Gouvernement : Malgré un dernier assaut des lobbies, la question des néonicotinoïdes est tranchée…Ouf !

Malgré un dernier assaut des lobbies, la question des néonicotinoïdes est tranchée

La matinée de ce lundi 26 juin avait mal commencé pour les défenseurs des abeilles et de l’environnement. Le nouveau ministre de l’agriculture Stéphane Travert, avait laissé entendre qu’il reviendrait sur l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, dont l’interdiction était pourtant soutenue par le président de la République et son ministre emblématique de l’écologie, Nicolas Hulot. « Couac gouvernemental » avaient aussitôt titré les gazettes, tout empressées à relever failles, discordances et scandales d’État. Certaines voix comme celles de Delphine Batho ou de Ségolène Royal s’élevèrent aussitôt pour souligner le coup de force in extremis des lobbies pour faire passer leurs intérêts avant ceux de la vie. Finalement, beaucoup d’agitation jusqu’au coup de sifflet final de cette récréation confuse : le premier ministre annonce le maintien de l’interdiction des néonicotinoides. Les abeilles ont eu chaud.
Le Premier ministre Edouard Philippe a donné raison lundi au ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot aux dépens de son collègue de l’Agriculture, Stéphane Travert, et confirmé l’interdiction des insecticides « tueurs d’abeilles », tranchant le premier désaccord public au sein du nouveau gouvernement. « Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016. Cet arbitrage a été pris à l’occasion d’une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier« , a indiqué Matignon dans un communiqué, tout en précisant qu’un « travail est en cours avec les autorités européennes« .
 
La législation française « n’est pas conforme avec le droit européen« , avait déclaré tôt lundi M. Travert sur RMC/BFM TV, interrogé à propos d’un « document de travail » datant du 21 juin obtenu par RMC, et qui déplorait que « la réglementation française (aille) plus loin que ce qui est prévu par la réglementation de l’UE« .
 
Votée dans le cadre de la loi sur la biodiversité de 2016, l’interdiction des néonicotinoïdes, appelés pesticides « tueurs d’abeilles » par leurs détracteurs, a été vivement combattue par le monde agricole, en particulier les producteurs de betteraves, et fait l’objet d’âpres débats au Parlement. La mesure prévoit d’interdire dès le 1er septembre 2018, avec des dérogations possibles jusqu’au 1er juillet 2020, les principales molécules de cette catégorie de produits accusés de contribuer au déclin des abeilles.
« Nous avons un certain nombre de produits aujourd’hui qui ont été estimés dangereux et qui sont au fur et à mesure retirés du marché, mais (pour) d’autres produits (…) qui n’ont pas de substitutions, nous devons pouvoir autoriser des dérogations pour en permettre l’utilisation afin que nos producteurs continuent à travailler dans de bonnes conditions« , a déclaré M. Travert sur le plateau de BFM TV.
Il a pris l’exemple de la carotte des sables, cultivée notamment dans la Manche, département où il est élu député et pour laquelle il n’existe pas de produit de substitution au pesticide utilisé.
« C’est ma proposition« , a spécifié le ministre, en affirmant alors que l’arbitrage du Premier ministre, Edouard Philippe, n’était « pas rendu ».
 
Une interprétation immédiatement contestée par Nicolas Hulot, qui, dans un tweet en réponse à ces propos, a assuré que les interdictions de néonicotinoïdes « ne seront pas levées, les arbitrages ont été rendus en ce sens« .
 
« Dès lors que la santé est mise en cause, je ne veux faire aucune concession », a insisté M. Hulot un peu plus tard, devant la presse en marge d’un déplacement à Lyon. Les arbitrages ont déjà été faits, on ne va pas revenir sur la loi« , a-t-il insisté, ajoutant qu' »on ne reviendra pas sur des acquis« .

Macron pour l’interdiction

En février, lors d’un entretien avec le Fonds de défense de la nature WWF, le candidat Macron avait d’ailleurs affirmé lui-même son intention de maintenir l’interdiction des néonicotinoïdes en 2020.
 
Revenir sur la loi actuelle constituerait « un retour en arrière inacceptable pour les citoyens, contre-productif pour les agriculteurs et politiquement rétrograde« , a estimé la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), ex-Fondation Nicolas Hulot. « Il faut que le ministre de la Transition écologique et solidaire bloque ces mesures à tout prix. Si la France a parfois une avance sur la législation environnementale européenne, c’est une très bonne chose« , a renchéri François Veillerette, directeur de l’association de défense de l’Environnement Générations Futures, dénonçant « des cadeaux incroyables à l’industrie des produits chimiques« , dans un communiqué.
 
« C’est un projet d’ordonnance contre les abeilles, contre la santé« , a critiqué l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho sur RMC. « C’est un coup de force des lobbies comme si Syngenta et Bayer tenaient la plume. C’est inacceptable« .

« Il ne faut pas lâcher »

« Il ne faut permettre aucune régression sur les questions environnementales », a estimé lundi l’ancienne ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, qui avait présenté en 2016 la loi interdisant les pesticides néonicotinoïdes. « C’est logique : les lobbies cherchent à remonter au créneau« , a-t-elle dit à l’AFP, interrogée sur la passe d’armes lundi, entre les ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique, autour du sort de cette interdiction. « Il ne faut pas lâcher ! Il faut donner le signal qu’aucune régression n’est possible sur quoi que ce soit. Sinon c’est une brèche ouverte » sur d’autres reculs, a-t-elle ajouté.
 
Les détracteurs de l’environnement avancent en général deux arguments, souligne-t-elle : le besoin de simplification et l’Europe. « Mais sous couvert de simplifications, on pourrait aussi supprimer le code de l’environnement ! Il y a un vrai risque de rabaissement des normes« , ajoute-t-elle. Quant à l’idée qu’il faudrait attendre les règlements communautaires pour se mettre au diapason – argument des contestataires des mesures anti-néonicotinoïdes – « il faut bien des pays à l’offensive, les plus courageux et les plus consciencieux !« 
 
« La France avance, face à l’inertie européenne. Si tout le monde s’attend, on a des catastrophes« , ajoute Mme Royal. Quant à l’idée de protéger les industries en levant le pied sur les questions environnementales, « c’est faux« , dit-elle encore.  Renoncer à interdire les néonicotinoïdes serait « non seulement scandaleux pour la santé publique mais casserait aussi les industries qui veulent aller de l’avant » en investissant dans des alternatives à ces pesticides.

Poison violent

Les néonicotinoïdes représentent un tiers des insecticides vendus sur le globe et sont utilisés pour l’agriculture comme par les particuliers. Les néonicotinoïdes, principalement commercialisés par Bayer et Syngenta, sont utilisés pour tous types de cultures pour combattre les insectes ravageurs (tomates, salades, vignes, maïs, tournesols…). Ils agissent sur le système nerveux des insectes. Au contact avec ces substances, les insectes sont paralysés, puis meurent.
 
Si les néonicotinoïdes sont très critiqués, c’est qu’ils présentent plusieurs risques pour la faune. « On n’a jamais inventé d’insecticides qui ne visaient qu’une seule espèce d’insectes, explique au Parisien Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS et spécialiste du sujet. Tous les insectes, ravageurs ou non, sont touchés.» Les abeilles, qui contribuent à la pollinisation des plantes, en sont les premières victimes. « Chaque année, on perd 30 % des abeilles existantes. Sans apiculteur pour les « renouveler » continuellement, elles disparaîtraient », ajoute Jean-Marc Bonmatin.
 
Soluble dans l’eau, le néonicotinoïde se répand rapidement et partout en temps de pluie. L’insecticide est entraîné dans les cours d’eau où l’on constate une pollution de l’eau en surface. Il s’infiltre aussi dans la terre, contaminant les espèces qui y vivent. Parmi elles : le ver de terre, qui participe à la fertilisation de la terre.
 
« Le consommateur trouve à petite dose, dans sa consommation, des néonicotinoïdes », explique Jean-Marc Bonmatin. L’insecticide se trouve en effet dans la sève de la plante et se retrouve donc rapidement dans toute la plante. « Quand vous ne le mangez pas, vous le respirez ou vous le touchez », ajoute le chercheur. Perturbateur endocrinien, le néonicotinoïde est cancérigène, affecte les cellules de l’homme et agit notamment sur le système nerveux.
Lire l’excellente Revue http://up-magazine.info/

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die 26150 : Visite virtuelle du site archéologique de Chamarges…(Entrée Ouest de Die) !

Visite virtuelle du site de Chamarges
André Rivalan, le responsable scientifique de la fouille archéologique préventive du site de Chamarges a mis en ligne une visite virtuelle qui permet de reconstituer les découvertes des archéologues de la société Mosaïques Archéologie. Rappelons que cette société est intervenue à la demande de la Communauté des Communes du Diois en 2016 pour réaliser la fouille préventive du site de la nouvelle zone d’activité de Die.
En attendant le compte rendu scientifique, cette visite permet de restituer au grand public la nécropole protohistorique (1er millénaire av J.-C.) notamment autour des trois principaux monuments : la sépulture de forme circulaire (15 m de diamètre) constituée d’une couronne de 104 blocs en calcaire, la sépulture tumulaire de 13 mètre de diamètre et la sépulture de 12,8 de diamètre constituée d’une couronne de 98 galets.
En cliquant sur les différentes images et photos vous pouvez visiter le site, zoomeer sur un élément : les inhumations centrales ou les détails des couronnes des tumulus et tertres, voir des vues aériennes ou découvrir des reconstitution des monuments.
Suivre le lien
réalisation @A. Rivalan (Mosaïques archéologie). Vidéo drone : Hélice attitude (P. Garcin) et Communauté des Communes du Diois (propriétaire du site).

VIDEO France 3 : Les fouilles archéologiques de Chamarges

Publié le 16 novembre 2016

De mai à fin septembre, l’entreprise Mosaïques Archéologie a entrepris une seconde tranche de fouilles sur la future zone d’activités de Chamarges, faisant suite à la campagne de décembre 2014 à février 2015. L’équipe, dirigée par André Rivalan, s’est appuyée sur le diagnostic archéologique de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives).

vidéo et vue aérienne des fouilles

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Les fouilles ont permis de dégager des vestiges datant de deux époques successives, la Protohistoire et plus précisément l’Âge du fer (750 à 50 av. J.-C.) et la période Antique (50 av. J.-C. à 500 ap. J.-C.). Sur le site funéraire protohistorique, les tombes découvertes sont les premières de ce type à avoir été fouillées dans le Diois selon les méthodes actuelles. La nécropole comprend trois types de sépultures, sous forme de tertres et de tumulus funéraires à couronnes de pierres. Les fouilles ont permis de mettre au jour plusieurs corps inhumés, dont tous sont disposés la tête orientée vers le nord ouest. Ces sépultures concernent probablement des personnages importants au statut particulier.

Pendant la période romaine, le site funéraire a été par la suite remanié pour des usages essentiellement agricoles, usages qui se sont poursuivis jusqu’à nos jours. Des fossés antiques ont été identifiés, mais aussi un réseau de bornes sans inscription, espacées les unes des autres de 14,5 m, soit 50 pieds romains. Il pourrait s’agir d’un bornage parcellaire, ce qui apporte des informations précieuses sur l’aménagement du territoire de la ville antique de Die.

Archéologie : découverte d’un tumulus à Die (Drôme)

 

A Die, lors de fouilles préventives conduites sur le chantier de la future ZAC de Chamarges, un tumulus a été révélé. C’est le premier découvert dans la Drôme. Les plus anciens vestiges dateraient de la période néolithique. Une découverte exceptionnelle.

© France 3 RA

Une nécropole avait été découverte en 2013 sur ce chantier : elle se compose de plusieurs monuments, de différentes architectures et de différentes époques. Le plus impressionnant sur ce chantier est un tumulus. Une sépulture de 12 mètres de diamètre, faite de terre et de pierres. C’est la première que l’on découvre dans la Drôme. Plusieurs squelettes en mauvais état reposaient à l’intérieur de ce tumulus….  Cette nécropole apporte aux archéologues de précieuses informations sur les populations qui vivaient dans le secteur de Die il y a 3000 ans.

Le reportage (avec Images Mosaïques Archéologie)

Archéologie : découverte d’un tumulus à Die (Drôme)
reportage E.Rosso, S.Hyvon, L.Cortial – 12/10/16 – France 3 RA

Intervenants 
1 – André Rivalan – Archéologue spécialiste de la protohistoire
2 – Jacques Planchon – Conservateur du musée de Die et du Diois

 

© France 3 RA

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Die 26150 : Exposition d’Yves Ribard à l’Espace « Ti-Nive »…

L’Espace Ti-Nive

a fini sa course…

…mais le lieu perdure et s’est agrandit !

Je vous y propose une exposition un peu rétrospective de mon travail …

L’exposition s’étage sur trois niveaux (environ 100 m2)

« Yves Ribard, expo à l’atelier »

Je suis heureux de vous convier au vernissage le vendredi 30 juin à partir de 18h30

(voir pièce jointe)

L’atelier d’Yves RIBARD 32 rue de l’Armellerie 26150 DIE

Anciennement ESPACE TI-NIVE / 0688691317

Ouverture du mercredi au samedi : 10h00/13h00 et 16h00/ 19h00 et sur rdv

Espace Ti-Nive

espacetinive@orange.fr

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La Guerre et la famine comme « politique contre les peuples »…

La Guerre et la famine comme politique contre les peuples…

 

La famine que connait l’Afrique met bien à mal « l’afro-optimisme » qui s’étale à longueur de pages des revues économiques libérales. Comment expliquer une telle tragédie ?

( Photo : Cette année, au Soudan du Sud).

Sur les trois pays africains touchés par ce fléau, l’un est considéré comme un des plus prospères du continent, le Nigeria. Les deux autres sont le Soudan du Sud riche en pétrole et la Somalie. Cette répétition des famines en Afrique s’explique principalement par deux facteurs, la guerre et l’incurie des états, aggravés parfois par les conditions climatiques. Les famines se développent quand la situation alimentaire est déjà fortement dégradée par les difficultés que peuvent connaître les agriculteurs et les éleveurs. Ces situations courantes en Afrique mettent en relief l’extrême faiblesse du budget consacré au soutien des politiques agricoles, alors que dans la plupart des pays subsahariens, les deux tiers des populations vivent de l’agriculture, de la pêche ou de l’élevage.

Il est important de noter que la sécheresse à elle seule n’a jamais été la cause de la famine. Elle y contribue parfois de manière importante, mais la responsabilité principale reste les conflits armés et les politiques de prédation des dirigeants des pays. Par exemple dans l’état de Californie aux États-Unis il y a une importante sècheresse où pas une goutte d’eau n’est tombée entre 2012 et 2017, tout comme en Australie dans les années 2000. Mais s’il y a bien eu des répercussions au niveau de l’élevage et de l’agriculture, en aucun cas les populations de ces régions n’ont eu à subir des privations alimentaires.

En Afrique la famine, même si elle se développe souvent en situation de sécheresse, est d’abord et avant tout provoquée par les politiques de guerre, de prédation des élites africaines, qu’elles soient à la tête de l’état ou de milices et groupes armés. Un rapide coup d’œil sur le passé le montre.
 
Récurrence des famines

Si on prend le milieu du 20e siècle, la famine du Biafra est restée comme un élément marquant pour l’Afrique mais aussi un tournant dans la politique humanitaire, puisqu’elle a été utilisée dans la justification des interventions impérialistes. Cette famine, provoquée par la guerre entre l’Etat fédéral du Nigeria du Général Yakubu Gowon et les séparatistes de l’Etat Igbos, a fait plus d’un million de morts. Alors que le rapport de forces militaire ne laissait espérer aucune possibilité de victoire, la France, sous la coupe de Jacques Foccart, conseiller à l’Elysée pour les affaires africaines, a continué sa politique jusqu’au-boutiste en entraînant les combattants Igbos dans une impasse mortelle pour les populations biafraises. La famine a été utilisée dans les deux camps. Du côté du gouvernement fédéral nigérian, il s’agissait d’affaiblir la population du côté des séparatistes. Du côté de la France, la lutte contre la famine permettait aux avions français de transporter dans les mêmes soutes des vivres et des armes pour la rébellion. Déjà à cette époque, Kouchner excellait dans le mélange des genres entre humanitaire et guerre, brouillant les pistes et manipulant les médias occidentaux.

Une seconde famine débuta en 1973 en Ethiopie. Dans la région nord de ce pays, le Wollo, 200 000 personnes vont mourir de faim, dans l’indifférence de l’empereur Haïlé Sélassié, conséquence principalement de la spoliation des terres des paysans par les couches dirigeantes du pays. Cette famine contribua à la chute du tyran, avant qu’une seconde famine frappe de nouveau les populations de cette région en 1984, faisant cette fois-ci plus de 400 000 victimes. La faible résilience de la population en raison de la précarité de son système alimentaire, la sécheresse et la guerre qui faisait rage entre les deux guérillas de l’Erythrée et du Tigré provoquèrent une disette bien plus sévère que la précédente. L’incompétence du régime militaire de Mengistu Haile Mariam ne fit qu’amplifier le phénomène, en procédant à des déplacements forcés des populations.

Toujours dans la corne de l’Afrique, mais cette fois dans le pays voisin, la Somalie, la chute de Mohamed Siad Barre en 1991 provoqua une guerre civile qui se poursuit de nos jours. Les différentes milices s’affrontèrent, pillant et déstructurant l’ensemble de la société, et provoquèrent une famine qui toucha plus de 220 000 personnes. C’est l’époque de la campagne « du riz pour la Somalie », où tous les bambins de France étaient invités à déposer leur paquet d’un kilo de riz dans les bureaux de la Poste. Une campagne humanitaire qui, au-delà du ridicule de Kouchner, son sac de riz sur l’épaule, le déchargeant sur la côte somalienne, aura surtout préparé les esprits à accepter une intervention militaire américaine au nom du droit à l’ingérence humanitaire. 

En 2011, ce pays connaîtra une nouvelle disette et le décès de plus de 260 000 personnes.
 
Une des plus grandes famines en Afrique

Aujourd’hui, les organisations internationales et l’ONU estiment qu’une vingtaine de millions de personnes pourraient être touchées par la famine. France Info parle de plus de 36 millions en faisant le décompte suivant : « au Nigeria, 12 % de la population est touchée par la crise alimentaire, 24 % en Somalie, 42 % au Soudan du Sud et 60 % au Yémen. » Soit l’une des crises les plus meurtrières depuis 1945.

Le problème commun à ces pays est l’absence de toute perspective de paix et donc une très grande difficulté pour les interventions de première urgence en raison des combats. Rien que pour le Sud-Soudan, 82 agents des structures humanitaires ont déjà trouvé la mort. Dans ce pays où les communautés sont associées aux différentes milices qui écument la région, la faim devient une arme de guerre pour affaiblir l’ennemi, et elle est aussi utilisée par les troupes présidentielles de Salva Kiir comme moyen de nettoyage ethnique. Ce n’est évidemment pas un hasard si la famine est apparue d’abord dans l’Etat de l’Unity, épicentre de la guerre civile. Pour cacher une telle politique, le porte-parole de la présidence, Ateny Wek Ateny, tente de minimiser la situation en parlant seulement d’une insécurité alimentaire liée aux faibles pluies. Et comme le cynisme ne semble pas avoir de limites, le gouvernement sud-soudanais exige des organisations humanitaires le paiement de dix mille dollars pour chaque travailleur humanitaire étranger.

Au Nigéria, la crise alimentaire sévit principalement dans la région nord-est du pays. Elle est liée à la guerre entre le groupe islamiste Boko Haram et les armées gouvernementales conjointes du Nigeria, du Tchad, du Cameroun et du Niger. Les combattants de la secte islamiste se sont réfugiés dans la région du lac Tchad, véritable labyrinthe qui offre une protection naturelle efficace mais fait l’objet d’un véritable blocus de la part des forces gouvernementales conjointes. « L’insurrection a eu des effets dévastateurs sur l’économie du bassin du lac Tchad, détruisant ou rendant inopérants les quelques services (et apports financiers) fournis par l’Etat et a forcé certains commerçants à fuir. Pour priver Boko Haram de ses bases financières, le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad ont délibérément ciblé les activités économiques censées lui profiter via l’impôt, le racket ou la participation de ses membres à certains réseaux économiques. Les Etats ont imposé de multiples embargos, qui visent notamment les services de moto-taxis et les marchés dans les zones rurales, la vente d’essence, et le commerce de poisson, de piments, de bétail et de viande séchée. » [1]

Ainsi la circulation des marchandises devient impossible et le ravitaillement pour les populations ne se fait quasiment plus, empêchant ces dernières de subvenir à leurs besoins et entraînant une grave crise alimentaire. Les camps des réfugiés de la guerre contre Boko Haram subissent eux aussi d’importantes pénuries alimentaires.

En Somalie, la guerre continue entre l’armée du gouvernement fédéral somalien soutenue par les troupes de maintien de la paix de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et les milices armées islamiques des Shabab. Dans ce pays qui n’a quasiment plus aucune infrastructure, les populations vivent au jour le jour et sont extrêmement vulnérables aux aléas climatiques. D’autant que les Shabab refusent systématiquement toute aide humanitaire en faveur des populations qui vivent sous leur contrôle.

Enfin, si les organisations internationales ne la mentionnent pas, la République centrafricaine risque bien d’être le quatrième pays africain de la liste. En effet, les populations dans la majeure partie du pays restent sous la coupe des milices, qu’elles soient issues de la Seleka ou des anti-balaka. La sécheresse et l’impossibilité de cultiver pour des raisons sécuritaires, les vols et les abattages des troupeaux placent les populations dans une situation d’extrême précarité.
 
Une politique agricole désastreuse

Traditionnellement, les spécialistes considèrent qu’il y a trois phases concernant les pénuries de nourriture et d’eau potable. La crise alimentaire, l’urgence alimentaire et la famine, qui elle-même correspond à descritères adoptés par la FAO(l’organisation des Nations-Unis pour l’alimentation et l’agriculture) : « un certain nombre de facteurs doivent être réunis : notamment, plus de 30 % des enfants doivent être atteints de malnutrition aiguë, deux décès doivent être recensés chaque jour pour 10 000 habitants, une maladie pandémique doit s’être déclarée ; chaque jour, les habitants doivent avoir accès à moins de quatre litres d’eau et leur nourriture doit leur apporter moins de 2 100 calories ; des déplacements de population à grande échelle doivent également être observés, ainsi que des conflits civils, et la perte totale des biens des habitants et de leurs sources de revenus. »

Selon la FAO, vingt-huit pays africains nécessitent aujourd’hui une assistance alimentaire. Au-delà des conflits, cette situation reflète l’absence d’une réelle politique de soutien à l’agriculture, la pêche et l’élevage qui emploient en moyenne près de 60 % de la population active.

Sous l’impulsion des institutions financières de Bretton-Woods, les gouvernements africains enchaînés par la dette ont dû obtempérer aux diktats économiques. En matière agricole, il s’agissait de se réorienter massivement vers une culture d’exportation, certe capable de ramener des devises fortes nécessaires au paiement des intérêts de la dette, mais incapable de nourrir les populations. Dans le même temps les caisses d’équilibrage des productions agricoles ont été supprimées. Si ces caisses ont souvent été un moyen d’enrichissement des élites, elles avaient le mérite d’apporter une certaine stabilité des prix, nécessaire pour les petits agriculteurs.
 
On ne compte donc plus aujourd’hui les faillites provoquées par la volatilité des prix sur les denrées alimentaires, liée aux spéculations financières qui se jouent notamment à la bourse de Chicago. Les programmes d’ajustement structurels ont anéanti tous les moyens de stockage que possédaient les pays africains, les laissant sans aucune défense devant les exigences des grands groupes de l’agroalimentaire. Même les petites unités de stockage nécessaires aux périodes de soudure pour les petits paysans ont été démantelées.

Or plus la situation agricole est précaire, plus le risque de famine est important. Comme en témoigne la situation en Ethiopie : « depuis plusieurs années les paysans du Tigray (est et centre), du Wollo, du Wag Hamara et du l’Harargué connaissent des déficits alimentaires réguliers qui les contraignent progressivement à liquider leur maigre capital. Engagés dans une spirale de paupérisation, ils deviennent structurellement dépendants d’une assistance alimentaire extérieure. »

Aujourd’hui en Afrique, ce sont avant tout les petits paysans qui sont les plus pauvres, et les aides des gouvernements locaux en soutien à leur paysannerie est désespérément faible en dépit des Accords de Maputo de 2003, qui prévoyaient de consacrer au moins 10 % des dépenses publiques en faveur du secteur primaire. Cette agriculture familiale a besoin d’aide, non seulement sur un plan financier mais aussi au niveau des infrastructures, des unités de stockage et de transformation des produits agricoles. Elle a aussi besoin de routes et de chemins de fer pour la distribution des denrées sur le territoire national ou au niveau régional. Il est « essentiel que les donateurs apportent un soutien accru aux programmes de gestion des risques de catastrophes comme les systèmes d’alerte précoce, à la constitution de stocks de denrées alimentaires, de médicaments et autres réserves positionnées de manière stratégique, et aux programmes d’irrigation. » [2]

Actuellement, la résilience après une crise alimentaire est quasiment nulle, et l’exode des paysans de leurs terres en Afrique est souvent définitif.

La plupart des gouvernements africains tournent le dos à une politique d’aide à l’agriculture familiale, préférant, sous les conseils des structures financières internationales, vendre les terres à de grands groupes industriels de l’agroalimentaire pour promouvoir une agriculture d’exportation. Ainsi ce sont des milliers de paysans qui se trouvent du jour au lendemain expulsés de leurs terres et victimes d’une insécurité foncière qui est volontaire de la part des autorités locales.

Comme l’indique le rapport de l’association Oakland Institute, qui a travaillé au Mali sur quatre investissements de terres arables : « la Banque Mondiale a organisé l’environnement économique, fiscal, et juridique du Mali de manière à favoriser l’acquisition de vastes étendues de terres fertiles par une poignée d’intérêts privés au lieu d’apporter des solutions à la pauvreté et à la faim généralisées dans le pays ». [3]

Certes, après chaque grande famine on entend, de la part des dirigeants des pays riches, le rituel « plus jamais ça » accompagné de déclarations de soutien à l’agriculture. C’est ainsi qu’un an après la famine de 2011 en Somalie, les pays du G8 se sont réunis à Camp David aux Etats-Unis pour lancer la « politique d’une nouvelle initiative de sécurité alimentaire et de la nutrition ». Au-delà des mots, cette politique a permis d’ouvrir en grand les portes des marchés africains aux trusts de l’agroalimentaire, comme le souligne un rapport conjoint d’OXFAM, Action contre la faim et du CCFD-Terre Solidaire : « notre étude de la Nouvelle Alliance nous a montré que le véritable objectif du G8 n’était pas de mettre fin à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire en Afrique, mais de faire profiter leurs entreprises de perspectives de croissance et de profit. Nous avons par exemple constaté que de nombreux pays africains parmi les plus gravement affectés par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont laissés en dehors de cette initiative. Ce sont plutôt les pays qui offrent le plus de perspectives de croissance et de profits pour les multinationales et les gros investisseurs qui ont été ciblés en priorité. » Nous commençons à entendre le même discours, en parallèle de l’appel à la mobilisation contre la famine actuelle, de la part des groupes industriels de l’agroalimentaire, qui s’efforcent de dénigrer l’agriculture familiale parce qu’elle représente pour eux une jachère financière.

Il est indéniable que les conséquences du réchauffement climatique en Afrique fragilisent l’agriculture et l’élevage, notamment dans les zones sahéliennes, et concourent à produire des conflits notamment sur la question du foncier et de l’accès au point d’eau. La lutte contre le changement climatique doit impliquer la solidarité avec la paysannerie africaine, une des premières touchées. Ce travail de solidarité est d’autant plus possible que depuis deux décennies des organisations émergent et se sont coordonnées. Leur lutte pour la défense des terres et de l’agriculture familiale respectueuse de l’environnement a parfois rencontré des succès. Elle représente la solution contre l’insécurité alimentaire, qui passe aussi par la lutte contre les dictatures en Afrique.

[1Boko Haram sur la défensive ? », Briefing Afrique de Crisis Group n° 120, 4 mai 2016.

[2Rapport OXFAM 2009, « Au-delà du « Band Aid » – S’attaquer aux catastrophes en Ethiopie 25 ans après la famine »

[3Rapport Oakland Institute 2011, « Comprendre les investissements fonciers en Afrique – Le cas du Mali

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Mouvements citoyens, la grande mue du politique…

Mouvements citoyens, la grande mue du politique

Ces organisations se distinguent des partis politiques par leur structure horizontale, leur usage du numérique, leur ouverture à la société civile. Reste à savoir si elles vont transformer la vie publique.

Hier, en Italie et en Espagne, les « mouvements citoyens » 5 étoiles et ­Podemos ont ébranlé les grands partis qui contrôlaient la vie politique nationale, ses postes, ses règles et son financement dans un cartel si bien organisé qu’on le jurait indéboulonnable. Aujourd’hui, en France, c’est un « collectif citoyen », En marche !, qui a, dès le premier tour des élections législatives, réduit à la portion congrue le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR), les deux partis de gouvernement qui se croyaient durablement protégés par le scrutin majoritaire à deux tours. Une fracture sismique dans un système politique que les grands partis dominent depuis plus de cent ans.

Avant l’ère des partis

Pour comprendre l’ampleur du choc, il faut revenir à la genèse des partis politiques, ces « organisations durables » qui visent à « prendre et exercer le pouvoir », résume le chercheur Michel Offerlé dans son ouvrage Les Partis politiques (PUF, 1987). Car avant l’ère des partis, jusqu’à la fin du XIXe siècle, les responsables politiques étaient des propriétaires rentiers, des industriels ou des grands bourgeois de robe – des notables en somme, assez disponibles pour se consacrer à des tâches de représentation dans le prolongement de leur statut social. « Il n’y avait alors ni professionnalisation ni spécialisation », précise Michel Offerlé.

La notion même de parti renvoie à l’époque à une opinion, voire à une faction, mais pas encore à une organisation, explique Pierre Rosanvallon dans Le Peuple introuvable (Gallimard, 1998). En France, c’est à la fin du Second Empire, et plus encore sous la IIIe République, avec la stabilisation du suffrage universel, que de véritables partis commencent à s’organiser. Comme l’a théorisé le fondateur de la sociologie politique, Max Weber (1864-1920), leur essor tient au développement du suffrage universel : mobiliser des millions d’électeurs requiert d’importants moyens de persuasion, à commencer par des professionnels de la politique.

Au XXe siècle, les partis jouent un rôle-clé dans la construction de la démocratie de masse en organisant les campagnes électorales, ce qui permet, selon Pierre Rosanvallon, « l’expression de différences qui ne sont plus des menaces pour l’unité du pays et son avenir ». Bien après le Royaume-Uni, le système partisan fait ainsi naître en France un « pluralisme rationalisé » et redonne une identité sociale à ceux qui l’avaient perdue avec la disparition des corporations. Cette nouvelle puissance d’identification va rendre la société des individus plus lisible et les débats politiques plus compréhensibles.

Coquilles vides

Aujourd’hui, les partis politiques sont « des organisations qui visent à l’exercice du pouvoir pour y faire triompher leurs principes », résume l’historien Serge Berstein. Les partis, précise Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques à l’université Lille-II, « sont chargés d’animer en leur sein un débat sur les sujets de société pour définir un programme, de faire l’éducation politique des militants, de les mobiliser pour conquérir le pouvoir, et enfin d’investir des candidats ». Ils assument donc la fonction centrale de médiateur entre le peuple et les institutions, en particulier au moment des élections. Du moins, en principe.

Au 1er janvier 2016, LR comptait 238 000 adhérents contre 370 000 pour l’UMP dix ans plus tôt, le PS 86 000 contre 280 000.

Car aujourd’hui, les partis sont en crise. Pis, en voie de décomposition. « Leur perte d’influence remonte à plusieurs années, rappelle Florence Haegel, spécialiste des partis politiques au Centre d’études européennes de ­Sciences Po. Ce phénomène tient à la fois à l’élévation du niveau d’éducation, à la concurrence d’autres moyens qui permettent de se faire une opinion et à la remise en cause des modèles autoritaires. » En France, LR, le PS et le PCF sont devenus des coquilles vides. « Leurs effectifs de militants se sont effondrés »,constate Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l’université Paris-I. Au 1er janvier 2016, LR comptait 238 000 adhérents contre 370 000 pour l’UMP dix ans plus tôt, le PS 86 000 contre 280 000.

En externalisant l’essentiel de leurs fonctions, les partis politiques ont été littéralement vidés de leur substance, explique le sociologue Erwan Lecœur. Le débat politique ? Il a lieu désormais dans les médias. L’élaboration de leur programme ? Il a été confié à des think tanks affiliés mais externes. Le choix du candidat à la présidentielle, l’élection reine dont découlent les législatives ? Il dépend à présent de primaires ouvertes, qui privent les militants de leur pouvoir. La communication politique ? Elle est réalisée par des professionnels. Leur fonction de représentation des citoyens ? Les partis ont perdu le lien organique avec leur socle sociologique historique.

« Les partis ne sont plus que des machines à se distribuer des places, des forteresses détenues par des professionnels de la politique protégeant leur entre-soi », résume Frédéric Sawicki, professeur en sciences politiques

« De leur fonction et de leur raison d’être, il ne reste que l’investiture des candidats aux élections législatives et locales », conclut Erwan Lecœur. Bref, résume Frédéric Sawicki, « les partis ne sont plus que des machines à se distribuer des places, des forteresses détenues par des professionnels de la politique protégeant leur entre-soi, qui s’efforcent de clore l’accès au champ politique aux nouveaux entrants en privant de sièges ou de moyens d’action les outsiders ». On est dans le principe de l’« oligarchie des partis » que théorisait le sociologue Robert Michels en 1914, un système où « l’organisation cesse d’être un moyen pour devenir une fin ».

Le résultat n’a pas tardé : les « mouvements citoyens », comme En marche ! ou La France insoumise, ont prospéré sur le champ de ruines des partis traditionnels. Ce phénomène n’est pas propre à la France. « Dans le sud de l’Europe comme en France, une forme d’organisation s’est mise en place pour accueillir tous ceux qui aspirent à participer au débat, précise le sociologue Albert Ogien, directeur de recherche au CNRS. Les mouvements citoyens ont proposé des choses que les partis traditionnels n’étaient plus capables d’ap­porter. » Mais d’où vient la vitalité de ces animaux politiques d’un nouveau genre ? Qu’est-ce qui les distingue des vieux partis ?

Militantisme numérique

La force des mouvements citoyens tient d’abord à leur manière toute contemporaine de mobiliser et de faire appel à la multitude en utilisant des outils numériques. Leurs adhérents sont enregistrés par simple inscription de leurs données personnelles sur une plate-forme. Pendant la campagne, les militants d’En marche ! étaient ainsi mobilisés par messagerie et recevaient toutes les semaines des argumentaires par mail pour convaincre les hésitants. Chez les « insoumis », c’est sur ­YouTube que Jean-Luc Mélenchon postait ses prises de parole. « Ce mode de communication a facilité la construction d’une armée de ­soutiens, note Frédéric Sawicki. Ce mode d’adhésion est sensiblement plus fluide qu’un engagement militant dans les partis traditionnels, lequel passe par une cotisation, une carte du parti et parfois même une formation maison à son histoire et à ses codes. »

La France insoumise affichait 430 000 adhérents le 20 avril, et près de 539 000 le 22 mai. Le 30 mai, La République en marche en revendiquait plus de 360 000…

Ce nouveau militantisme numérique a permis d’engranger des masses spectaculaires d’inscrits en un temps très court. La France insoumise affichait ainsi 430 000 adhérents à la veille du premier tour, le 20 avril, et près de 539 000 le 22 mai. Le 30 mai, La République en marche en revendiquait plus de 360 000, soit au moins sept fois le nombre d’adhérents du PS… Même si, met en garde le spécialiste de l’engagement militant Jacques Ion, « cette adhésion, qui n’implique guère de contraintes, se révélera sans doute un jour plus volatile ».

Ces start-up de la politique que sont les mouvements citoyens se distinguent en outre des partis par leur agilité et leur organisation « par projet ». « Issus d’une révolution diffuse et silencieuse du rapport à l’autorité, ces mouvements citoyens souhaitent fonctionner sur des modes de délibération horizontaux, même si on ne voit jamais qu’un seul chef, analyse Bruno Cautrès, chercheur en sciences politiques au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Dans les partis politiques, du militant de base au cadre intermédiaire, tout le monde finit toujours par se ranger à la discipline du parti au nom du combat contre l’ennemi commun. »

Cette différence est visible dans les structures de ces organisations : là où les partis traditionnels sont construits sur une lourde hiérarchie verticale, les mouvements restent ultralégers. « De la section de quartier à celle de la ville, de la fédération départementale à la fédération régionale et à l’appareil national, il y a pas moins de quatre à cinq échelons entre le militant de base et le sommet d’un parti traditionnel », constate Bruno Cautrès. Ce n’est pas le cas dans l’organisation d’Emmanuel Macron : la ligne hiérarchique des « marcheurs » se résume à un animateur local et à un référent départemental en contact direct avec le QG.

Figures tutélaires

Ce goût pour l’horizontalité a façonné la manière dont ces mouvements citoyens ont défini leurs programmes présidentiels. « Je suis votre porte-parole, quant au reste, agissez ! Allez, au boulot ! », haranguait Jean-Luc Mélenchon, en juin 2016, en lançant une plate-forme programmatique, « L’Avenir en commun », réceptacle des propositions émanant du « peuple ». Quelques semaines plus tôt, c’est avec l’ambition affichée de « refonder la politique par le bas » qu’Emmanuel Macron créait son mouvement en demandant à ses « marcheurs » de parcourir la France avec des questionnaires distribués au porte-à-porte.

A l’inverse, c’est en consultant des experts et des parlementaires que François Fillon, pour LR, et Benoît Hamon, pour le PS, ont construit leur programme. « Benoît Hamon a certes créé une plate-forme collaborative destinée à enrichir son programme, mais elle faisait davantage figure d’accessoire, souligne Albert Ogien. Il ne s’en est prévalu que rarement, préférant mettre en avant une brochette d’intellectuels et d’universitaires, convaincu que c’est d’eux qu’il tirerait sa crédibilité. Il en a retenu des propositions phares, comme le revenu universel, le traité de démocratisation de l’Europe ou l’interdiction des perturbateurs endocriniens. »

Cette horizontalité n’empêche pas ces mouvements de se construire autour d’une figure tutélaire connue : Emmanuel Macron pour En marche !, Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise. Un leader charismatique qui, selon Max Weber, émerge quand la « société civile est touchée de détresse psychique, physique, économique, éthique et religieuse ». Cette incarnation forte est censée créer un lien direct avec le peuple qui croit en son « aptitude exceptionnelle » et sa capacité à « rompre avec la tradition ». Même si, pronostiquait déjà Max Weber, l’institutionnalisation du mouvement risque d’affaiblir la « domination charismatique » du leader.

L’illusion d’une rupture

Autre caractéristique des mouvements citoyens : ils écrivent leur histoire sur une page idéologique blanche, sans passé ni héritage. « L’adhérent à un parti politique traditionnel est lié au corps de doctrine produit par un courant politique ou un personnage historique, remarque le politiste Bruno Cautrès. Il hérite de l’histoire de ses combats politiques et de ses luttes sociales, des positions de son organisation sur les grands clivages issus des révolutions qui ont traversé le XIXe et le XXe siècle – l’édification de l’Etat-nation et la révolution industrielle, par exemple. » « Les mouvements n’ont pas d’héritage idéologique à défendre », renchérit Albert Ogien.

« Parmi les candidats aux législatives d’En marche !, on trouve beaucoup d’entrepreneurs, d’avocats, d’enseignants, de médecins. Dans La France insoumise, beaucoup d’ouvriers, d’employés et de syndicalistes », notele sociologue Albert Ogien

Les mouvements citoyens partagent un autre trait : l’ouverture des investitures à la société civile, qui doit permettre de renouveler la classe politique, promesse centrale de ces formations. « Parmi les candidats aux législatives d’En marche !, analyse Albert Ogien, on trouve beaucoup d’entrepreneurs, d’avocats, d’enseignants, de médecins, tous issus de la petite bourgeoisie intellectuelle ou qualifiée. Dans La France insoumise, beaucoup d’ouvriers, d’employés et de syndicalistes. Des investitures ouvertes, loin de celles des professionnels de la politique dans les grands partis traditionnels. »

Tous ces mouvements ont donc des caractéristiques communes qui sont à l’origine de leur succès électoraux : ils sont enracinés dans leur époque et dans la société. Pour autant, vont-ils transformer la vie politique comme ils le promettent ? « L’horizontalité des mouvements, cela ne se décrète pas du sommet, analyse Albert Ogien. Cela s’éprouve dans le fonctionnement quotidien des structures partisanes. »

Pour Simon Persico, chercheur en sciences politiques à Science Po Bordeaux, l’illusion d’une rupture avec les pratiques passées ne va pas tarder à disparaître. « Si La République en marche et La France insoumise empruntent à l’évidence le lexique et les codes des mouvements pour surfer sur la répulsion qu’inspire l’ancien système, ce sont des organisations construites autour de l’élection d’un leader et pour celle-ci. Les décisions sont prises par ce leader et son équipe. »

Tôt ou tard, ces mouvements pourraient donc se transformer en partis à l’ancienne. « Même s’ils se définissent contre les partis, La République en marche comme La France insoumise ne vont pas tarder à assumer les mêmes fonctions qu’eux, pronostique Rémi Lefebvre. Après avoir investi des candidats, ils vont devoir définir une ligne politique permettant d’articuler des intérêts sociaux distincts et organiser une nouvelle forme de militantisme. Ces organisations devront durer au-delà de ceux qui les incarnent aujourd’hui, car elles sont un mal nécessaire dans une démocratie représentative. Les partis ne vont donc pas disparaître, ils vont juste se réinventer pour mieux représenter une société devenue plus complexe. » En d’autres termes, les partis ne seraient pas morts, mais simplement en voie de transformation.

Valérie Segond

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Nicolas Hulot annonce une loi interdisant tous nouveaux permis d’hydrocarbures dès cet automne…

Nicolas Hulot annonce le vote d’une loi sur les permis d’hydrocarbures cet automne.

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot,  a annoncé ce vendredi 23 juin  la préparation, durant l’été, d’une loi qui permettra d’interdire tout nouveau permis d’exploration pour les hydrocarbures en métropole comme en outre-mer. Cette loi sera votée à l’automne, a précisé Nicolas Hulot.

Ce texte ne devrait pas remettre en cause les permis accordés. « Il y a des droits acquis, si je reviens dessus brutalement, on aura des contentieux et des astreintes excessivement lourdes dont le budget de l’Etat n’a pas besoin« , a justifié le ministre. « On va quand même essayer de négocier mais nous avons une forme de contrainte juridique« , a ajouté Nicolas Hulot.

Se pose la question des permis dont l’instruction avait été suspendue en 2011 en raison de la polémique sur le gaz de schiste : sont-ils considérés par l’exécutif comme de nouvelles demandes qui seront interdites, le silence du ministre chargé de l’énergie après deux ans valant rejet en l’état actuel de la loi, ou comme des permis sur lesquels les demandeurs peuvent faire valoir des droits ?

L’exécutif fait donc le choix d’une petite loi plutôt que d’une réforme plus lourde du code minier, comme la réunion du 6 juin avec les associations à l’Élysée l’avait laissé présager. Le code minier a fait l’objet de plusieurs tentatives de réforme ces dernières années qui ont toutes avorté. Le dernier épisode en date est le vote d’une proposition de loi socialiste en première lecture par l’Assemblée Nationale en janvier dernier. Un texte qui n’a pu aboutir avant la fin de la législature et dont les principaux promoteurs ont été balayés lors des dernières législatives.

MCD

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Sainte Croix en Diois : exposition de Barbora Prechova…au Monastère !


Bonjour à tous,
une petite invitation à l’exposition des Linogravures au Monastère Sainte Croix, avec un vernissage le mardi 27 juin à 18h, j’espère vous y retrouver! 
(Attention le site est fermé au public ce week-end, réouverture le lundi)
Chaleureusement
 
Barbora Prechova 

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Beaumont-en-Diois : retour sur les Élections Régionales de 2015…

Le Front national ne passe pas à Beaumont-en-Diois

Avec sa centaine d’âmes et ses 30 % de chômeurs, Beaumont-en-Diois fait figure d’exception : au premier tour des élections régionales, pas un seul des habitants de ce village de la Drôme n’a voté pour la liste d’extrême droite. Rencontre.

 

Les cartes routières et les GPS sont formels, pas plus de 8 kilomètres séparent Beaumont-en-Diois de Luc-en-Diois, deux villages de la Drôme. 8 kilomètres de route départementale, 5 à vol d’oiseau, qui doit contourner un éboulement de roches, le Claps. 8 kilomètres, une tradition commune marquée par l’accueil des huguenots et par la Résistance célébrée à une demi-heure de là, au mémorial de Vassieux-en-Vercors. 8 kilomètres donc, même géographie, même histoire, une église et un temple dans chacune des deux communes et pourtant, deux mondes, ou plutôt deux France.

D’un côté, à Luc-en-Diois, gros bourg qui se dépeuple, 18,5 % de la population a voté pour le candidat du Front national au premier tour des élections régionales, le 6 décembre. De l’autre, à Beaumont-en-Diois, village qui se repeuple, pas un électeur ne s’est prononcé en faveur de Christophe Boudot. « Patriotes » ici, « mondialistes » là, selon la curieuse (di)vision du monde chère à Marine Le Pen. Pourquoi ce grand écart sur un si petit périmètre ? Mystères de l’isoloir.

Mme le maire et sa “culture du vivre ensemble”

A Luc-en-Diois, « on a la route », tente d’expliquer Christian Breyton, conseiller municipal, « on est peut-être trop près des courants d’idées ». « Mais ils ont peur de quoi ? », s’interroge son amie Isabelle Allemand, conseillère municipale de Beaumont. Dans le pays du Diois, quatre communes sur les cinquante-deux que compte la communauté de communes n’ont pas du tout voté FN le 6 décembre.

Un joli tir groupé : seulement cent dix collectivités ont fait le même score dans toute la France, où les affidés de Marine Le Pen sont arrivés en tête dans plus de 19 000 villes et villages. Quand elle a réalisé que Beaumont-en-Diois était l’une des rares communes sans électeur d’extrême droite, Isabelle Allemand a tweeté pour dire combien elle était « fière ». L’un de ses followers, sans doute envieux, lui a demandé quel était le « secret ». Il n’y en a pas, évidemment.

Pas de recette, cela se saurait, ni de baguette magique à Beaumont-en-Diois. A part, peut-être, cette « autre politique » que conduit Isabelle Blas, deuxième mandat en cours. Madame la maire n’est « pas encartée et bien contente de (se) trouver à un échelon où cela n’est pas obligatoire ». Sa méthode, elle l’appelle « la culture du vivre ensemble ». « Mon prédécesseur et moi avons toujours défendu la même idée, rappelle Isabelle Blas, par ailleurs accueillante à l’espace social et culturel du Diois et écrivain public. Faire de la place pour chacun et considérer les compétences de chacun comme autant de ressources. » La politique de l’entraide de proximité plutôt que les éructations et la victimisation contre « Paris », « Bruxelles », « les mondialistes ».

Isabelle-Blas : maire

Isabelle Blas, maire sans étiquette de Beaumont-en-Diois.

Si, à Luc-en-Diois, la route transperce le village, à Beaumont, elle aurait plutôt tendance à s’égarer après le carrefour au pied du monument aux morts. Pour le reste, c’est plutôt des chemins, « 25 kilomètres de pistes » qu’il faut entretenir, annonce fièrement Isabelle Blas. Un entrelacs de voies plus ou moins carrossables tracées à flanc de montagne, qui tissent un lien entre la petite centaine d’habitants (87 en 2012, soit 10 de plus qu’en 2006). La mairie est nichée sous les voûtes d’une ancienne étable. L’église n’accueille plus d’offices depuis longtemps, le temple a été transformé en appartements.

Un seul commerce à la ronde

En bas du village, trois maisons en construction ou en rénovation, plus haut, deux yourtes. Et dans un virage, le seul commerce à la ronde, une auberge, L’Arbre à Miel. Christian Jacquemain, 49 ans, a repris l’affaire qui périclitait, en 2011. « Je viens de Lille, madame, de Dunkerque, on voulait un endroit paisible, où on respire. Ici, il n’y a pas de feu rouge, pas de stop, on ne croise jamais les gendarmes. » Chez lui, dans le Nord, avec son teint mat, ses cheveux noirs frisés, il s’est souvent fait refouler à l’entrée des bars et des discothèques.

Christian et Nathalie : patrons-d’auberge

Christian et Nathalie, patrons de l'auberge du village. Beaumont en Diois, 13 décembre 2015.

A Beaumont, il organise tout au long de l’année des soirées pour les Beaumontois, « question de survie », « ça nous occupe l’hiver ». A l’entrée, une affichette annonce une soirée vin chaud, quiches et tartes aux pommes, pour le 19 décembre. C’est un samedi, plus pratique pour ceux qui possèdent là une résidence secondaire, même s’ils ne sont plus très nombreux. Mais, ce soir-là, entre les deux tours, c’est soirée soupe (carottes et coriandre, tout est bio) et jeux. On paie ce qu’on veut, la sono joue du Nina Hagen ou des airs de reggae.

“On n’est pas des babas cool. On a l’air olé olé, mais on se bouge, on a voté à 63 % au premier tour !” Isabelle Allemand, conseillère municipale

On croise là Elodie, une jeune femme à qui un villageois a prêté une terre pour son petit troupeau de brebis, Rémi, un arboriste grimpeur qui « n’aime pas trop les réglementations », André, qui « travaille en forêt », Titi, éducateur devenu berger avant de « faire du bûcheronnage ». Une microsociété représentative de rien, beaucoup de néoruraux venus chercher une petite différence. Une mini-société héritée des communautés des années 1970, à la fois moins uniformisée – « on n’est pas des babas cool » – et plus politisée – « on a l’air olé olé, mais on se bouge, on a voté à 63 % au premier tour », rappelle Isabelle Allemand. Cela n’empêche pas les regards suspicieux et les surnoms ironiques, comme « les toons », entendus à Die, la grande ville.

Ce qui les rassemble ? « Ici, la défense de l’intérêt général passe avant les intérêts particuliers », résume Emmanuel, 43 ans, installé à Beaumont-en-Diois depuis deux ans. Quand cet animateur socioculturel a quitté Paris pour le Diois, c’était « d’abord un hasard », c’est devenu « un choix idéologique ». Il a découvert là le sentiment « d’appartenir à une famille ». Il a appris à apprécier « des choses basiques », comme ce gîte communal mis à la disposition des habitants, par exemple pour accueillir leurs familles, ou ce lave-linge en libre accès – les jetons sont à retirer à la mairie.

Partage des corvées et banquets républicains

Ici, on partage même les corvées communales. « On appelle ça des chantiers », dit Isabelle Blas. La taille des arbres, le nettoyage du réservoir d’eau potable ou de l’étang… tout est annoncé sur un panneau devant la mairie et avec des petits mots dans la boîte aux lettres. Chacun est invité à apporter son savoir-faire, ses outils, qui sa tronçonneuse, qui son râteau, qui ses ustensiles de cuisine pour aider à préparer le repas qui suivra – certains ne viennent que pour se mettre à table, « on n’est pas chez les Bisounours », comme dit ­Isabelle Allemand.

Isabelle Allemand  : conseillère

Portrait d'Isabelle Allemand, conseillère municipale. Beaumont en Diois, le 13 décembre 2015.

Le conseil municipal organise aussi des réunions publiques, deux fois par an, pour discuter des projets, évaluer les priorités. La dernière fois, les habitants ont opté pour le nettoyage des sentiers. « On voulait que ce soit plus agréable pour les personnes qui viennent se balader, il a fallu se retrousser les manches. » Et ça s’est terminé à table, façon banquet républicain. Oui oui, Beaumont-en-Diois, c’est le village d’Astérix. « Et pourvu que ça dure ! », s’amuse Anthony Allemand, le mari d’Isabelle. Jusque-là, pas de Tullius Detritus en vue pour semer la zizanie. Pour autant, « on n’est pas tous amis et on est tous très différents ! », prévient Isabelle Allemand. D’ailleurs, elle se trouve « beaucoup plus normale que certains » : « Je vais travailler [elle est secrétaire et chargée de communication à la communauté de communes, à Die] et mes enfants vont au collège. »

Il y a près de 30 % de chômeurs à Beaumont-en-Diois, soit 17 personnes, plus de trois quarts des foyers ne sont pas imposables, selon les dernières statistiques disponibles (2012). Bref, « la situation économique est difficile, les gens font attention », reconnaît Isabelle Blas. Cela justifie à ses yeux la solidarité, « qui permet de moins souffrir ». Comme beaucoup d’élus, elle déplore l’organisation « très pyramidale » de la vie politique et administrative française, « on éloigne de plus en plus le pouvoir de décision des citoyens, c’est très mal perçu ». Mais pas de jérémiades. « On se débrouille, quoi ! »

vue interieure de la mairie

Vue intérieure de la mairie, utilisée comme bureau de vote lors du deuxième tour des élections régionales. L'Union de la gauche a remporté à Beaumont 90,7 % des suffrages.

Le deuxième tour des élections régionales, dimanche 13 décembre, a vu une légère hausse de la participation à Beaumont-en-Diois. Et, vers 18 h 15, lors du dépouillement, « une chape de plomb s’est abattue ». Une enveloppe contenait un vote FN. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, mais, comment dire, on pensait que les deux électeurs du FN, deux anciens, étaient « partis ». Normalement, tout se sait dans un aussi petit monde. Mais là, aucun indice, aucune idée. Mystère de l’isoloir, au singulier, c’est déjà ça.

Eric Collier  Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2015/12/24/le-front-national-ne-passe-pas-a-beaumont-en-diois_4837592_4497271.html#G3W4ste5pj4qwqCB.99

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Châtillon-en-Diois : Jacques Martin, objecteur de conscience, Juste et résistant…

Les Diois à l’honneur : Jacques Martin, objecteur de conscience, Juste et résistant

 


Dans le cadre des pasteurs diois je tiens à vous signaler le livre sur « Jacques Martin, objecteur de conscience, juste et résistant » (édit. Ampélos) ; Jacques Martin était issu de la famille Martin de Perdyer-Menglon, dont le père était natif de Menglon. C’était un enfant de la Drôme qu’il connaissait très bien. Il a d’ailleurs très bien connu le pasteur Curtet qui a passé les dernières année de vie à Luc en Diois. En lisant le livre vous apprendrez qu’il a connu aussi Dévoluy à Chatillon en Diois et qu’il était ami d’enfance d’Yvonne Oddon (dont il a assuré le service religieux lors de son décès).
Mes deux parents ont d’ailleurs fini leur vie à Châtillon et reposent au cimetière de Menglon.

« Je vous renvoie ci-joints mes papiers militaires et vous prie de voir là l’effet de ma décision de ne plus répondre aux appels que pourra m’adresser l’autorité militaire. »

Cette lettre au ministre de la Guerre qui ressemble à une chanson célèbre marqua le début d’une importante campagne dont Jacques Martin, incarcéré cinq fois pour objection de conscience fut le principal porte-parole avec Henri Roser et leur avocat André Philip (député du Front Populaire puis futur ministre du Général de Gaulle). Mais sa non-violence radicale n’empêche pas une résistance déterminée contre la tyrannie et les injustices. Arrêté par la Milice et condamné à mort par la Gestapo pour actes de résistance, il sera élargi juste avant la Libération sur l’intervention de son ami et chef de maquis Laurent Olivès. Nommé, avec son épouse Jacqueline Martin, Juste parmi les Nations pour avoir sauvé des Juifs, il continuera toute sa vie le combat non-violent et recevra Martin Luther King lors de son passage à Lyon en mars 1966.

L’auteur de cette biographie très personnelle et documentée, Violaine Kichenin-Martin, fille de Jacques Martin, nous ouvre les archives familiales d’un résistant déterminé qui traversa le siècle avec une sérénité et une foi inébranlables. Le préfacier, Patrick Cabanel est directeur d’études à l’École pratique des hautes études. Il s’est particulièrement intéressé au protestantisme à propos duquel il a écrit de nombreux ouvrages de référence, dont De la paix aux résistances, les protestants français de 1930 à 1945 (Fayard).

Sur le site de l’éditeur : http://editionsampelos.com/jacques-martin-objecteur-de-conscience-juste-et-resistant-par-violaine-kichenin-martin/

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La Résistance des Maquis du Vercors… Une histoire vivante qui ne passe pas …

La résistance dans le Vercors a d’abord été des hivers de froid, de faim et de longues marches dans la neige. Puis une fin tragique de bombardements, d’assassinats et de tortures. Loin d’une romance idyllique que les résistants d’aujourd’hui rêvent d’incarner. Retour sur les pas de Marc Serratrice et autres moments de notre histoire. Il y a juste 72 ans. C.V. 

Maquis du Vercors

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le maquis du Vercors fut une importante base de la Résistance française réfugiée dans le massif du Vercors, considéré comme une véritable forteresse naturelle.

Déroulements des faits

1940-1941 : du tourisme traditionnel à l’accueil de réfugiés

Dès l’automne 1939, avant même la signature de l’armistice du 22 juin 1940, les infrastructures touristiques de la région de Villard-de-Lans sont mises à profit pour l’accueil de réfugiés et le re

pli depuis Paris d’un certain nombre d’établissements scolaires privés : cours Saint-Louis, cours Daumas, collège Turenne, lycée polonais de Paris, à partir d’octobre 1940. Des réfugiés s’installent dans les hôtels, et parmi eux de nombreux juifs étrangers, souvent aisés. Au « refuge spontané » de cette population plutôt aisée, s’ajoutent dans les années ultérieures un « refuge organisé » qui concerne, par exemple, à partir de novembre 1942, des enfants originaires du Var, dans le Vercors drômois. En novembre 1943, la petite commune de La Chapelle-en-Vercors compte 139 personnes plus ou moins hivernants ou réfugiés.

1942 : constitution d’un groupe de Franc-Tireur

Le 6 avril 1942, à Lans-en-Vercors, le contact est établi entre deux groupes d’hommes proches de la SFIO : un groupe de Grenoble avec notamment l’ancien maire Léon Martin et un groupe du plateau de Villard-de-Lans, avec notamment le docteur Eugène Samuel. La jonction est également faite avec Jean-Pierre Lévy qui a créé le mouvement Franc-Tireur. C’est sous cette étiquette que se retrouveront les socialistes de Grenoble et de Villard. Le cafetier grenoblois Aimé Pupin est considéré comme le chef civil du maquis du Vercors, jusqu’à son arrestation en septembre 1943. Il est alors remplacé par Eugène Chavant, lui aussi cafetier et issu du groupe de Grenoble. Fin 1942, Pupin effectue la jonction avec un autre noyau de résistants affilé à Franc-Tireur et implanté sur le versant ouest du massif du côté de Saint-Jean-en-Royans.

À partir de septembre 1942, les différents groupes Franc-Tireur du plateau se consacrent à l’établissement de camps pour accueillir de nombreux « réfractaires » au départ en Allemagne. Le premier camp est établi en janvier 1943 à la ferme d’Ambel, près du col de la Bataille, regroupant soixante cheminots de Fontaine. D’autres camps sont établis à Méaudre, Laragnole, Corrençon et au col de la Chau.

Début 1943 : le projet Montagnards et l’implication de l’Armée secrète

Parallèlement à l’implantation de Franc-Tireur sur le plateau, et sans lien avec ses différents acteurs, Pierre Dalloz, un architecte urbaniste pionnier de l’alpinisme, élabore un plan connu plus tard sous le nom de « projet Montagnards » qui consiste à mettre à profit l’apparence de forteresse naturelle qui caractérise le plateau du Vercors. La version de décembre 1942 de ce projet comporte un « programme d’action immédiat » consistant en la création de corps francs, l’aménagement de terrains d’atterrissage clandestins, le stockage d’armes et d’explosifs et la défense des principaux points d’accès au plateau. Une seconde étape est envisagée dans le cadre d’une reconquête de la France par les Alliés. Le plateau pourrait alors recevoir des troupes aéroportées et être la base de départ de raids visant à désorganiser les voies de communications ennemies tout autour du plateau5. Dalloz raconte que l’idée de ce projet lui est venue en mars 1941, alors qu’il était en compagnie de l’écrivain Jean Prévost et qu’ils avaient une vue sur le Vercors depuis Sassenage, mais jusqu’au début de 1943, il n’avait pas de contact avec des mouvements de Résistance. La conjoncture évoluant, il donne forme à son projet en décembre 1942 et rencontre à Lyon le journaliste du Progrès Yves Farge qui est lui-même en contact avec Jean Moulin à qui il fait avaliser le projet de Dalloz. Farge et Dalloz peuvent alors rencontrer le 10 février le chef de l’Armée secrète, le général Delestraint, qui le soumet dès le 12 aux services français de Londres qui donnent leur accord au projet en diffusant le 25 février sur les ondes de la BBC le message « Les montagnards doivent continuer à gravir les cimes ».  Dès le 30 janvier, Dalloz a reçu des fonds de Jean Moulin, et Yves Farge facilite la mise en relation des hommes de Franc-Tireur avec Dalloz7. Ce dernier implique dans le projet le commandant Marcel Pourchier, ancien commandant de l’École militaire de haute montagne de Chamonix, et le capitaine Alain Le Ray, alpiniste et officier des troupes alpines qui rédige une étude militaire de mise en œuvre du projet et devient le premier chef militaire du maquis du Vercors5. Lors de la rencontre avec Delestraint, le chef de l’armée secrète, informé de ce que Franc-Tireur est le seul mouvement représenté sur le Vercors, insiste pour que ce mouvement ne soit pas concurrencé. La première rencontre entre Dalloz et les hommes de Franc-Tireur, Pupin et Samuel, aurait eu lieu le 3 mars sur le site de Vassieux pressenti comme possible terrain d’atterrissage. Par la suite, Pupin est maintenu en place et informé de la tournure des événements, mais la quasi-totalité des participants au « comité de combat », le premier organisme dirigeant du Vercors, sont issus de ce que l’historien Gilles Vergnon nomme « l’implant national », au détriment des premiers initiateurs grenoblois.

1943 : réorganisation du maquis avec les officiers de l’Armée secrète

La relative mise à l’écart des dirigeants de Franc-Tireur dans la nouvelle organisation ne suscite pas les rancœurs que l’on pouvait attendre, car les moyens financiers considérables affectés par Jean Moulin à l’opération Vercors donnaient les moyens d’accueillir correctement les nouvelles recrues. En mars 1943, lorsque se fait la jonction entre les premiers maquis encadrés par Franc-Tireur et l’Armée secrète, l’afflux de réfractaires fuyant le service du travail obligatoire (STO) monte l’effectif des maquis à environ 400, répartis en huit camps. Entre février et mars, plus de 4,5 millions de francs sont transmis pour le Vercors par Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin à Yves Farge. Sur la même période, l’ensemble de l’AS (Armée secrète) ne reçoit qu’un peu plus de 6 millions de francs, ce qui pour le coup provoque les récriminations de certaines mouvances de la Résistance comme Combat qui s’estiment moins bien loties.

Le printemps 1943 est également la période où sont donnés les premiers coups durs par les Italiens qui occupent l’Isère depuis novembre 1942 (ils sont remplacés par les Allemands en septembre 1943). Léon Martin est arrêté le 24 avril 1943 et Aimé Pupin le 27 mai avec quelques membres de son équipe. Après ces arrestations le Maquis s’organise avec un chef civil, Samuel puis Chavant, et un chef militaire, Le Ray, qui divise le massif en deux zones de commandement : le Nord confié à Roland Costa de Beauregard et le sud à Gay. Les camps sont remplacés par des « trentaines » plus mobiles auxquelles s’ajoutent ensuite des « compagnies civiles » réservistes basées sur le plateau, mais aussi à Grenoble et dans la région de Romans. Le Ray, tout comme ses successeurs, dépendent du commandant Marcel Descour, chef d’état-major de la région R1 de l’Armée secrète et ancien chef régional de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA). Les 11 et 12 août, le nouveau dispositif est présenté à l’occasion d’une grande manifestation sur la prairie de Darbounouze, devant tous les responsables du maquis et un certain nombre d’amis comme Hubert Beuve-Méry, ancien de l’École des cadres d’Uriage.

Le 13 novembre 1943, le premier parachutage d’armes et de matériel a lieu dans la prairie de Darbounouze sur les hauts plateaux du Vercors drômois. La récupération des armes se fait dans une certaine pagaille, et c’est l’occasion pour l’État-major de l’AS de destituer Le Ray pour le remplacer le 31 janvier par le lieutenant Narcisse Geyer, alias Thivollet, promu alors capitaine. Geyer est arrivé sur le Vercors depuis le Nord de la Drôme, à la tête de 300 hommes du 11e régiment de cuirassiers reconstitué. La personnalité du nouveau chef militaire est contestée en dépit de son indéniable courage physique. On lui reprocha son goût pour l’apparat, mais surtout son incapacité à instaurer une relation de confiance avec le responsable civil Chavant9.

1944 : afflux de maquisards et instauration de la République libre du Vercors

Les premières attaques allemandes contre le Vercors ont lieu le 22 janvier 1944 aux Grands Goulets, puis le 29 janvier à Malleval, où est situé le 6e BCA reconstitué par Albert de Seguin de Reyniès, suivies de celles au monastère d’Esparron et à Saint-Julien-en-Vercors.

Bientôt connu comme l’un des principaux centres de résistance du maquis, le village de Vassieux, situé sur le plateau du Vercors vers 1 100 mètres d’altitude, est l’objet, du 16 au 24 avril 1944, d’une première opération de répression, menée par la Milice française sous le commandement de Raoul Dagostini. 25 camions remplis de miliciens et de GMR arrivent sur le plateau le 16 avril. Plusieurs fermes sont pillées et incendiées, des habitants sont torturés et déportés et trois d’entre eux sont fusillés. Les maquisards évitent l’affrontement car il n’est pas dans les intentions de l’État-major de sacrifier inutilement des hommes contre les GMR ou les miliciens, afin de préserver le maximum de forces jusqu’au débarquement.

Dans le cadre du plan allié visant à « embraser tout l’hexagone pour ne pas révéler qu’Overlord n’intéresse que la Normandie » (Pierre Montagnon), le code « Il y a de l’eau dans le gaz », lancé depuis Londres le 1er juin 1944, alerte les résistants de la région R1, tandis que pour le Vercors il signifie le verrouillage du plateau. Le 5 juin, quatre messages (plans Vert, Guérilla, Tortue et Violet) avec le fameux code « le Chamois des Alpes bondit » (l’animal étant l’emblème du maquis), donnent le signal de l’action armée pour 4 000 maquisards. Le Vercors voit converger vers lui des centaines de volontaires, impatients d’agir. Ils sont placés sous le commandement du lieutenant-colonel François Huet, chef militaire du Vercors depuis mai 1944, et de son chef d’état-major, le capitaine Pierre Tanant. Marcel Descour, devenu colonel et toujours responsable de la région R1, mais relevant des FFI dans lesquels s’est fondue l’Armée secrète, installe son PC à la maison forestière du Ranc des Pourrets d’où il commandera l’action militaire dans tous les départements de la région R1 (approximativement région Rhône-Alpes).

À partir du verrouillage des accès au plateau par la Résistance, le 9 juin jusqu’à l’offensive allemande, le 21 juillet, à l’instar d’un certain nombre d’autres zones disséminées sur le territoire français, le Vercors fonctionne comme une zone libérée, support d’une structure étatique qui prolonge l’embryon d’État dirigé par le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Cette « République libre du Vercors » n’est officiellement intronisée que le 3 juillet avec une prise d’armes en l’honneur d’Yves Farge, revenu en tant que commissaire de la République de la région R1. Le Vercors a ainsi une administration civile, le « Comité de libération nationale du Vercors » (CLNV), présidé par Eugène Chavant, assisté de deux sous-préfets. Les civils sont cependant soumis aux militaires, le CLNV n’étant que le relais du GPRF, véritable contre-État.

Les 13 et 15 juin, les Allemands, provoqués par le déploiement d’un immense drapeau aux couleurs de la République libre du Vercors, visible depuis la vallée, occupent Saint-Nizier, accès le plus aisé vers le massif du Vercors. Ils contraignent les maquisards à quitter le Vercors nord et à se replier au-delà des gorges de la Bourne. Finalement, les troupes allemandes se replient sur Grenoble en laissant des postes d’observation dans le territoire conquis. Le 21 juin, ils mesurent également la résistance effective des combattants au hameau des Écouges. De leur côté, les maquisards attendent l’exécution du plan Montagnards et demandent l’envoi de troupes aéroportées. La Wehrmacht est ici représentée par la 157e Division alpine qui avait sévi en mars-avril aux Glières (Haute-Savoie). Commandée par le général Karl Pflaum, elle est forte de plus 14 000 hommes. Quant aux troupes aéroportées, elles dépendent de la Luftwaffe basée à Dijon d’où partent également les missions de reconnaissances et de bombardements sur le plateau (comme ce fut le cas aux Glières).

Le 25 juin, les Alliés procèdent en plein jour à un parachutage massif d’armes sur le plateau (opération Zebra). À plusieurs reprises, la population apporte son aide aux opérations de récupération du matériel, de jour comme de nuit. Les armes sont notamment cachées dans des cavités naturelles (scialets, fissures de lapiaz…) très nombreuses sur le Plateau de Vassieux. Cependant, près de la moitié des combattants restent non armés.

Début juillet 1944, la mission Paquebot, chargée de préparer un terrain d’atterrissage à Vassieux, est envoyée sur place par les autorités d’Alger. L’une des deux sections ayant cette responsabilité est sous les ordres de Claude Falck. Mais, le plan « Montagnards », c’est-à-dire l’envoi massif de troupes aéroportées auquel s’attendaient les maquisards, ne sera jamais appliqué ; il va même tragiquement s’inverser, les maquisards, assaillants potentiels, devenant des assiégés pris au piège. Entre la bataille de Normandie et la préparation du débarquement de Provence, la défense du bastion du Vercors n’entre pas dans les priorités des Alliés.

Juillet 1944 : l’assaut

Après l’intervention de la Milice, les Allemands décident de faire intervenir la 157e division. Ils ont d’abord envisagé de procéder à l’assaut contre le Vercors au mois de mai 1944 sous le nom de code Bergen, mais cette opération est repoussée en juillet sous le nom de code Aktion Bettina.

La Luftwaffe effectue d’abord de sévères bombardements sur Vassieux et La Chapelle-en-Vercors les 13 et 14 juillet, ce qui n’empêche pas le déroulement de cérémonies du 14 juillet euphoriques dans toutes les localités du plateau. Le même 14 juillet voit en plein jour 72 forteresses volantes larguer sur Vassieux un millier de conteneurs (opération Cadillac).

En dépit de ces parachutages spectaculaires, les troupes du Vercors manquent d’armes lourdes qui auraient permis de résister à l’assaut qui est finalement déclenché le 21 juillet par la 157e division du général Karl Pflaum. L’offensive est menée sur trois fronts : débarquement aéroporté de chasseurs-parachutistes à Vassieux, avec utilisation par les planeurs de la piste prévue pour recevoir des renforts alliés, attaque principale sur l’axe Lans-Corrençon, assaut sur la ligne de crête des « pas » par les troupes alpines. Le dispositif français ne peut pas résister et le 23 juillet François Huet et son chef d’État-major, Pierre Tanant, ordonnent la dispersion des groupes de maquisards qui doivent, selon sa formule, « maquiser le maquis ».

L’opération allemande qui a mobilisé près de 10 000 hommes a représenté la plus vaste entreprise menée en France contre la Résistance. Le débarquement aéroporté à Vassieux s’est fait sur le modèle de l’opération Rösselsprung lancée en Bosnie contre le PC de Tito le 25 mai 1944. Les Allemands ont pris au sérieux la menace que pouvait constituer une tête de pont alliée menaçant Grenoble et Valence.

L’offensive contre le maquis s’est accompagnée d’atrocités contre les populations civiles et les maquisards capturés : massacre des habitants de Vassieux, exécution sommaire de 16 habitants de La Chapelle. L’historien Gilles Vergnon fait remarquer que la Wehrmacht, qui a commis beaucoup d’exactions sur le front de l’Est et dans les Balkans, en a peu commis en France. Ces exactions seront versées par la délégation française au tribunal de Nüremberg avec celles d’Oradour-sur-Glane, Tulle, Ascq et Maillé.

Témoin de la violence des combats, le hameau de Valchevrière, en pleine forêt, a servi de camp aux maquisards avant d’être le lieu d’un sévère affrontement les 22 et 23 juillet 1944. Sur le belvédère qui domine le village, le lieutenant Chabal et ses hommes se sont sacrifiés pour retarder l’avance allemande et sont morts les armes à la main. Les maisons furent ensuite incendiées. Aujourd’hui, le village en ruines est resté en l’état, avec ses poutres calcinées, ses pierres à nu et noircies. Seule la petite chapelle est encore debout.

Bilan des combats

Au total, les combats du Vercors ont coûté 639 tués aux combattants et 201 aux civils. Une centaine d’Allemands ont été tués dans les combats et une cinquantaine de blessés sont décédés par la suite à Grenoble. 573 maisons ont été détruites, 41 habitants de Vassieux déportés.

À l’instar du maquis des Glières, cette tragédie a mis en lumière la vulnérabilité des « maquis-silos », où étaient concentrés trop d’hommes trop faiblement armés et formés.

Forces allemandes engagées dans les combats

Selon l’ordre du 8 juillet 1944 du général Niehoff, Kommandant des Heeresgebietes Südfrankreich (région militaire du sud de la France), sur l’opération Bettina contre le maquis du Vercors, il apparaît que le commandement allemand a mis en œuvre près de 10 000 soldats et policiers (allemands et auxiliaires étrangers), soit :

  1. la quasi-totalité des effectifs de la 157. Reserve-Division de la Wehrmacht :
    • quatre bataillons de chasseurs de montagne de réserve (Btl. I./98, II./98, 99 et 100 du Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1, moins les forces assurant la sécurité immédiate des cols frontaliers et des casernements) ;
    • deux bataillons de grenadiers de réserve (Btl. 179 et 199 du Reserve-Grenadier-Regiment 157, moins les forces assurant la sécurité immédiate des casernements, le Btl. 217 demeurant à Embrun) ;
      Selon l’historien militaire allemand Peter Lieb (École d’officiers de Sandhurst), les bataillons d’infanterie engagés dans le Vercors ne devaient pas comprendre plus de six cents hommes chacun.
    • deux batteries d’artillerie de réserve (du Res.Geb.Art.Abt. 79 du Reserve-Artillerie-Regiment 7). Cette 157e division de réserve (157. Reserve-Division), devenue 8e division de montagne (8. Gebirgs-Division) en mars 1945, spécialisée dans les actions contre les maquis, a participé, en 1944, aux attaques contre les maquis, notamment du Vercors, des Glières et de l’Ain.
  2. les forces auxiliaires suivantes :
    • le Kampfgruppe « Zabel » (composé notamment d’un bataillon de grenadiers de la 9e Panzerdivision et d’un Ostbataillon) ;
    • trois bataillons de l’Ost-Legion ;
    • environ deux cents Feldgendarmen ;
    • un bataillon de sécurité (I./Sicherungs-Regiment 200) ;
    • un bataillon de police (I./SS Polizei Regiment 19) comme point d’appui pour la base sanitaire ;
    • environ quatre cents commandos parachutistes des forces spéciales (Fallschirm-Kampfgruppe « Schäfer »).

D’après les rapports journaliers de l’OB West des 23 et 24 juillet 1944, transmis par le Militärbefehlshaber in Frankreich, ont été aéroportées sur Vassieux-en-Vercors, les 21 et 23 juillet 1944, les troupes suivantes :

  1. Tout d’abord, le 21 juillet 1944, environ deux cents hommes issus des Fallschirmjäger-Bewährungstruppe (troupes disciplinaires) formant le Fallschirm-Kampfgruppe « Schäfer », et, puisque, selon Alain Chazette, trois Français ont été tués dans un planeur écrasé près de La Mure, soit un groupe de la 8e compagnie du 3e régiment « Brandenburg » (composée de volontaires français), soit un groupe de la Sipo-SD de Lyon accompagnant le Kommandeur, ont été aéroportés de Lyon-Bron à Vassieux par vingt-deux planeurs DFS-230 (chacun un pilote et neuf soldats), remorqués par des Dornier-17 du I./Luftlandegeschwader 1. D’après Peter Lieb,  un planeur a été contraint de se poser avant l’objectif, deux planeurs se sont écrasés et sept ont atterri loin de Vassieux ; donc, la première vague d’assaut sur ce village ne comprenait qu’une centaine de soldats.
  2. Ensuite, le 23 juillet 1944, vingt planeurs DFS-230 et, remorqués par des Heinkel-111 du I./LLG 1, trois planeurs Go-242 (chacun deux pilotes et vingt et un soldats ou du matériel) ont transporté, de Valence-Chabeuil à Vassieux, une Ostkompanie (Ost-Legion : volontaires russes, ukrainiens et caucasiens) et une section de chasseurs parachutistes. D’après Peter Lieb, deux DFS-230, au moins, et un Go-242 se sont égarés, un autre Go-242 s’est posé trop loin, un seul, apportant des armes lourdes (mortiers) et du ravitaillement, a atterri à Vassieux ; donc, la seconde vague d’assaut ne comprenait qu’environ cent cinquante soldats.

En outre, le Kommandeur der Sipo-SD de Lyon (KDS), le SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel SS) Werner Knab, a été également aéroporté sur Vassieux dès le 21 juillet et, blessé par balles, a été évacué dans un Fieseler Fi 156 Storch le 24 juillet; il aurait joué un grand rôle dans le massacre des maquisards et des habitants.

Cela dit, il faut préciser que le Fallschirm-Kampfgruppe « Schäfer » a été détaché du Kampfgeschwader 200 le 8 juin 1944 et qu’il était composé de volontaires issus de Fallschirmjäger-Bewährungstruppe (troupes disciplinaires), rassemblés à Tangerhütte et entraînés pendant trois mois à Dedelstorf pour un assaut à partir de planeurs. Ces troupes devaient déjà comprendre des légionnaires de l’Est, puisque quatre Ukrainiens ont été tués avec les trois Français dans le planeur écrasé près de La Mure le 21 juillet. Le Fallschirm-Kampfgruppe « Schäfer » était placé sous l’autorité de la Luftflotte 3 et non plus sous celle du Kampfgeschwader 200.

D’après Jacques Delperrié de Bayac, la Milice française (environ cinq cents francs-gardes et des agents du 2e service) n’a pas participé à l’assaut final en juillet : arrivée début avril, elle a combattu aux côtés des Allemands en juin, mais a quitté le Vercors à la fin de ce mois. Cependant, selon Pierre Faillant de Villemarest,  qui a participé directement aux combats, des Français au service des Allemands se sont infiltrés dans les rangs des maquisards et ont tiré sur ceux-ci lors de l’attaque allemande. D’après Olivier Pigoreau il s’agirait de volontaires français, militants des partis collaborationnistes, anciens du front de l’Est, authentiques voyous ou maquisards « retournés », qui formaient la 8e compagnie (donc 2e bataillon) du 3e régiment de la division « Brandenburg », et qui ont combattu les maquis, souvent par infiltration, dans le Sud et dans l’Est de la France avant de se replier en Allemagne.

Le maquis du Vercors dans la mémoire nationale

En hommage à cet épisode héroïque, la commune de Vassieux-en-Vercors a été élevée au rang de Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle. Plus tard, un mémorial a été construit au-dessus de ce village, au lieu-dit Col de la Chau, sur la route de Font d’Urle. Il retrace de façon poignante ces événements tragiques.

Le commandant Pierre Tanant a écrit :

« Il est quelque chose de plus important que de savoir si le Vercors est justifiable sur le plan stratégique, c’est de savoir s’il l’est sur le plan moral… »

« Sur ce vaste plateau, des Français de toutes origines et de toutes opinions ont su se grouper et s’unir avec la seule ambition d’échapper à la servitude… »

« Tant de sang versé a fait de ces montagnes une terre sacrée, une terre qui doit être maintenant respectée comme un sanctuaire où le flambeau de notre liberté a été rallumé, comme l’un des berceaux de la Renaissance française. »

Débats et controverses

Autour de l’Histoire du maquis du Vercors, et plus particulièrement de son tragique épisode, certaines questions ont fait l’objet d’un débat plus ou moins récurrent.

Stratégie de défense du maquis

Le succès de l’offensive allemande a été facilité par certaines défaillances militaires du côté des maquisards, notamment l’absence de protection du terrain de Vassieux. La mise en place d’une DCA, même sommaire, aurait pu infliger de très lourdes pertes aux 200 hommes débarqués le 21 juillet et éviter ainsi la neutralisation du village de Vassieux par ces troupes aéroportées. Plus généralement, à la suite de Noguères, on peut questionner le choix des militaires du Vercors de mener contre un adversaire plus puissant un combat « en ligne » plutôt qu’un combat de guérilla qui aurait consisté en un repli organisé. Cette question a été posée avec une certaine virulence par Gilbert Joseph, un maquisard du Vercors qui publia en 1972 Combattant du Vercors aux éditions Fayard. Trois dirigeants du maquis, Samuel, Le Ray et Costa de Beauregard se sont alors exprimés sous la forme d’une lettre au président-directeur des éditions Fayard, en expliquant qu’« avec des volontaires non aguerris et peu entraînés, un combat encadré est moins coûteux, à rentabilité égale que la guérilla dispersée. »

Trahison du maquis par Alger ?

À partir du verrouillage du plateau effectué aux alentours du 8 juin 1944, les maquisards du Vercors attendent l’arrivée d’importants renforts des Alliés ou du GPRF d’Alger, conformément au plan Montagnard. Avant même le débarquement du 6 juin, au mois de mai 1944, Eugène Chavant s’est rendu à Alger et a reçu de Jacques Soustelle, au nom du général de Gaulle, un ordre écrit destiné à Descour, enjoignant le Vercors à poursuivre sa mission. Il a également reçu du lieutenant-colonel Constans, responsable de la DGSS et représentant français au sein de l’organisme interallié SPOC (Special Project Operation Center) la promesse de 4 000 parachutistes. Il s’avère que Constans a été enthousiasmé par le projet, mais qu’il ne sait pas en quoi consiste le projet Montagnards. Ces promesses expliquent le télégramme envoyé par Chavant dans la nuit du 21 au 22 juillet qui se termine par « Et nous serons d’accord avec eux (la population) pour dire que ceux qui sont à Londres et à Alger n’ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches. Nous disons bien : criminels et lâches ».

Par la suite, Chavant n’entretient pas la thèse de la trahison, mais cette dernière est sous-jacente tout au long du livre que Pierre Dalloz publie en 1979 et résumée dans la conclusion par cette citation de Paul Dreyfus :

« Le 15 août 1944, jour du débarquement de Provence, à 5 h 30, 396 avions de transport partis de la région de Rome larguent au-dessus de la vallée de l’Argens 5 100 parachutistes américains et anglais, aux ordres du général Robert Frederick. Ils ont pour mission de semer le trouble sur les arrières de l’ennemi, d’empêcher l’arrivée de renforts… Dans la journée deux autres vagues d’avions et de planeurs amènent des renforts, ce qui porte à 9 660 le nombre des parachutistes… Tous les moyens qui avaient été refusés à la guerre populaire, les voici qui apparaissent enfin, et à grande échelle, quand les armées régulières, bien tenues en main, entrent en jeu. »

Quels que soient les engagements pris par les services français, ces derniers restent totalement dépendants de leurs alliés britanniques et américains pour disposer d’avions, que ce soit pour le transport, le parachutage ou le bombardement. À Alger, le commissaire à l’Air communiste, Fernand Grenier, entreprend au lendemain du débarquement en Normandie de créer une force aérienne consacrée au soutien aux maquis. Cette unité en projet fut baptisée Unité patrie. Une trentaine d’appareils servant au groupe Picardie ou dans les écoles de pilotage sont identifiés comme pouvant être rattachés à Unité patrie. Le projet de Grenier est approuvé mais, d’après Grenier, de Gaulle n’a jamais signé les décrets d’application. La situation s’envenime entre Grenier et de Gaulle si bien que le 26 juillet 1944, trois jours après la chute du Vercors, Grenier dénonce au cours d’une conférence de presse « l’attentisme, crime contre la patrie ». Cette incartade vaut à Grenier d’être remercié un mois plus tard pour être remplacé par Charles Tillon.

D’après Jean Vallette d’Osia, qui est alors à l’État-major d’Hydra, la constitution du groupe Unité patrie est effectivement mis en branle, mais les avions qui doivent en constituer l’ossature sont tous dans un état si lamentable qu’il faut procéder à une révision générale de chacun d’eux, ce qui rend illusoire de les affecter au soutien du Vercors.

L’historien Gilles Vergnon se rallie à l’analyse faite vingt ans après les événements par Roland Costa de Beauregard : il n’y a pas eu trahison, mais abandon. Après l’arrestation de Delestraint et le départ de Dalloz du Vercors, en mai 1943, il n’y a plus eu de relations suivies entre le Vercors et l’entourage de De Gaulle, et lorsque Chavant se rend à Alger en mai 1944, il est trop tard, les plans alliés sont déjà établis.

Cohabitation des civils et des militaires

Dans son livre de 1972, l’ancien maquisard du Vercors Gilbert Joseph met violemment en cause le commandement militaire local en écrivant, par exemple : « Si les maquisards avaient eu connaissance du télégramme de Chavant, ils auraient proclamé à la face du monde que s’il y avait des criminels, c’était à l’intérieur même du Vercors, parmi les responsables militaires qu’il fallait les chercher. » Le livre de Joseph est plutôt bien accueilli par la presse nationale, surtout d’ailleurs dans la presse nationale classée à droite comme Carrefour ou L’Aurore, mais quelques années auparavant, un autre auteur, Jean Noaro, a déjà dénoncé « une entreprise de militaires attardés et panachards. » Dans le journal Le Monde, Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit, mais aussi ancien du Vercors, renchérit en désignant le corps des officiers de carrière comme « principal responsable des revers du maquis. »

Sans parler de la population des villages du Vercors, la cohabitation au sein du maquis entre civils et militaires connaît quelques tiraillements, dont le plus notable est l’arrestation du chef civil Chavant par les cuirassiers de Geyer, le 29 juin 1944, suivi de l’arrestation de Geyer par les hommes des « combattants civils ». Cet incident, qui intervient alors que Geyer n’est plus le chef militaire de l’ensemble du maquis, est relaté par un rapport d’inspection du maquis qui note que les relations entre Chavant et le responsable militaire Huet sont par ailleurs excellentes, mais relève la contradiction entre la logique des maquis clandestins qui implique l’exécution de « coups de main » et celle du rétablissement de la légalité dans les territoires libérés qui exclut ce genre de pratique.

À côté de ces différentes logiques de résistance armée, il y a les clivages sociologiques relevés par Gilbert Joseph qui évoque l’opposition entre des officiers conservateurs qui vomissaient l’égalité sociale et exhibaient leur foi religieuse et des civils attachés aux traditions républicaines. L’historien Henri Noguères, qui a aussi été résistant affilié à Franc-Tireur, a parlé de l’abîme séparant les militaires « gavés de tradition d’un autre âge » et les combattants volontaires venus « pour défendre tout autre chose que le fanion d’un bataillon ».

Il n’est pas contestable que la « militarisation », avec toutes ses manifestations apparentes, est une politique revendiquée par le commandant Huet et et son adjoint le capitaine Pierre Tanant. Le 13 juillet, Huet décide que les unités placées sous ses ordres « reprennent les traditions militaires des corps de troupe de la région et leurs écussons chargés de gloire ». Les maquisards des « camps » et des compagnies civiles sont ainsi enrégimentés dans des unités reconstituées : 6e BCA, 12e BCA, 14e BCA, 11e cuirassiers, alors que les tirailleurs sénégalais libérés du camp de La Doua, à Lyon, et acheminés sur le Vercors sont enrôlés dans la section franche de tirailleurs africains.

L’historien Gilles Vergnon observe que parmi les maquisards, l’attirance pour cette « militarisation » est plutôt la règle que l’exception et qu’elle ne saurait être interprétée sommairement à partir d’une grille d’analyse gauche/droite si l’on considère que dans l’entre-deux-guerres, le port de l’uniforme est une pratique répandue assez universellement y compris parmi les organisations de jeunesses de gauche.

Attitude de la population

Les différentes composantes ayant constitué le maquis n’étant pas issues spécifiquement du plateau du Vercors, la question se pose de savoir quelle a été l’attitude de la population.

Dès 1943, le maquis a reçu le soutien d’une bonne partie de la population et il semble que ceux qui n’étaient pas favorables à la Résistance n’étaient pas non plus hostiles au maquis dont les membres sont souvent appelés des « dissidents ». Ce soutien relatif s’inscrit dans un contexte où jusqu’au bombardement de Vassieux le 13 juillet 1944, la population n’a pratiquement pas subi de répression ou d’occupation. Les paysans du Vercors ont vu très peu d’Allemands, et les sentiments anti-allemands ne sont pas particulièrement vivaces.

Cette relative bienveillance s’étend à des représentants d’institutions structurantes de la société. Ainsi, à partir du mois d’août 1943, les sept gendarmes de la brigade de La Chapelle passent d’une neutralité bienveillante vers un soutien plus actif. Plus tard, ces gendarmes sont d’ailleurs malmenés par les miliciens lors de l’incursion de la Milice en avril 1944. Cette opération de la Milice est d’ailleurs précédée par la neutralisation de huit brigades et l’arrestation de 18 gradés ou simples gendarmes. Toujours lors de cette opération, l’abbé Aimé Gagnol, curé de Vassieux, déclare devant 200 miliciens venus assister à la messe le 23 avril « vous êtes les premiers terroristes que nous rencontrons ici ». Le curé de Corrençon, Johannès Vincent est encore plus impliqué dans l’aide aux maquis.

Les sentiments de la population restent favorables aux nouvelles autorités après l’afflux des nouveaux maquisards au début de juin 1944 et l’instauration d’une nouvelle administration dans la zone libérée. Le 13 juillet, le préfet de région signale un mouvement très net de la population en faveur de la Résistance. Trois jours avant, un rapport de la gendarmerie de Châtillon-sur-Diois mentionne des craintes soulevées parmi la population par l’ignorance en matière militaire des hommes en position sur les barrages routiers.

La population est rassurée par l’embryon d’appareil étatique et d’ailleurs, elle bénéficie aussi des retombées des parachutages, mais une partie d’entre elle craint le pire et condamne la sortie de la clandestinité des dissidents. Les édiles locaux continuent, avec les nouvelles autorités, à gérer le quotidien comme ils le faisaient avec l’administration de Vichy.

MCD avec https://fr.wikipedia.org/, des Photos du Musée de la Résistance, des fonds personnel et des témoignages de résistants sur le plateau lors des commémorations des 70 ans . C.V.

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