Brune Poirson promet « un big bang dans la poubelle des Français »…

Brune Poirson promet « un big bang dans la poubelle des Français »

La secrétaire d’Etat à la transition énergétique, qui présente mercredi en conseil des ministres son projet de loi sur l’économie circulaire, représente l’écologie « du quotidien » version Macron.

La secrétaire d’Etat à la transition énergétique, Brune Poirson, le 23 mai 2019 à Paris.
La secrétaire d’Etat à la transition énergétique, Brune Poirson, le 23 mai 2019 à Paris.

Vendredi 21 juin, wagon-bar du TGV Paris-Lyon. Brune Poirson se trouve face à un dilemme : peut-elle commander un café avec du lait, et donc assumer l’usage de plusieurs capsules en plastique ? Choix d’autant plus cornélien qu’il doit se trancher sous le regard d’un journaliste du Monde, auquel la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire veut exposer son projet de loi antigaspillage. Un texte sur lequel elle travaille depuis deux ans, qui doit être présenté, mercredi 10 juillet, en conseil des ministres.

« Un déchet c’est le début de quelque chose de nouveau. L’économie circulaire, c’est une chance », déroule Brune Poirson, qui promet un « big bang dans la poubelle des Français » et entend « interdire la destruction de produits qui n’ont pas trouvé acheteur ». « C’est un des textes les plus importants du quinquennat », assure-t-on carrément à l’hôtel de Roquelaure, au siège du ministère. Va pour le café avec le lait, alors.

Ce projet de loi représente l’heure de gloire de celle qui n’a pas encore percé le mur de la notoriété. Deux ans après son entrée au gouvernement, la secrétaire d’Etat de 36 ans veut saisir l’opportunité qui lui est offerte d’incarner aux yeux du grand public l’écologie version Macron. Une écologie « du quotidien », comme on dit au sein de l’exécutif pour tenter de contrer les procès en inaction. Certes, la jeune femme parcourt le monde pour vanter la cause de la planète en tant que vice-présidente de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement. Mais elle peine à émerger en France. En août 2018, un sondage pour Le JDD assurait que 86 % des Français ne la connaissaient pas…

Lors de son arrivée au gouvernement, la novice apparaissait empruntée. « Elle avait un côté Bisounours agaçant », grince un conseiller ministériel. Passée par Veolia et l’Agence française de développement, expatriée pendant près d’une décennie, la native de Washington, aux Etats-Unis, incarnait aussi bien les qualités du macronisme – une figure de renouvellement issue de la société civile –, que ses défauts – l’inexpérience doublée du langage technocratique. Mais tout aurait changé, ou presque, depuis la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, en août 2018 :

« Au début, j’ai assumé de travailler en sous-marin. Nicolas Hulot prenait beaucoup de place médiatiquement. Aujourd’hui, mon sujet arrive à maturité. La loi est saluée par tout le monde. »

Surtout, son nouveau ministre de tutelle, François de Rugy, lui laisse le champ libre.

Une « pro du réseautage »

Cette diplômée de Sciences Po Aix-en-Provence et de la London School of Economics a aussi compris que le secret de la longévité en politique ne se niche pas seulement sur un plateau de télévision. Elue à la surprise générale députée du Vaucluse face au suppléant de Marion Maréchal-Le Pen en 2017, elle tâche de travailler un ancrage local qui reste balbutiant.

« Elle essaye de patrouiller dans sa circonscription dès qu’il y a une inauguration », remarque Julien Aubert, député Les Républicains du Vaucluse. La secrétaire d’Etat entend aussi peser sur les élections municipales dans son département : elle est l’une des rares ministres à avoir assisté, au printemps, aux auditions des référents locaux de sa circonscription par la direction de La République en marche.

Derrière la supposée candeur de cette ministre à l’allure toujours soignée se cache une farouche détermination. « Elle a toujours voulu réussir, c’est une pro du réseautage ! », assure un consultant qui a travaillé avec elle chez Veolia. Pendant sa campagne législative, la jeune femme avait fait appel à un chef de chœur pour améliorer ses prises de parole. Comme Emmanuel Macron, qui avait travaillé sa diction pendant la présidentielle avec le baryton Jean-Philippe Lafont.

« Elle a pris de l’assurance, elle fait preuve de davantage d’autorité, elle sort les dents », François Patriat, président du groupe LRM au Sénat

Souvent présentée comme sortie de nulle part, Brune Poirson, qui refuse de dire pour qui elle votait avant 2017 – « Je suis de l’extrême centre », élude-t-elle – a aussi bénéficié de quelques coups de pouce. Hubert Védrine, rencontré avec son mari lorsqu’elle travaillait en Inde, l’a notamment aidée à obtenir le tampon d’En marche ! pour les législatives, en envoyant un SMS au patron de la commission d’investiture, Jean-Paul Delevoye. « Cela a peut-être joué un rôle », souffle l’ancien ministre de François Mitterrand, qui veut se montrer optimiste au sujet de sa protégée : « Elle est en train de trouver ses marques. »

« Au début, elle était un peu scolaire, c’est vrai. Mais elle a pris de l’assurance, elle fait preuve de davantage d’autorité, elle sort les dents », loue François Patriat, président du groupe LRM au Sénat. « Elle prend des risques et a du panache, le président aime ça », ajoute un membre du premier cercle d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat ne l’a pourtant pas bombardée tête de liste aux élections européennes, hypothèse qu’ils avaient évoquée tous les deux. « Elle a un côté frais mais elle fait aussi un peu hors-sol », estime un proche.

Son rôle n’en reste pas moins crucial dans une période où le Haut Conseil climat souligne les « actions insuffisantes » du gouvernement. L’écologie, elle assure y être venue à l’instinct.

« Je vis par les sens, les émotions. Je ressens la nature, la beauté, l’esthétisme. Chez moi, il y a moins d’oiseaux qu’avant, moins d’insectes sur le pare-brise. Je ne peux pas m’y résoudre. »

La secrétaire d’Etat n’hésite pas à descendre dans la rue manifester au côté des jeunes pour le climat. Et fait mine de voir dans leur mobilisation un encouragement, et non un reproche.

La question de l’après

A l’en croire, le président de la République l’aurait d’ailleurs entendu. « Emmanuel Macron, c’est le premier président du XXIe siècle. Il ne peut pas ne pas accorder une place centrale à l’écologie », jure-t-elle. Imposer son projet de loi à l’agenda du gouvernement n’a pourtant pas été chose aisée. « Il y a eu des tests à Matignon et à l’Elysée pour voir si le départ de Hulot ne pouvait pas permettre de repousser le texte, assure une source au sein de l’exécutif. Au milieu du grand débat, Matignon se demandait s’il ne fallait pas refaire une étude d’impact. »

Une fois son projet de loi adopté, se posera la question de l’après. Elle assure ne pas y penser. La nomination d’Emmanuelle Wargon comme secrétaire d’Etat à ses côtés l’aurait pourtant fait tiquer, même si elle n’en a soufflé mot en public. « Elle a très mal vécu l’arrivée de Wargon, qui connaît le premier ministre, qui est énarque », reconnaît un proche d’Edouard Philippe. La mise en lumière de sa collègue, coanimatrice du grand débat, n’a pas aidé à rapprocher les deux femmes. Selon un stratège du chef de l’Etat :

« La question du prochain combat de Brune se pose Mais il faut la garder car elle incarne un truc très moderne : prendre un mégaphone pour parler devant 1 000 gamins qui manifestent pour le climat [le 15 février à Paris], ils ne sont pas beaucoup au gouvernement à savoir le faire. »

Cédric Pietralunga et Olivier Faye

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(1 commentaire)

    • Etienne Maillet on 15 juillet 2019 at 12 h 29 min
    • Répondre

    Passons sur le fond…inepte, pour préciser que l’esthétisme n’est pas l’esthétique: l’esthétisme est une esthétique maniérée, dégradée. L’esthétisme est proche de la laideur. L’antithèse de l’esthétique, donc. Et un contre-sens, doc pour Brune Poirson. Qu’apprend-on donc dans les écoles de l’élite. La problème dépasse celui des mots: qui ne sait manier les mots, ne sait manipuler les concepts. Voilà comment la loi sur l’économie circulaire, croissanciste par essence, ne résout rien mais aggrave tout. Encore faut-i savoir s’orienter dans le dédale des sophismes que nourrit cette fraction d’une génération gâtée de trop d’écrans et d’apprentissages bâclés, aux cerveaux passablement confus.

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