SCHUBERT AU JARDIN
Quatuor Barbaroque
Gédéon Richard – Baryton
Franz Peter Schubert est né le 31 janvier 1797 près de Vienne. Son père, qui est instituteur, lui enseigne très jeune le violon, et son frère le piano. En 1808, il entre comme choriste à la chapelle impériale de Vienne et devient l’élève d’Antonio Salieri, directeur de la musique à la cour. Il commence alors à composer des quatuors à corde, des ouvertures et des pièces pour piano. C’est en 1813 que cet admirateur de Mozart écrit sa première symphonie, suivie en 1814 d’une Messe en fa majeur et de plusieurs lieder, parmi lesquels figure le magnifique Marguerite au rouet. L’année suivante, il s’attaque à deux autres symphonies et messes, mais compose également cent-quarante-six lieder, dont Le roi des aulnes, et il s’initie à la musique de chambre ainsi qu’à l’opéra. Sa fameuse mélodie la Truite date de 1817, et en 1822, il écrit une Grande messe en la bémol ainsi que sa célèbre huitième Symphonie inachevée en si mineur. La même année, il est contaminé par la syphilis et son œuvre ne se consacre plus qu’à la mort, un thème qui le hante déjà depuis quelques années. Les chefs-d’œuvre Le voyage en hiver de 1828 et La jeune fille et la mort de 1826 le prouvent.
– Winterreise (Voyage d’hiver), est un cycle de 24 lieder pour piano et voix, composé par Franz Schubert en 1827, un an avant sa mort, sur des poèmes de Wilhelm Müller. « Winterreise est l’un des cycles les plus bouleversants de toute l’histoire de la musique ». La sobriété du discours musical, son intériorité douloureuse, son impression d’immobilité emportent l’auditeur du premier au dernier lied, qui ne conclut pas, s’arrêtant juste au bout de la solitude, « au seuil de la démence » (Einstein). Les poèmes de Müller correspondent parfaitement à l’état d’esprit du compositeur à ce moment-là : fatigué, découragé, il se reconnaît dans le narrateur dès qu’il découvre les poèmes. Voyage et solitude sont les thèmes principaux et ce qui appartient au bonheur n’apparaît que sous forme de souvenir et d’illusion.
1 Gute Nacht (Bonne nuit) Fremd bin ich eingezogen, Fremd zieh’ ich wieder aus. Étranger je suis venu, Étranger je repars. La nuit est annoncée ; on la veut bonne comme l’annonce le titre ; mais c’est dans les ténèbres qu’il faut chercher le chemin. Il s’agit d’une marche, le voyage inexorable commence, campé par l’introduction.
2. Die Wetterfahne (La Girouette) Der Wind spielt mit der Wetterfahne Auf meines schönen Liebchens Haus Le vent joue avec la girouette Sur la maison de ma bien-aimée
3. Gefrorene Tränen (Larmes gelées) Gefrorne Tropfen fallen Von meinen Wangen ab Des larmes gelées tombent De mes joues Ce lied est un quasi récitatif. Les larmes sont présentées en deux formes opposées : brûlure chaude des larmes et brûlure glacée en l’absence d’émotions.
4. Erstarrung (Engourdissement) Ich such’ im Schnee vergebens Nach ihrer Tritte Spur En vain,je cherche dans la neigeLa trace de ses pasLa marche reprend, monotone et hypnotique –
5. Der Lindenbaum (Le Tilleul) Am Brunnen vor dem ToreDa steht ein Lindenbaum À la fontaine, devant le porche S’élève un tilleul À l’époque de Müller, le tilleul est un symbole d’une nature douce et bienfaisante, il est l’arbre de l’amour, le lieu de rendez-vous galant31. Mais il est ici à double sens : le passé ne suffit pas
6. Wasserflut (Inondation) Manche Trän’ aus meinen AugenIst gefallen in den Schnee Mainte larme de mes yeux est tombée dans la neige L’accompagnement « est soutenu par une seule pulsation , on dirait le pas d’un homme qui se force à aller de l’avant34. »
7. Auf dem Flusse (Sur la rivière) Der du so lustig rauschtest, Du heller, wilder Fluß Toiqui bruissais si joyeux, Toi fleuve clair et impétueux La rivière est gelée.
8. Die Krähe (La Corneille) Eine Krähe war mit mir Aus der Stadt gezogen Une corneille était avec moi Quand j’ai quitté la ville9. Der Leiermann (Le joueur de vielle) Drüben hinterm Dorfe Steht ein Leiermann. Là–bas, derrière le villageSe tient un joueur de vielle. Le « roman musical s’achève sur la vision d’un misérable joueur de vielle que les chiens houspillent et à qui personne ne tend la main, image trop certaine de l’artiste qui œuvre dans les ténèbres, dans l’hostilité ou l’indifférence générale1. » La détresse est totale ; comme le dépouillement harmonique et mélodique, réduit à une pédale en bourdon en quinte et une unique phrase mélodique qui renforce la monotonie et la désolation. Comme si la musique elle-même avait fui, tel le cœur mort du voyageur. ……………………………………
– Der Erlkönig
Der Erlkönig fut composé un après-midi d’automne de 1815 par Schubert, âgé alors de dix-sept ans. Le poème mis en musique est de Goethe. Les thèmes développés dans le poème sont typiquement romantiques : la mort, la nuit, le fantastique, la peur, la forêt, etc.. Le caractère de la musique change en fonction des personnages mis en scène (le narrateur, le père, l’enfant, Le roi des Aulnes (la mort). Par une nuit d’orage, un père chevauche, à travers une forêt sombre, avec son jeune fils dans ses bras. L’enfant croit voir dans l’obscurité la forme du roi des Aulnes et il est effrayé. Le père calme son fils : ce qu’il voit n’est que « le brouillard qui traîne ». Avec un discours persuasif, le roi des Aulnes invite le « gentil enfant » à venir dans son royaume pour se distraire avec ses filles. Le père essaie de trouver une explication naturelle à ses hallucinations : ce ne serait que le bruissement des feuilles et le reflet d’arbres centenaires. Mais la vision est plus menaçante, et le fils est pris de panique. Lorsque le roi des Aulnes saisit l’enfant, le père perd son sang-froid et essaie de galoper aussi vite qu’il peut, mais l’enfant meurt. – Standchen Sérénade – Ludwig Rellstab Mes chansons implorent doucement

Toute la nuit jusqu’à toi Dans les bosquets tranquilles Bien-aimée, viens à moi!
– Sonate pour arpeggione et pianoforte C’est une sonate lyrique pour arpeggione et piano-forte en trois mouvements, composée en 1824. Cette sonate est une des seules compositions importantes connues pour arpeggione (ou guitare-violoncelle, ou guitare à archet, instrument à six cordes variante de la viole de gambe baroque2, aujourd’hui disparu, inventé en 1823 par un luthier autrichien Il s’agit très probablement d’une commande de son ami Vincenz Schuster, guitariste affirmé, virtuose de l’arpeggione . Cet instrument fut très peu utilisé et vite oublié, à cause de la difficulté de jouer de ses 6 cordes. Il n’en existe à ce jour qu’une douzaine d’exemplaires dans le monde (copies comme originaux). Il est probable qu’elle ait été interprétée pour la première fois avant la fin de 1824 chez Schuster, avec Schubert au piano. – Andante du Trio op100 pour piano, violon et violoncelle On rapporte qu’un ténor suédois du nom d’Isak Albert Berg interpréta, lors d’un séjour à Vienne durant l’hiver 1827/28, des chants populaires suédois “d’une extraordinaire beauté”. Schubert en aurait été émerveillé au point de s’inspirer des plus beaux d’entre eux pour concevoir les thèmes de son trio en mi bémol. L’un d’entre eux, Se solen sjunker (“Vois le soleil décliner”) est à l’origine du thème du mouvement lent, à la fois sublime et quelque peu oppressant. Le début élégiaque, si troublant, est cependant typiquement schubertien. Personne d’autre que lui n’aurait su développer un tel mouvement à partir de cette mélodie. On retrouve cet Andante dans le film de S .Kubrick « Barry Lindon » ————————————————————————————————————————————–
Le Quatuor Barbaroque et Gédéon Richard (baryton) se connaissant depuis plusieurs décennies, ils ont partagé moult aventures musicales – Fêtes Nocturnes du château de Grignan, Concerts avec l’ensemble vocal Ripitiki…), et leur complicité est solidement établie. Le « Voyage d’hiver » a fait l’objet de beaucoup d’interprétations, depuis des transcriptions pour orchestre symphonique à des versions modernes … »Electro »! La musique de Schubert se prête à merveille à l’instrumentarium Barbaroque. Ses lieds peuvent parfaitement être traités comme des » chansons « . Les sonorités des instruments du quatuor Barbaroque – orgue de barbarie, tympanon, bandonéon et contrebasse- soulignent à merveille les ambiances que le compositeur tisse autour de ses mélodies.
PROGRAMME – Sonate pour Arpeggione & pianoforte – Le voyage d’Hiver (extraits) – Andante du trio Op 100 pour piano, violon et violoncelle
– Der Erlkonig (Le Roi des Aulnes) – Stanchen Transcriptions : Quatuor Barbaroque Gédéon Richard: Baryton Marie Claire Dupuy: Tympanon Didier Capeille : Contrebasse Alain Territo : Bandonéon Patrick Mathis: Orgue mécanique