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La France continue de parier sur le nucléaire malgré les terribles conséquences d’accidents gravissimes comme Tchernobyl et Fukushima

« Je vais rendre l’électricité si bon marché que seuls les riches pourront se payer le luxe d’utiliser des
bougies ». On prête à Edison, qui était en compétition acharnée avec Tesla, cette affirmation
péremptoire. Le temps a passé, la consommation d’électricité a explosé. D’abord assise largement
sur les ressources hydrauliques, puis sur les énergies fossiles et enfin, notamment en France, sur le
nucléaire. La France continue de parier sur le nucléaire malgré les terribles conséquences d’accidents
gravissimes comme Tchernobyl et Fukushima, la dépendance aux minerais d’uranium de pays
instables, le risque et le coût du stockage des déchets pendant des siècles, et le report du
démantèlement problématique des réacteurs sur les générations à venir.

Profitant du trouble créé par la réforme des retraites, le pouvoir exécutif programme la construction
de 6 EPR2. Il modifie en catimini les contraintes qui assuraient jusqu’à alors un contrôle strict sur la
sûreté. Il en va ainsi de la dissolution de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (l’IRSN
fournit l’expertise nécessaire à l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour prendre ses décisions). Il en va de
même de l’assouplissement de procédures préalables à la création d’installations industrielles
dangereuses, notamment en matière de débat public et de contrôle parlementaire.
Les deux dernières réunions citoyennes organisées par la Commission Nationale du Débat Public sur
notre avenir énergétique ont été annulées. A quoi bon puisque la décision est prise et la loi
d’accélération du nucléaire déjà sur les rails ? Sans tenir compte du débat sur l’avenir du mix
énergétique à l'horizon 2050 qui doit avoir lieu au Parlement à partir de juillet en vue de la prochaine
loi de programmation quinquennale sur l'énergie ! Un coup de force et un déni de démocratie.
L’affaire s’annonce comme un gouffre financier. Assurer, en même temps, la sûreté, le
fonctionnement, et la prolongation des installations nucléaires actuelles, grignotées par la corrosion,
est déjà un challenge redoutable. Le coût de construction de l’EPR de Flamanville, qui a pris dix ans
de retard, a déjà dérapé de plus de 15 milliards. EDF affiche 65 milliards de dettes et 18 milliards de
déficit. Compte tenu du coût exorbitant des travaux à venir, il est envisagé de ponctionner les fonds
du livret A normalement dédiés au logement social (et donc à l’isolation thermique).
Cette relance nucléaire massive arrivera néanmoins trop tard. Les enjeux d’énergie et de climat
appellent des réponses immédiates. Les deux premiers EPR2 seront mis en service au plus tôt en
2035. La loi de 2015 relative à la transition énergétique prévoyait de ramener à 50 % la part du
nucléaire en 2035, le Sénat vient de repousser cet objectif à 2050 !
La France est le seul pays de l’Union à avoir négligé ses engagements pour le développement des
énergies renouvelables. Elle devrait y consacrer un effort massif. Mais avec quel soutien financier si
tout va au nucléaire ? Notre procrastination sur les énergies renouvelables scandalise l’Europe qui
nous voit jouer à la roulette russe avec l’atome. L’alerte au risque de coupure de courant fin 2022 a
provoqué une baisse de consommation de 9 % juste en sensibilisant le grand public aux gestes
domestiques de bon sens. C’est dire le potentiel d’une transition énergétique qui miserait sur la
sobriété : sensibilisation et éducation populaire, isolation thermique généralisée, renoncement à la
5G et aux applications dévoreuses de serveurs, pari sur la voiture à hydrogène plutôt que la voiture
électrique, arrêt du développement du tout connecté. Bref une réaction en chaine vertueuse !
L’énergie que l’on ne consomme pas ne pollue pas ! Mais il semble bien, que le mythe du nucléaire
vertueux soit aussi résistant que celui de la croissance. Comme disait Einstein, « il est plus facile pour
l’homme de briser un atome que de briser un préjugé ». A méditer…

Vincent Meyer,

vincentmeyer2012(@)gmail.com

Piégros-la-Clastre

 

 

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