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UE : le Parlement considère les activités gazières et nucléaires comme des énergies de transition écologique

gazoduc-Allemagne

Gazoduc à Edersee – Allemagne

Dans un contexte géopolitique et énergétique compliqué et qui s’aggrave, le Parlement européen ne s’est pas opposé à l’inclusion des activités gazières et nucléaires à la liste des activités durables sur le plan environnemental et donc comme possibles énergies de transition.

En février 2022, la Commission européenne avait proposé que le gaz et le nucléaire soient considérées dans la taxonomie comme des énergies de transition. Cependant, le 14 juin dernier, les députés des commissions « Affaires économiques et monétaires » et « Environnement » s’étaient prononcés contre l’inclusion de ces deux énergies dans la taxonomie.

Rebondissement le 6 juillet alors que les députés européens ont confirmé, en plénière, l’inclusion du gaz et du nucléaire à la liste des activités durables sur le plan environnemental et donc comme possibles énergies de transition dans la taxonomie de l’UE.

La Commission européenne estimant que les investissements privés dans les activités gazières et nucléaires ont un rôle à jouer dans la transition écologique, elle a proposé d’ajouter certains gaz fossiles ainsi que l’énergie nucléaire à la liste des activités transitoires qui contribuent à atténuer le changement climatique. L’inclusion de ces activités sera limitée dans le temps et dépendra de conditions spécifiques et d’exigences de transparence.

Une minorité s’impose

278 députés ont voté en faveur de la résolution, 328 contre et 33 se sont abstenus. Une majorité absolue de 353 voix était nécessaire pour rejeter la proposition de la Commission. Si ni le Parlement ni le Conseil ne s’oppose à la proposition d’ici le 11 juillet 2022, l’acte délégué sur la taxonomie entrera en vigueur et s’appliquera à partir du 1er janvier 2023.

« Ce vote est une défaite majeure pour le Parlement européen, pour l’écologie et le climat. Nous nous faisons voler la transition énergétique par les lobbies industriels » déplore Claude Gruffat, membre de la commission « Affaires économiques et monétaires » du Parlement européen qui ajoute : « Aujourd’hui, nous manquons d’envoyer un signal fort à la Commission européenne alors même qu’il est nécessaire d’allouer des investissements massifs aux énergies renouvelables et que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avait qualifié de « folie morale et économique » les investissements dans la production de nouveaux combustibles fossiles et dans les centrales nucléaires. Il avait même ajouté que de tels investissements seraient bientôt des actifs échoués – et un fléau pour les portefeuilles d’investissement. Le Parlement européen a malheureusement décidé d’aller contre l’histoire. ».

Ester Asin, directrice du WWF European Policy Office a déclaré : « Le gaz et le nucléaire ne sont pas verts, et les étiqueter comme tels est un greenwashing flagrant – cela nuit au climat et aux générations futures ! Aujourd’hui, les lobbies du gaz fossile et du nucléaire touchent le gros lot, permettant de détourner des milliards d’investissements indispensables pour assurer la transition climatique. »

Les sanctions anti-russes suite à la guerre en Ukraine pousse l’UE à renier ses engagements environnementaux

Ce vote qui laisse passer le nucléaire et le gaz comme énergies de transition s’explique sans aucun doute par le nouveau contexte géopolitique et énergétique lié à la guerre en Ukraine (déclarée en février 2022). L’UE, en imposant des sanctions arrogantes et sévères contre la Russie n’a pas correctement évalué le rapport de force et s’est mise elle-même en difficulté, au point que toute l’économie européenne s’ébranle et redoute un hiver sans suffisamment d’énergie (gaz et électricité principalement) pour se chauffer et continuer de faire fonctionner ses industries.
L’UE recherche par tous les moyens à acheter massivement du gaz à d’autres pays que la Russie (y compris via des revendeurs de gaz russe) mais l’offre reste limitée et les gaziers (navires qui transportent du gaz) restent insuffisamment nombreux pour acheminer les productions vers l’Europe alors qu’ils sont déjà mobilisés sur d’autres contrats.

Notons aussi que le groupe français Engie, qui cherche à diversifier ses approvisionnements gaziers hors de Russie, vient de signer un contrat d’approvisionnement de gaz naturel liquéfié (GNL) sur 15 ans auprès de l’américain NextDecade. Or il s’agit de gaz de schiste, produit par fracturation hydraulique, un mode d’extraction interdit en France parce que trop préjudiciable pour l’environnement.

« Je suis en état de choc. La guerre de la Russie contre l’Ukraine est une guerre payée par les combustibles fossiles qui réchauffent le climat et le Parlement européen vient de voter pour augmenter les milliards de financement du gaz fossile de Russie. Dans quelle mesure cela est-il conforme à la position de l’Europe de protéger notre planète et de se tenir aux côtés de l’Ukraine ? Les députés européens ont eu la possibilité de prendre des mesures significatives contre la guerre et la crise climatique en même temps, mais ils ont choisi de ne pas le faire. » s’indigne Svitlana Krakovska, scientifique ukrainienne du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

Christophe Magdelaine Christophe Magdelaine / notre-planete.info

Droits de reproduction du texte : CC BY-NC-ND Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale

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