Éco anxiété, dépression climatique, solastalgie ou burn-out bio, l’angoisse face à l’avenir écologique a plusieurs noms qui recouvrent une seule réalité : celle de l’inquiétude face à un avenir incertain. Les crises climatiques et environnementales rendent confuse et angoissante la perception de l’avenir de la planète et de ses habitants. Le manque de perspectives face aux catastrophes annoncées déclenche chez certaines personnes une grande anxiété qui devient handicapante dans les tâches du quotidien et dans la construction de leur vie.L’éco anxiété a commencé à être décelée chez les personnes travaillant dans le domaine de l’écologie, comme les activistes ou les journalistes spécialisés. « En tant que journaliste spécialisée en écologie pendant 15 ans, je suis tombée en éco-dépression », raconte Laure Noualhat, auteure du livre Comment rester écolo sans finir dépressif. Aujourd’hui, l’éco anxiété touche de plus en plus de personnes, fervents militants ou pas.

L’éco anxiété alimentée par de nombreuses incertitudes sur le futur

Pour 75 % des jeunes entre 16 et 25 ans, l’avenir est terrifiant, selon l’étude du Lancet menée dans 10 pays. Pour 83 % des jeunes interrogés, c’est l’humain qui est en cause en n’ayant pas fait assez pour la planète. Les catastrophes naturelles, l’augmentation de la température et la montée des eaux sont des preuves de plus en plus visibles du dérèglement climatique. L’inquiétude monte à mesure que la réalité du changement climatique se concrétise.

L’éco anxiété touche ainsi de plus en plus de personnes. « Les gens réalisent que ce n’est pas pour demain, le changement climatique et ses conséquences sont aujourd’hui », déclare Charline Schember, psychothérapeute.

Le spleen de l’Accord de Paris

Des professionnels de la santé mentale se spécialisent dans l’étude de cette nouvelle affliction. En France et aux États-Unis, des psychiatres se regroupent afin de créer des formations pour leurs collègues et faire des études sur l’éco anxiété. Dans un article de The Guardian, un psychiatre américain témoigne sur sa non-préparation à la gestion de cette nouvelle forme d’angoisse. Beaucoup de ses confrères ressentent le même sentiment d’impuissance face à un nouveau problème qu’ils n’avaient jamais rencontré, alors que l’Association Américaine de Psychiatrie a reconnu le dérèglement climatique comme une véritable menace pour la santé mentale.

Charline Schember a décidé de faire de son site et de son cabinet un lieu où les personnes peuvent se renseigner sur l’éco anxiété et en parler à une professionnelle. 80 % de sa patientèle vient la voir pour apprendre à vivre avec l’éco anxiété. « À chaque fois qu’il y a un nouveau fait dans l’actualité climatique, comme le rapport du Giec le 9 août, il y a une augmentation de la prise de rendez-vous », explique la psychothérapeute, « L’inquiétude des personnes se révèle souvent à un moment charnière de leurs vies comme les études ou la décision d’avoir un enfant ».

L’acceptation d’un monde nouveau et incertain

 « Il faut faire le deuil du 20ème siècle, du Just Do It », explique Laure Noualhat. L’auteure expose que l’acceptation de cette réalité est ce qui prend le plus de temps. Il est nécessaire de passer par chacune des étapes de ce deuil avant d’arriver à vivre avec. Se concentrer sur le présent et sur ce que l’on peut faire à son échelle sont deux des solutions pour réussir à contenir l’éco anxiété. L’action, quelle qu’elle soit (engagement politique, engagement dans une association, militantisme, gestes quotidiens), permet de se concentrer sur le présent et surtout de ne plus imaginer l’avenir comme inexistant. Si l’on se bat c’est pour un but réel, ce n’est pas vain.

Afin de pouvoir agir et surtout de comprendre ce qui arrive, Laure Noualhat conseille également de se reconnecter à la nature. Dans une précédente interview à GoodPlanet Mag’, le militant écolo et cinéaste Cyril Dion a développé le même point de vue : « Le fait d’être dans un monde très artificialisé ne nous aide pas à comprendre à quel point on a besoin de la biodiversité.[…] Je pense que le désintérêt vient de l’éloignement voire de la déconnexion avec la nature. »

Enfin, il faut en parler. Trouver des gens qui ressentent la même chose et qui comprennent cette angoisse est primordial pour l’accepter et la transformer en énergie pour agir. Cette angoisse est normale face à un futur incertain. « Avoir de l’éco anxiété prouve que l’on est sain d’esprit, lucide », déclare Laure Noualhat.

Pauline Izabelle