Macron lance le Conseil National de la Refondation, à mi-chemin entre le Grand Débat et la Convention citoyenne
Le « Conseil National de la Refondation » est lancé jeudi à Marcoussis, en Essonne. La construction d’une « nouvelle méthode » ?

Emmanuel Macron ouvre ce jeudi 8 septembre, le CNR (le Conseil National de la Refondation), qu’il avait promis avant les élections législatives. Une nouvelle instance, boudée par toute l’opposition et de nombreux syndicats, censée répondre, à la crise démocratique qui parcourt le pays.
Au total, une cinquantaine de personnes vont se retrouver autour du chef de l’État et de la Première ministre Élisabeth Borne pour cette journée organisée au centre d’entraînement de l’équipe de France de rugby à Marcoussis, en Essonne. Le but : « Construire une nouvelle méthode » de gouvernance, selon les éléments de l’Élysée, par le consensus, afin d’apporter des solutions aux difficultés des Français.
Plus concrètement, les participants (ministres, patrons, présidents d’association, élus locaux) vont échanger autour de cinq grands thèmes structurants après avoir écouté les exposés de plusieurs experts sur la situation du pays. Un dialogue « franc, massif, sans filtre », selon le souhait d’Emmanuel Macron, qui doit durer plusieurs mois.
Cela ne vous rappelle rien ? Le chef de l’État semble avoir pioché plusieurs ingrédients du Grand Débat, lancé début 2019 pour solder la crise des « gilets jaunes », et de la Convention citoyenne pour le climat, conclue en juin 2020, pour ce nouveau pari . Une sorte de « boss de fin », de la démocratie participative Macronniènne.
Marcoussis, point de départ
« Les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut », avait-il expliqué, le 3 juin dernier, en annonçant son initiative, clin d’œil assumé comme tel au Conseil national de la résistance qui coordonnait les mouvements de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a donné naissance à la Sécurité sociale.
Le coup d’envoi de ce nouveau CNR sera donc donné jeudi depuis Marcoussis, un haut lieu du sport français. Comme un symbole ? Avec ce rendez-vous, « la volonté est d’aller vite », indique l’Élysée, même si l’événement n’est que le point de départ de ces longues semaines de concertation sur « le plein-emploi, l’école, la santé, le bien vieillir et la transition écologique ». Autant de thèmes définis par les organisateurs.
Dans le détail, Emmanuel Macron va s’exprimer, pour lancer les réjouissances, avant de laisser le micro à trois « experts ». Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, va ainsi présenter l’état de l’économie du pays, le Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici parlera finances publiques quand la présidente du Haut Conseil pour le climat, Corinne Le Quéré concentrera son propos sur la transition écologique. Une façon d’aiguiller les débats, exactement comme l’avaient fait les garants et les experts de l’environnement de la Convention citoyenne.
La Première ministre prendra la parole — comme Édouard Philippe avant elle à l’époque — dans l’après-midi, pour présenter les pistes que le gouvernement met sur la table, piloter une réunion sur les chantiers prioritaires et établir leur mise en œuvre dans la durée.
Pour quel résultat ?
Question calendrier, l’Élysée espère l’avènement de certains chantiers dès 2023. « Il faut oser et ne pas craindre d’être innovants », souligne la présidence, en indiquant que leur mise en œuvre pourra être différente selon les thèmes et les territoires concernés. Des citoyens devraient même participer et des clauses de revoyures pour évaluer l’application des futures mesures sur le terrain sont d’ores et déjà prévues.
De quoi rassurer les plus sceptiques qui voient en cette instance un nouveau gadget présidentiel ? Si les responsables de huit associations d’élus seront présents, les principaux leaders des partis politiques d’opposition vont briller par leur absence. Quant aux syndicats, certains boycottent, à l’image du patron de la CGT Philippe Martinez.
« Intéressant … »
Olivier Faure, le patron du Parti socialiste, n’y voit, de son côté, « aucun intérêt » si « c’est pour revivre ce que nous avons vécu avec le Grand débat et la Convention citoyenne ».
Pour déminer ces critiques, l’Élysée promet des échanges « francs » et « sans filtre » avec les différents participants. Un mot utilisé par Emmanuel Macron lui-même au moment d’accueillir les préconisations des citoyens de la Convention…
MCD
Conseil national de la refondation : les ONG écologistes partagées sur l’utilité du processus
Plusieurs organisations importantes participeront aux travaux sur la transition écologique, d’autres redoutent que le CNR fasse perdre du temps face à l’urgence.

La transition écologique sera partie intégrante du travail du Conseil national de la refondation (CNR). C’est ce qu’a assuré Emmanuel Macron, tout au long du jeudi 8 septembre, consacré à la méthode et aux objectifs de cette nouvelle instance, mise en place pour « bâtir du consensus (…) face aux défis immenses, comme celui de la transition climatique ».
Pourtant, le matin, devant la presse, le chef de l’Etat n’évoquait que « trois grands sujets de priorité, l’école, la santé et le plein-emploi ». Néanmoins, le climat et la biodiversité seront bien pris en compte dans les futurs ateliers thématiques, comme dans les conseils territoriaux annoncés. Et l’ensemble des participants, ministres, représentants des assemblées, des collectivités territoriales et les nombreux responsables d’associations de la société civile invités – une quarantaine de participants pour cette première journée de travail –, ont pu entendre la climatologue Corinne Le Quéré leur présenter le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat (HCC), « Dépasser les constats, mettre en œuvre les solutions ».
Cette analyse du HCC était bien sûr connue des représentants des quatre organisations environnementales conviées à la mise en place du CNR : la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), France Nature Environnement (FNE), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Fonds mondial pour la nature (WWF). Pourtant critiques sur les résultats de la politique mise en œuvre par le chef de l’Etat durant le premier quinquennat, jugés insuffisants, elles ont accepté de participer à l’exercice. « Quand le président de la République vous tend la main, il serait idiot de faire la politique de la chaise vide. D’habitude, on devait mettre le pied dans la porte pour être entendu, là ce sont les ministres qui ont présenté leurs feuilles de route, et nous allons pouvoir être juges de leurs actions », s’est félicité Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO.
Pour la directrice générale de la FNH, Stéphanie Clément-Grandcourt : « Il est désormais urgent de coconstruire, et nous saisissons toutes les opportunités qui nous sont données de porter nos propositions en faveur des grandes transformations à opérer. »
« Ce qu’il faut, c’est agir »
Plutôt satisfaits des premiers échanges, les représentants des associations environnementales veulent croire à l’efficacité de ce conseil. « Je n’ai pas eu l’impression de perdre mon temps, l’esprit est positif et la démarche nécessaire. C’était utile et bénéfique de se parler avec d’autres qui ont parfois des intérêts en tension », déclarait ainsi Véronique Andrieux, la directrice générale du WWF. Pour le président de FNE, Arnaud Schwartz, « si tous les diagnostics sont connus et que la plupart des solutions sont déjà sur la table, il est important d’avoir ce regard croisé avec d’autres et de voir si cela peut déboucher sur un compromis ».
Après le grand débat national, à la suite de la crise des « gilets jaunes », puis la convention citoyenne pour le climat, le chef de l’Etat propose une nouvelle instance destinée à concevoir des solutions de terrain face aux grandes transitions. Emmanuel Macron veut « bâtir du consensus », comme en leur temps Nicolas Sarkozy, en 2007, avec le Grenelle de l’environnement, et François Hollande, avec les conférences environnementales. Ce faisant, il n’a pas invité toutes les organisations environnementales, évitant les plus critiques à l’égard de sa politique telles que Greenpeace ou encore le Réseau Action Climat.
Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France, se dit étonné de n’avoir pas été invité. Tout en reconnaissant ne pas être sûr qu’il s’y serait rendu si son organisation avait été conviée. « Le précédent quinquennat ne nous a pas spécialement rassurés. Des consultations, des Grenelle, des Ségur, il y en a eu sur tous les sujets. Ce qu’il faut, c’est agir, on n’est plus dans le brainstorming sur les mesures à prendre. Il existe déjà un catalogue de mesures, on les applique ou pas, mais on les connaît », déplore le responsable de Greenpeace.
Les représentants des associations environnementales invitées se disent conscients du risque qu’un nouveau processus de consultation et son agenda retardent encore la mise en œuvre des mesures face à l’urgence climatique. « Il a été question de ce moment de bascule, face aux enjeux, et de la complexité de manier le court terme et le long terme. Et nous serons attentifs au fait que, dans sa mise en œuvre, cette nouvelle concertation ne se fasse pas aux dépens de l’action », assure Véronique Andrieux. La prochaine plénière du CNR devrait avoir lieu en décembre, et les conseils régionaux mis en place dès le mois d’octobre.