaux, historiques, d’aide juridique aux paysans, d’animation ou de conseil à l’installation en bio pour les confier aux Chambres d’agriculture. Une jolie opération pour les antennes départementales de la FNSEA qui les président : elles obtiennent un transfert de fonds de plus d’un demi-million d’euros et en bonus deviennent ainsi le point de passage obligé de l’ensemble des agriculteurs et paysans. Pour un syndicat professionnel, c’est le rêve. Mais on est loin de l’aide directe, de la suppression des structures intermédiaires, et même de l‘efficacité économique, les journées d’intervention coûtant plus cher à la collectivité dans le cas des Chambres qu’avec les réseaux.

Conquête de la Chine et abandon de la Région

Autre exemple, l’interventionnisme débridé de Laurent Wauquiez quand il s’agit de se faire le VRP des acteurs économiques du ski en Chine. En deux ans on en est à une visite officielle du numéro trois du gouvernement chinois, une visite en Chine du premier vice-président de la Région, et un déplacement là-bas de Monsieur Wauquiez lui-même, entouré de nombreux industriels de la Région. En ligne de mire, des signatures de contrats pour installer dans les stations à créer des remontées mécaniques et des canons à neige made in France, des joint-ventures et une filière d’export de moniteurs ESF pour l’excellence à la française. Et après tout, pourquoi pas : investir le marché chinois du ski, en plein essor avec la perspective des Jeux Olympiques de 2022, du point de vue des industriels qui font leurs affaires dans le ski : quoiqu’on en pense là encore c’est logique. De la part d’un libéral comme Monsieur Wauquiez, ça l’est moins. Est-ce bien le rôle de la collectivité publique de tenir la main des entreprises privées jusqu’à Pékin ? D’investir plus de 30 millions d’argent public pour équiper les stations alpines en canons à neige et fournir ainsi une vitrine commerciale aux industriels cherchant à pénétrer le marché chinois ? … Des entreprises qui se portent bien, développent leur activité : dans le monde libéral de Laurent Wauquiez, en quoi ont-elles besoin de l’intervention de la Région ?

D’autres, dont l’activité est utile, voire cruciale mais pas rentables, en auraient bien besoin de ces aides. Centres d’information sur les droits des femmes, éducation à l’environnement, entraide paysanne, festivals culturels en zone rurale, lycées professionnels, parcs naturels régionaux, centres info énergie, conseils locaux de développement, associations diverses et variées… Les idées ne manquent pas.

Mais Monsieur Wauquiez est trop occupé à regarder vers la Chine, trop occupé à préparer 2022, et il ne voit même plus ce qui se passe dans sa Région.

Corinne Morel Darleux, Conseillère régionale groupe RCES ( Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire (RCES) de la région Auvergne-Rhône-Alpes ).

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