Un climat délétère et haineux envahit les précampagnes électorales
A une dizaine de jours du premier tour des régionales, et à moins d’un an de la présidentielle, c’est le retour des « tensions haineuses ». Le pays est « hyper tendu », soulignent des politologues, après une année focalisée sur le coronavirus, qui a mis des Français dans une « bulle de résignation et ressentiment « .

Le président de la République giflé lors de son déplacement dans la Drôme, les propos polémiques du patron des Insoumis prédisant un meurtre juste avant la prochaine présidentielle : à moins d’un an du scrutin, et alors que la campagne n’en est encore qu’à ses prémices, le climat est déjà particulièrement délétère et malsain…
Un pays « hyper tendu et hystérisé »
Aux yeux de certains politologues, ces épisodes illustrent un pays « hyper tendu et hystérisé « , après la « bulle du Covid ».
« Après une période où tout le monde était préoccupé par le Covid, c’est le retour du réel, des tensions de tout ordre, dans un pays hyper tendu », estime ainsi Jérôme Sainte-Marie (PollingVox), rappelant également la manifestation des policiers le 19 mai devant l’Assemblée nationale ou encore les tribunes polémiques de militaires dans l’hebdomadaire d’Extrême Droite Valeurs Actuelles.
Selon le politologue, la gifle d’Emmanuel Macron, condamnée unanimement par la classe politique, « rappelle les gilets jaunes ».
Mais avant cette gifle, mardi, la classe politique a été secouée par 48 heures de polémiques autour du patron de LFI Jean-Luc Mélenchon, taxé de « complotisme » pour ses déclarations mêlant attentats et élection présidentielle.
Et aussi par une vidéo, retirée depuis, du Youtubeur Papacito, militant d’Extrême Droite, simulant le meurtre d’un électeur gauchiste et condamnée « sans réserve et de la manière la plus ferme » par le Premier ministre Jean Castex, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale : « La haine, l’extrémisme, la violence sont irrémédiablement inconciliables avec nos valeurs fondamentales, avec notre projet politique et de la démocratie », a-t-il déclaré.
« Cette campagne pue la colère »
Dans les allées du Palais Bourbon, de nombreux députés appellent au calme après cette série d’épisodes, qui laissent redouter une campagne présidentielle très heurtée.
Au perchoir, le président de l’Assemblée Richard Ferrand (LREM) a cité l’historienne Mona Ozouf: « L’ensauvagement du langage annonce, prépare et fabrique l’ensauvagement des actes ».
« Il faut en sortir, il nous faut de la paix, de la paix sociale (…) C’est un climat inquiétant. Il faut redescendre sur terre et se parler loyalement. La fin de la pandémie nous appelle à vivre des moments de bonheur retrouvés, ça ne doit pas être de la violence », insiste le communiste Fabien Roussel, lui-même candidat à la présidentielle 2022.
« C’est très tendu partout. La violence qu’on a dans l’hémicycle, dans le débat public, ça ne conduit pas à une société apaisée. Je pense que cette campagne pue. Et c’est à cause aussi du personnel politique. Personne n’en sortira gagnant », glisse le député LREM Patrick Vignal.
Selon le premier secrétaire du PS Olivier Faure, « il est temps que certains se reprennent. Nous ne pouvons pas connaître après ces jours qui ont été des jours de folie, une année complète, celle de la présidentielle » du même ordre. Le député LR Julien Aubert s’inquiète lui d’une « époque qui ne respecte plus rien », ni les « professeurs », ni « les maires », ni « les députés » ni « le président de la République ».
Interrogé sur Jean-Luc Mélenchon et la vidéo Youtube, le président Emmanuel Macron a lui aussi appelé « tout le monde au respect et au calme ». A propos de la gifle, il a voulu « relativiser », dénonçant des « faits isolés », commis par « des individus royalistes ( d’Extrême Droite) ultraviolents » qui ne « méritent pas », selon lui, qu’on les laisse « prendre possession du débat public ».
Emmanuel Macron aux gens : « Ne pas relâcher, nous sommes sur la bonne voie »
La faute aux réseaux sociaux ? Extrême Droite et Extrême Gauche usant des mêmes méthodes !
Aux yeux de l’historien Jean Garrigues, « cette hystérisation du débat politique est très liée aux réseaux sociaux qui répercutent et amplifient le moindre incident ». « Elle est due au relâchement et à l’hystérisation du vocabulaire des politiques eux-mêmes. Extreme Droite et Extrême Gauche se retrouvant dans une même sensibilité, même réactivité, même colère et même hystérie et même rage ! On est dans un climat très malsain », met-il aussi en garde.
L’universitaire voit dans la claque infligée à Emmanuel Macron la « caractéristique française » d’une « concentration du mécontentement sur le président de la République, due à la toute-puissance qu’on lui prête et à la forme des institutions ». Mais aussi une frustration d’ une partie des exaspérés de na pas participer aux mutations et transitions engagées dans la société. Les Trumpistes français alimentés par le négationnisme, le complotisme et le conspirationnisme et autres dérives sectaires.
L’incident se produit pourtant à un moment où il bénéficie d’un regain de sa cote dans les enquêtes, note Jérôme Sainte-Marie. « Il est moins impopulaire que ses prédécesseurs et a renforcé sa base sociale durant le Covid ».
« Mais on est en train de sortir de la bulle et le pays se regarde à nouveau dans le miroir. Avec les problématiques de violence ou de crispations sociales, alors que des réformes comme celle des retraites » refont surface, ajoute-t-il. Et de rappeler au passage une autre « gifle » infligée à l’ex-Premier ministre Manuel Valls en 2017 lors d’un déplacement en Bretagne, pendant sa campagne à la primaire de la gauche. Construire une société sur la colère et la haine, proférées à l’extrême Droite et Extrême gauche c’est c’est l’annonce d’une société fascisante… Rappelons nous les discours de Mussolini ou de Pol-Pot . A nous simples citoyennes et citoyens d’empêcher le retour des monstres.
Nous, drômoises et drômois, sommes blessés que la Drôme donne cette image de violence et irrespect.
Nota : Emmanuel Macron giflé : comment l’évènement est perçu à l’étranger
Du New York Times au Guardian, l’agression contre le chef d’Etat dans la Drôme mardi a rapidement fait les titres dans le monde entier. Revue de presse.
L’indignation est générale, et la classe politique dans son ensemble a immédiatement condamné le geste. Emmanuel Macron a été giflé mardi après-midi par un homme poussant le cri de guerre royaliste « Montjoie Saint-Denis ! » lors d’un déplacement à Tain-l’Hermitage, dans la Drôme.
« Il faut relativiser cet incident qui est, je pense, un fait isolé » commis par « des individus ultraviolents », a commenté Emmanuel Macron quelques heures plus tard auprès du Dauphiné Libéré.
« Un appétit pour serrer la main et débattre vigoureusement »
L’agression du président de la République a rapidement fait les titres de la presse internationale, à l’image de CNN. En plus de raconter la scène, le site de la chaîne d’info en continu américaine note qu’Emmanuel Macron « est actuellement sur une offensive de charme, avec l’élection présidentielle française dans moins d’un an et à quelques semaines des élections régionales des 20 et 27 juin ». Comme le relate CNN, fin avril dernier, le chef de l’Etat avait déclaré à la presse régionale qu’il souhaitait « se rendre dans les régions pour prendre le pouls du pays, pour entrer en contact avec les gens.
The Guardian rapporte également qu’Emmanuel Macron a entamé la semaine dernière un tour de France politique de six semaines visant à « prendre le pouls » du pays à la sortie de la crise du coronavirus, le dirigeant français ayant prévu d’effectuer deux visites régionales par semaine jusqu’à la mi-juillet.
Si, pour le New York Times, Emmanuel Macron « a montré un appétit pour serrer la main, se mêler à la foule et débattre vigoureusement » avec les Français, toutefois, « son style en partie professoral, en partie accusatoire a parfois donné lieu à des interactions brutales qui deviennent rapidement virales et qui, selon les critiques, sont la preuve qu’il est déconnecté et méprisant. » Le quotidien américain rappelle que « se promener dans la rue » pour échanger avec les citoyens « est beaucoup plus facile pour les dirigeants français » dans la mesure où « les déplacements sont beaucoup moins restreints par les services de sécurité que leurs homologues américains ».
« Les présidents français souvent exposés »
Pour autant, comme le note sur Twitter Thomas Walde, correspondant de la télévision publique allemande ZDF, « l’atmosphère politique était tendue en France bien avant cela » et « ce geste ne manquera pas d’alimenter un peu plus les débats sur la culture politique dans le pays. »
Comme le relate Courrier International, le quotidien espagnol La Vanguardia note pour sa part qu’en plus de quatre années à l’Élysée, « c’est la première fois » qu’Emmanuel Macron connaît une telle mésaventure, même s’il a été « vilipendé » lors de nombreuses manifestations, et notamment « lors de la révolte des gilets jaunes ».
Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un président de la République est pris à partie en France, rappelle la chaîne d’information arabophone américaine Al-Hurra : « Les présidents français sont souvent exposés à ce type d’incidents. Les Français gardent encore en mémoire les images du président Nicolas Sarkozy se faisant insulter au salon de l’agriculture. »
MCD
Il y a de la colère ? « Il y a de la bêtise, et quand la bêtise s’allie à la violence, elle est inacceptable »
Eva
« Pas de journée sans plein de titres « en colère ». Ce qui donne l’impression que la France est peuplée de 66 millions d’habitants à bout de nerfs, en burn-out, surexcités, prêts à tout casser », assure Philippe Le Berre, qui estime que les médias se laissent aller à la facilité et devrait puiser dans la variété du vocabulaire français.
L’actualité intérieure telle que relatée par l’ensemble des médias est désormais emplie du terme « colère » répété à satiété. Aucun moyen d’y échapper. C’est la colère des ceux-ci, des ceux-là, des ceux-ci-ceux-là. Pas de journée sans plein de titres « en colère ». Ce qui donne l’impression que la France est peuplée de 66 millions d’habitants à bout de nerfs, en burn-out, surexcités, prêts à tout casser. Même pour le brave Droopy de Tex Avery, s’il protestait de sa manière béate habituelle, il serait titré « La colère de Droopy » !
Prenons votre numéro du jour. On titre ici sur « La colère des travailleurs sociaux », là sur « Marine Le Pen qui appuie la colère des préfets ». Mince alors ! Les préfets sont en colère ? C’est un comble ! Vont-ils appeler à l’insurrection ? Au côté de l’armée ?
Il me semble que cette « colérisation » de l’information est très exagérée, déforme la réalité et produit du stress bien inutile. Notre langue comporte d’ailleurs suffisamment de termes pouvant mieux refléter le climat politique et social, tels que protestation, revendication, désaccord, opposition, hostilité, incompréhension, etc. Je lance donc modestement un appel à sortir de la dictature du colérique, à bannir l’ire permanente et à qualifier les faits d’actualité de la manière la plus appropriée.
Philippe Le Berre, Les Sables d’Olonne (Vendée)