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Laurent Wauquiez efface le nom de François Mitterrand sur l’adresse du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes

C’est petit et c’est Wauquiez… C’est malsain et c’est Wauquiez… C’est irrespectueux et c’est Wauquiez…

L’opposition de gauche s’inquiète d’une « gouvernance par la peur », après plusieurs mesures de surveillance et le nouveau huis clos imposé à l’assemblée régionale.

Laurent Wauquiez, lors de son élection à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon, le 27 juin 2021.

Laurent Wauquiez, lors de son élection à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon, le 27 juin 2021.

A Lyon, un potentiel candidat à la magistrature suprême cherche à effacer subrepticement le nom d’un ancien président de la République. Le pot aux roses a été découvert par les syndicats, au détour d’une note de service, destinée aux directeurs de service et directeurs généraux adjoints. Laurent Wauquiez a demandé le changement de nom de l’adresse officielle du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, sis à Lyon, en substituant le nom du cours Charlemagne, qui longe le bâtiment, à celui de l’esplanade François-Mitterrand, située face à l’entrée principale.

« Il s’agit de rendre plus accessible et plus visible la région aux usagers », justifie l’entourage du président (Les Républicains, LR) de la région, pour qui la nouvelle adresse correspond mieux aux noms des arrêts des transports en commun proches. Un choix idéologique ? « Pas du tout, c’est pragmatique », répond le cabinet du leader de la droite régionale. La mesure doit s’appliquer dès le 1er janvier 2023.

« Une telle décision résulte exclusivement de votre volonté de tenter d’effacer de la mémoire collective un ancien président de la République, dont l’action et l’image d’homme d’Etat continuent de déranger les plus conservateurs d’entre vous », a réagi Johann Cesa, vice-président du groupe socialiste. Pour l’opposition de gauche, ce changement d’adresse à haute portée symbolique, sans concertation préalable, illustre « les méthodes de plus en plus brutales d’un personnage qui voudrait prétendre aux plus hautes fonctions », selon Fabienne Grébert, présidente du groupe écologiste à la région.

Barrières, points de contrôle

Les élus d’opposition ont notamment dénoncé avec vigueur l’organisation à huis clos de l’assemblée plénière, qui se déroule les jeudi 15 et vendredi 16 décembre, alors que M. Wauquiez avait déjà imposé la visioconférence, en octobre, au lendemain de révélations sur « un dîner des sommets », réunissant des décideurs autour du seul président de la région, pour un coût de 150 000 euros. L’accès restreint, interdit au public extérieur, a été décidé lundi 12 décembre par l’exécutif régional, sans en informer les présidents de groupe. Motif : « le risque d’intrusion de groupes extrémistes à l’intérieur du bâtiment, susceptibles de troubler l’ordre public », selon l’explication fournie aux élus par e-mail. En début de séance, Laurent Wauquiez a indiqué qu’il avait reçu « une alerte des services de la préfecture ».

Selon les informations du Monde, il s’agit d’une note de renseignement, évoquant la possibilité d’une action de militants de Greenpeace, d’Extinction Rebellion, ou de Youth for Climate, sans précision sur leur présumé projet. « S’exprimer par la violence n’est jamais la bonne manière pour défendre ses convictions. Je vois avec préoccupation augmenter de plus en plus ce type d’actions faites par des groupes extrémistes. Ce sont les mêmes qui bloquent les autoroutes et les périphériques le matin avec des gens qui vont travailler », a argumenté M. Wauquiez, en faisant aussi référence à « ceux qui s’attaquent à des œuvres d’art ».

Alors que cinq militants de Greenpeace brandissaient des pancartes en carton, sur l’esplanade François-Mitterrand, pour défendre la préservation des zones Natura 2000, une chape de surveillance a saisi le bâtiment du conseil régional. En plus des rangées de barrières, installées depuis plusieurs mois devant l’entrée, l’exécutif régional a mis en place plusieurs points de contrôle et même une fouille des coffres de véhicules des élus. Le vice-président du groupe socialiste a été interdit d’accès au parking, au motif qu’il n’avait pas respecté la procédure, en invitant dans les locaux régionaux une équipe de journalistes de l’émission « C dans l’air » de France 5, pourtant accréditée.

« Nous vivons la gouvernance par la peur. Je n’ai jamais vu cela dans une collectivité. Cette crispation, ces manipulations à répétition », a confié Najat Vallaud-Belkacem, cheffe de file du groupe socialiste.

« Dans le militantisme, il peut y avoir des actions dérangeantes, mais qu’il ne faut pas voir par principe violentes. Dans les deux cas, je refuse d’avoir peur. Ce qui me gêne beaucoup, dans les mesures de sécurité que vous mettez en place sur la région, c’est que vous envoyez le signal, vous qui prétendez à de très hautes fonctions, que nous aurions peur. La démocratie, hier dématérialisée, aujourd’hui enfermée, ce n’est pas la démocratie vibrionnante que nous souhaitons défendre », a déclaré en séance Guillaume Lacroix, conseiller régional et président national du Parti radical de gauche.

Richard Schittly

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