« Faire le choix de l’énergie renouvelable, et singulièrement celui de l’éolien, c’est d’abord faire le choix d’une ressource énergétique française »
Un collectif de 115 élus locaux, parmi lesquels Xavier Desmots, adjoint au maire de Rennes, Yves Nicolin, maire de Roanne, ou Jacques Pallas, maire de Saint-Georges-sur-Arnon, qui disposent d’un parc éolien ou sont impliqués dans un projet éolien sur leur territoire, défendent, dans une tribune au « Monde », l’usage de cette énergie renouvelable.
Tribune. Depuis plusieurs semaines, nous assistons à une campagne de dénigrement du développement des énergies renouvelables, et en particulier de l’énergie éolienne, qui choque de nombreux Français et les élus locaux de la République que nous sommes par sa violence, son obscurantisme et son populisme.
Pourtant, la facture énergétique des ménages dépasse les 3 000 euros par an, un foyer sur dix est en situation de précarité énergétique, et la facture énergétique de la France à l’international approche les 45 milliards d’euros, soit près de 2 % du produit intérieur brut (PIB). Sans évolution massive de nos modes de consommation énergétique pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, certains territoires français dépasseront à certaines périodes les 50 °C d’ici à 2050 avec des conséquences désastreuses sur le quotidien des Français, sur leur santé, leur environnement et leur activité professionnelle.
Contribuer à la transition énergétique de la France est un devoir, une fierté et même une chance pour nos territoires et pour notre pays !
Un autre avenir énergétique
Partout, nous, élus locaux, avec les citoyennes et citoyens, avec les acteurs économiques et associatifs locaux, faisons le choix d’inscrire le pays dans un autre avenir énergétique. Un avenir plus responsable, plus local et moins mondialisé, plus autonome, solidaire et participatif, plus moderne et dynamique en valorisant les richesses énergétiques renouvelables de notre pays plutôt que les énergies du passé, plus respectueux de la planète et donc de nos générations futures.
Il serait temps que les « anti » disent aux Français quelles solutions énergétiques crédibles ils proposent pour permettre à 67 millions de Français de se chauffer ou de se déplacer
Car faire le choix de l’énergie renouvelable, et singulièrement celui de l’éolien, c’est d’abord faire le choix d’une ressource énergétique française et non plus importée massivement des quatre coins du globe. C’est faire le choix de l’autonomie énergétique, garante d’une stabilité des prix pour le consommateur, plutôt que de dépendre des marchés mondialisés de l’énergie : du gaz russe, de l’uranium du Niger ou du pétrole de la péninsule Arabique, pays souvent instables dont nous dépendons massivement et donc dangereusement aujourd’hui.
C’est aussi faire le choix de nouvelles ressources financières pour nos territoires, et nous n’avons pas honte de le défendre, car nous préférons donner de nouveaux moyens financiers à nos services publics, à nos entreprises locales et à nos populations, plutôt que d’enrichir d’autres pays exportateurs de pétrole, de gaz, de charbon ou d’uranium. Développer les énergies renouvelables, c’est une forme de patriotisme au sens noble du terme, une forme de reconnaissance et de valorisation de la richesse de notre pays, durable et non délocalisable.
Faire le choix de l’énergie renouvelable c’est aussi faire le choix de la responsabilité sociale et sociétale de chaque territoire, car dans chaque territoire se pose la question de nos choix énergétiques individuels et collectifs. De ce point de vue, il est tellement facile d’être « anti-éolien ». Mais il serait temps que les « anti » disent aux Français quelles solutions énergétiques crédibles ils proposent pour permettre à 67 millions de Français de se chauffer ou de se déplacer.
Vérité en face
Les « anti » souhaitent-ils des éoliennes chez leurs voisins mais pas chez eux ? Ou plutôt des centrales nucléaires chez leurs voisins mais pas chez eux ? Ou de grandes turbines au gaz, au fioul ou au charbon chez leurs voisins mais pas chez eux ?
Les « anti » défendent-ils plutôt une réduction drastique des consommations d’énergie des Français pour éviter de créer de nouveaux équipements de production d’énergie ?
Cela doit être une priorité incontestablement, mais quelles sont leurs propositions concrètes ? Des obligations de rénovation ? Des aides beaucoup plus importantes pour accélérer la rénovation énergétique des logements ? Sans aucun doute, mais alors pourquoi les « anti » ne se battent pas pour ces idées ?
Peut-être tout simplement parce qu’avoir une vraie stratégie énergétique oblige à regarder la vérité en face, avec courage et sens des responsabilités, en se demandant non pas « quelles installations de production d’énergie je ne veux pas sur mon territoire », mais « quelles installations énergétiques je souhaite sur mon territoire pour me permettre de me chauffer, de m’éclairer et de me déplacer ».
Des retombées économiques locales
A moins qu’il ne s’agisse de laisser à d’autres, d’autres territoires, d’autres pays, d’autres générations la responsabilité de trouver des solutions que nous n’osons pas assumer pour nous-mêmes. Plutôt que d’instrumentaliser les interrogations ou les inquiétudes légitimes des riverains autour du développement des énergies renouvelables de manière calomnieuse sur les risques encourus, nous pensons qu’il faut faire évoluer la relation aux énergies renouvelables. Elles ne doivent plus être perçues comme le projet d’un opérateur ou d’une collectivité mais le projet d’une population et d’un territoire.
Les énergies renouvelables ne doivent plus être perçues comme le projet d’un opérateur ou d’une collectivité mais le projet d’une population et d’un territoire
Nous pensons que l’effort de développement des énergies renouvelables doit être davantage réparti entre les territoires, qui doivent tous faire leur part de l’effort de production d’énergie durable. Nous pensons également que ces projets doivent être impérativement partagés avec les élus locaux et avec les populations, qui sont parfaitement capables de comprendre que des outils de production d’énergie doivent se développer dans chaque territoire dès lors que chaque habitant consomme de l’énergie.
Chacun de ces projets doit garantir des retombées économiques locales, à la hauteur de l’effort responsable réalisé et en généralisant progressivement la participation des collectivités et des populations au financement de ces installations. Beaucoup de nos concitoyens ont déjà fait ce choix en investissant leurs économies dans des parcs éoliens et solaires. Un nombre croissant de projets est porté directement par des coopératives citoyennes locales qui se réapproprient la question de l’énergie et appréhendent dès lors très différemment les enjeux de sobriété.
Nous pensons enfin que le développement des installations de production d’énergie sera d’autant mieux maîtrisé et accepté lorsque les modes de consommation seront plus efficaces et économes, et que nous utiliserons tous les leviers énergétiques de notre pays : chaleur renouvelable, gaz renouvelable et électricité renouvelable.
Un développement responsable, assumé, harmonieux
Alors oui, dans l’Indre, la Drôme, la Seine-Maritime, le Nord-Pas-de-Calais, le Jura, l’Aveyron, l’Yonne, la Loire-Atlantique et dans d’autres départements, nous, élus locaux ancrés dans près de la moitié des départements français, nous nous engageons en faveur des énergies renouvelables et de l’énergie éolienne. Nous bâtissons des projets conciliant production d’énergie décarbonée, préservation de l’environnement, protection des paysages locaux et de la faune, acceptabilité locale et relance économique.
Car si nos territoires sont riches de leur histoire et de leurs paysages, qui font partie de leur identité, ils ont aussi leur rôle à jouer dans la grande transition du pays. La France a un patrimoine historique majeur qu’il s’agit de préserver et de mettre en valeur. Elle a aussi un patrimoine énergétique qu’il s’agit de valoriser dans l’intérêt des territoires. Chacun doit aujourd’hui prendre ses responsabilités devant l’histoire. L’histoire passée mais aussi celle à venir.
Forts de ces constats, nous réaffirmons aujourd’hui que nous croyons à un développement éolien responsable, partagé, assumé, harmonieux, qui trouve sa juste place dans la vie de nos territoires et de ses habitants. Chez nous, les riverains et les opérateurs économiques s’engagent main dans la main avec les collectivités dans des projets respectueux des paysages et des populations. Transparence, partage, prévention, respect du patrimoine historique et naturel, développement économique local sont les maîtres mots de l’acceptabilité des projets avec des concitoyens qui deviennent plus exigeants, envers eux-mêmes, envers nous, envers les pouvoirs publics.
Arrêtons de braquer les Français avec les questions énergétiques ! Responsabilisons-les ! Associons-les ! Arrêtons d’opposer les causes et les enjeux, concilions-les ! Soyons fiers de nos énergies renouvelables, composantes désormais essentielles de l’avenir de nos territoires comme l’ont été, en leur temps, les moulins à eau ou à vent ! Soyons fiers de ce patrimoine énergétique local et national, de cette réponse française aux enjeux énergétiques et climatiques mondiaux, de cette contribution essentielle à l’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants et de notre environnement.
Liste des premiers signataires : Marie Atinault, vice-présidente de la Métropole Rouen-Normandie (76) ; Franck Aubin, maire de Beaupreau-en-Mauges (49) ; Fabrice Aupetit, maire de Beddes (18) ; Jean-Claude Bages, maire de Mercœur (43) ; Ivan Barbier, conseiller municipal de Bellevigne-en-Layon (49) ; Bernard Beaucher, maire de Brinay (18) ; Bernadette Beaufort-Michel, maire de Rageade (15) ; Alain Bécard, maire de Quincy-le-Vicomte (21) ; Micheline Bernard, maire de Forges (17) ; Patrick Bisson, maire d’Ineuil (18) ; Thomas Blactot, conseiller municipal d’Armentières (25) ; Jean-Marie Blondelle, maire de Guyencourt-Saulcourt (80) ; Grégory Bonnet, maire de Montcel (63) ; Jean-Luc Brahiti, maire de Saint-Jeanvrin (18) ; Aline Bray, maire d’Orée-d’Anjou (49) ; Jean-Paul Buellet, maire de Confrançon (01) ; Marc Cagnard, maire de Croissy-sur-Celle (60) ; Bernard Castanier, maire de Lestrade-et-Thouels (12) ; Patrice Champion, maire de Bossus-lès-Rumigny (08) ; Pascal Chasles, maire délégué de Roman (Mesnils-sur-Iton, 27) ; Bernard Chaudouet, maire de Choilley-Dardenay (52) ; Philippe Chavroche, maire de Taillis (35) ; Michel Cheymol, maire d’Audes (03) ; Philippe Cocheril, adjoint au maire de Saint-Jacques-de-la-Lande (35) ; Eric Cornuaud, maire de La Faye (16) ; Guillaume Coutey, maire de Malaunay (76) ; Olivier d’Araujo, maire de Prin-Deyrançon (79) ; Valérie Da Silva Ferreira, vice-présidente de Mauges Communauté (49) ; Yvonnick David, adjoint au maire de Corps-Nuds (35) ; Olivier Dehaese, maire d’Acigné (35) ; René Delattre, maire de Miraumont (80) ; Denis Delbroucq, maire de Chamole (39) ; Cédric Delmotte, maire de Boiry-Saint-Martin (62) ; José De Pinho, maire de Cry (89) ; Anne-Sophie Descamps, maire adjointe d’Aigrefeuille-d’Aunis (17) ; Xavier Desmots, adjoint au maire de Rennes (35) ; Gilles Desnouveaux, maire de Reynel (52) ; Christophe Douge, maire de Montrevault-sur-Evre (49) ; Laurent Dubost, conseiller municipal d’Orvault (44) ; Monique Febvre, maire d’Aubaine (21) ; Michel Feyrit, président du Siphem (Syndicat interterritorial du Pays du Haut Entre-deux-Mers, 33) ; Martine Fourdraine, maire d’Ids-St-Roch (18) ; Olivier Gallien, maire d’Oigny (21) ; Jany Garot, maire de Voisey (52) ; Régis Georget, conseiller municipal de La Mézière (35) ; Laurent Gérault, vice-président de SEM Croissance verte ; Philippe Giganon, maire de Peux-et-Couffouleux (12) ; Philippe Girardin, maire de Lapoutroie (68) ; Jean Giraud, maire de Saint-Priest-la-Marche (18) ; Henri Goardon, maire de Goulien (29) ; Jean-Louis Gonon, maire de Nuits (89) ; Philippe Graillot, maire de Vesaignes-sous-Lafauche (52) ; Maurice Grosset, maire de Longechaux (25) ; Didier Guénin, maire de Buxières-d’Aillac (36) ; Michel Guerre, adjoint au maire de Felluns (66) ; Daniel Guillotin, conseiller municipal de Rennes (35) ; Laurent Hamon, vice-président de Rennes Métropole (35) ; Patrick Hardouin, maire de Neuville-aux-Bois (45) ; Philippe Heitz, maire de Burdignes (42) ; Gilles Herault, maire d’Ardenais (18) ; Raymond Houeix, maire de Le Cours (56) ; Didier Huchon, maire de Sèvremoine (49) ; Claude Kaiser, maire de Ménil-la-Horgne (55) ; Nicolas Karmann, maire de Manhoué (57) ; Pascal Kaud, maire de Juillé (16) ; Marine Kechid, conseillère municipale de La Mézière (35) ; Danielle Lamalle, maire de Thorey-sur-Ouche (21) ; Philippe Lebègue, maire de Marsangis (51) ; Francis Leclerc, maire de Reffroy (55) ; Francis Legoux, maire de Montigny-sous-Marle (02) ; Jean-Claude Lemaire, maire de Joux-la-Ville (89) ; Daniel Lenoir, maire de Villaines-la-Juhel (53) ; Bruno Létienne, maire de Ravières (89) ; Henri Letourneau, maire de Dampierre-en-Gracay (18) ; Nicole Lozano, conseillère municipale d’Aubière (63) ; Gérard Lucien, maire de Treilles (11) ; Edouard Mabire, vice-président de CA Cotentin (50) ; Jean-François Mariemberg, maire d’Allondrelle-la-Malmaison (54) ; Hervé Martin, maire de Chemillé-en-Anjou (49) ; Jean-Marc Mercier, adjoint au maire de Brissac-Loire-Aubance (49) ; Laurent Meunier, maire de Frozes (86) ; Emmanuel Michel, maire de Téterchen (57) ; Thierry Mocquet, maire de Prez-sous-Lafauche (52) ; Alain Morançais, maire de Lavernat (72) ; Yves Nicolin, maire de Roanne (42) ; Jacques Pallas, maire de Saint-Georges-sur-Arnon (36) ; Christophe Parent, maire de Montigny-en-Arrouaise (02) ; Bruno Paris, vice-président de Lorient Agglomération (56) ; Pascal Pauvrehomme, maire de Sainte-Lizaigne (36) ; Luc Pelé, conseiller intercommunal de Mauges Communauté (49) ; Philippe Peltier, maire de Callengeville (76) ; Luc Perrin, maire de Saint-Priest-en-Murat (03) ; Gaëlle Pierre, adjointe au maire de Bruz (35) ; Fabrice Pigois, maire de Préveranges (18) ; Gilles Piton, maire de Mauges-sur-Loire (49) ; Jean-Louis Portal, maire d’Ally (43) ; Yves Prévot, maire de Vouillon (36) ; Denis Raimbault, conseiller intercommunal de Mauges Communauté (49) ; Jean-Louis Rémy, conseiller municipal de Cintegabelle (31) ; Thierry Restif, maire de Retiers (35) ; Régine Rezeau, maire de Sepmes (37) ; Gérard Richard, maire de Dissay-sous-Courcillon (72) ; Tristan Riom, maire adjoint de Nantes (44) ; Michelle Rivet, maire de Marçais (18) ; Thierry Romero, maire délégué de Grandvilliers (Mesnils-sur-Iton, 27) ; Jacques Rossi, maire de La Perche (18) ; Philippe Salmon, maire de Bruz (35) ; Joël Triballier, adjoint au maire de Le Cours (56) ; Johann Vacandare, adjoint au maire de Cahors (46) ; Christine Vaillant, maire de Coulours (89) ; Olivier Vitré, maire de Saint-Paul-du-Bois (49) ; Frédéric Weisz, vice-président de Dieppe Maritime (76) ; Michel Zdan, maire de Grazac (31).
Lien vers la liste complète des signataires sur le site d’Amorce, réseau national des territoires engagés dans la transition écologique.