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Bouleversements climatiques, risques naturels, habitabilité, peut-on aménager comme avant ?

« Prendre en compte les spécificités des territoires de montagne et renforcer la solidarité nationale en leur faveur. »
À l’heure des changements climatiques qui bouleversent les grands équilibres naturels, l’enjeu fondamental posé il y a 40 ans par l’article premier de la loi montagne reste plus que jamais d’actualité.

Retrouvez en exclusivité un texte de Violaine DEMARET, Préfète des Alpes-de-Haute-Provence, qui paraitra en juillet dans le prochain Dossier Thématique de Mountain Wilderness.

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Comment atteindre ce grand objectif, qui consiste à aménager la montagne tout en la ménageant ? Quel rôle pour l’État territorial dans cette transition, qui comme toute évolution nécessite du temps, mais pour laquelle le temps manque précisément au vu de la vive accélération des désordres climatiques en cours ?

Vaste enjeu, dont je retiendrai ici deux axes prioritaires, non exhaustifs, qui me semblent pouvoir guider l’action collective et individuelle dans notre département bas-alpin : d’une part, conduire et adapter toutes les politiques publiques jusqu’à chaque village de montagne, vers chaque habitant, pour que l’on continue de vivre en montagne, et y vivre bien, et, d’autre part, être le garant des équilibres, en permettant, encadrant, encourageant même le développement en espace de montagne, tout en garantissant sa durabilité.

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« DANS UN DÉPARTEMENT COMME LES HAUTES-ALPES,
LA GÉOGRAPHIE ET LA TOPOGRAPHIE DE LA MONTAGNE
SE RAPPELLENT À NOUS À CHAQUE INSTANT. »

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Pour ses habitants, elles impactent leurs déplacements, leurs activités, le climat définit le calendrier, les risques naturels sont constants et multiples, et l’accès aux soins, aux services, publics comme privés, constitue une préoccupation du quotidien. Aussi, la première exigence pour les pouvoirs publics est-elle déjà de s’adapter aux réalités du territoire.
Le département des Alpes-de-Haute-Provence, représentant près du quart du territoire régional, est très vaste. Certaines de ses communes, à l’image de celle de Saint-Paul-Sur-Ubaye, ou de Prads-Haute-Bléone, avec leurs quinzaines de hameaux, sont parmi les plus vastes de France : dès lors, la notion d’espace doit impérativement être prise en compte dans nos politiques publiques. Je dirais, en quelque sorte, qu’il faut véritablement « donner du relief » à nos politiques publiques dans nos montagnes. Surtout quand ces communes de montagne se caractérisent par ailleurs par des moyens en ingénierie faibles, que l’État se doit de soutenir, pour que cette ruralité de montagne reste conquérante.

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« UN ESPACE DE VIE MAGNIFIQUE, MAJESTUEUX,
OFFRANT UNE QUALITÉ DE VIE INÉGALABLE,
OU LA NATURE RESTE MAÎTRESSE. »

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Car administrer en montagne, administrer la montagne, accompagner son aménagement, c’est d’abord ne pas oublier ce qu’elle est : un espace de vie magnifique, majestueux, offrant une qualité de vie inégalable, où la nature reste maîtresse, où chaque vallée reste un « bout du monde », et un des plus fabuleux « morceaux de France ». Savoir franchir les obstacles naturels comme administratifs et accomplir ce fameux « dernier kilomètre » : cette exigence constante est pour moi un premier guide de l’action publique, plus encore en montagne.
Car l’administration doit avant tout apporter des solutions.

En matière d’aménagement, je pense bien sûr au déploiement de la fibre, de la téléphonie mobile, aux maisons de santé, aux programmes d’habitat, car l’on doit aussi construire des logements sociaux en montagne, comme des zones d’activités, mais aussi aux politiques d’emploi, de formation, de maintien des commerces… Soutenir les collectivités à travers le programme Petites villes de demain [1] à Barcelonnette, Saint André-les-Alpes ou Castellane, et déployer l’Agenda rural [2] et les plus pertinentes de ses 181 mesures, c’est aussi aménager une montagne à vivre, toute l’année !

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« LE RÔLE DES POUVOIRS PUBLICS
EST DE GARANTIR LES ÉQUILIBRES :
SOUTENIR LES PROJETS QUI FONT DE LA MONTAGNE
UN ESPACE VIVANT. »

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Deuxième guide pour l’action des services de l’État territorial en montagne : concilier. Le rôle des pouvoirs publics est de garantir les équilibres : permettre, soutenir les projets qui font de la montagne un espace vivant, accueillir les idées, les demandes du territoire et de ses habitants et les rendre possibles, mais en les accompagnants pour qu’à chaque fois, ils participent d’un espace de vie durable. C’est un défi passionnant, sur lequel les avis divergent, et l’État doit faciliter la convergence, poser également les lignes rouges, favoriser les consensus. Comment concilier un tourisme vital pour le territoire et la préservation de l’environnement qui en est sa source ? Comment faciliter les mobilités collectives sans oublier qu’en zone de montagne la route – je reprends les mots d’un élu du territoire – c’est ici « le lien social » ? Comment concilier les usages, par exemple entre tourisme et pastoralisme, un pastoralisme qui apporte tant encore à nos paysages, à leur beauté, à leur identité, à leur sécurité, à leur vitalité ? A l’heure d’une décentralisation assumée et mâture, l’État territorial, en tant que garant mais aussi en tant que soutien en ingénierie et en moyens, notamment grâce aux dispositifs de l’Agence nationale de la cohésion territoriale (ANCT), a son rôle à jouer auprès des forces vives de la montagne pour aménager le territoire.

Je prends l’exemple de la production d’énergie, à l’heure où la question est si cruciale pour un pays dont le continent est désormais touché par la guerre et perçoit la notion de souveraineté énergétique avec un nouveau regard. En matière de photovoltaïque ou d’hydraulique, les zones de montagne ont des ressources, qui doivent profiter à ses habitants, à ses collectivités. Tout n’est toutefois ni possible ni souhaitable partout. Mais pour autant, préserver n’est pas geler.

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« LE RÔLE DE L’ÉTAT AU NIVEAU LOCAL
EST NON SEULEMENT DE FAIRE PRENDRE CONSCIENCE
D’UNE TRANSITION NÉCESSAIRE,
MAIS AUSSI D’ACCOMPAGNER CETTE TRANSITION
EN CIBLANT SON SOUTIEN. »

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A l’heure du développement du tourisme 4 saisons, fortement encouragé par l’État, c’est une question fondamentale. Prenons l’exemple du ski, qui fait partie de l’identité d’une partie de nos montagnes : que serait l’économie de la montagne aujourd’hui sans le ski ? Et notre art de vivre dans les vallées et les cimes où nous avons grandi ? Si le ski n’est pas fini, en revanche, le « tout ski » l’est, particulièrement dans un département comme les Alpes-de-Haute-Provence, où la question du réchauffement climatique ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes que dans les sommets des Alpes du Nord. Le rôle de l’État au niveau local est non seulement de faire prendre conscience d’une transition nécessaire mais aussi d’accompagner cette transition en ciblant son soutien. Le Plan Avenir Montagnes [3] est à cet égard un levier essentiel de l’État pour soutenir et accélérer cette transition sur des projets qui ne sont pas les siens, mais ceux des acteurs du territoire, en particulier les communes et les intercommunalités de montagne. Il nous permet, depuis 2021, dans une économie de montagne secouée par la fermeture des remontées mécaniques consécutive à la crise sanitaire, d’amorcer un tournant historique.

Ainsi, en 2022, la montagne, espace certes naturel mais tant façonné par l’homme, espace largement préservé par une désertification autrefois subie, devient un formidable terrain d’innovation pour un véritable développement durable. Le rôle des pouvoirs publics sur le territoire, tel que je le conçois, est d’accompagner cette réinvention au service d’une montagne toujours plus vivante demain, « source d’aménités patrimoniales, environnementales, économiques et sociétales » comme le souligne la loi montagne.

Aménager tout en ménageant, valoriser en préservant, ne pas cristalliser la montagne, c’est résolument la faire vivre, avec sobriété !

[1Le programme Petites villes de demain, lancé le 1er octobre 2020, permet aux villes de moins de 20 000 habitants désignées par les Préfets de bénéficier d’un soutien spécifique de l’État et de ses partenaires pour élaborer et mettre en œuvre leurs projets de revitalisation. Partie intégrante du Plan de relance, ce programme vise à conforter le rôle structurant de ces villes dans le développement des territoires ruraux.

[2Numérique, santé, culture, éducation, commerces et services, emploi et activité économique, écologie, déplacement…, le plan d’action en faveur des territoires ruraux que propose le Gouvernement, appelé
« Agenda rural », couvre de nombreux domaines.

[3Accompagner les territoires de montagnes dans la mise en œuvre d’une stratégie de développement touristique adaptée aux enjeux des transitions écologiques et de la diversification touristique, tel est l’objectif du plan Avenir Montagnes.

Mountain Wilderness

« Par wilderness, on entend cet environnement d’altitude, où tous ceux qui le désirent peuvent encore faire l’expérience d’une rencontre directe avec les grands espaces, et y éprouver en toute liberté la solitude, les silences, les rythmes, les dimensions, les lois naturelles et les dangers. » [1]

OUVERTE À TOUS LES AMOUREUX DE LA MONTAGNE, MOUNTAIN WILDERNESS SOUTIENT UN RAPPORT À LA MONTAGNE FONDÉ SUR LE RESPECT DES HOMMES ET DE LA NATURE. POUR CELA, LES ACTIONS DE L’ASSOCIATION VISENT À :

  • VEILLER AU MAINTIEN DES ÉQUILIBRES NATURELS,
  • REMETTRE EN CAUSE LES PRATIQUES DÉRAISONNABLES,
  • PROPOSER DES APPROCHES DOUCES DE LA MONTAGNE,
  • SOUTENIR UNE ÉCONOMIE MONTAGNARDE DIVERSIFIÉE.

RECONNUE D’UTILITÉ PUBLIQUE ET AGRÉÉE PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT, L’ASSOCIATION TRAVAILLE POUR FAIRE ÉVOLUER LES COMPORTEMENTS VIS-À-VIS DE LA MONTAGNE AU MOYEN D’ACTIONS SUR LE TERRAIN, DE PUBLICATIONS EXPERTES ET DE RELATIONS AUPRÈS DES ACTEURS POLITIQUES, ASSOCIATIFS ET ÉCONOMIQUES. INDÉPENDANTE DES PRESSIONS FINANCIÈRES ET POLITIQUES, MOUNTAIN WILDERNESS DÉFEND UNE APPROCHE GLOBALE DE LA MONTAGNE DANS LAQUELLE “PRÉSERVATION DU MILIEU NATUREL” ET “AMÉLIORATION DE L’ÉCONOMIE” CONSTITUENT LE MÊME DÉFI. L’ASSOCIATION A VU LE JOUR EN 1988 AU CONGRÈS D’EVIAN.

[1Cette définition extraite des « Thèses de Biella » (1987) inspire toujours les actions de Mountain Wilderness depuis plus de 20 ans et partout dans le monde.

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