À Saint-Brévin, une marche pour Yannick Morez et contre « la violence et la bêtise » de l’extrême droite
Mercredi 24 mai, le maire démissionnaire Yannick Morez a reçu un soutien des habitants de la commune et de nombreux élus de gauche.
Élus de gauche, syndicalistes ou Brévinois, ils étaient nombreux à défiler mercredi 24 mai à St-Brévin-les-Pins à l’appel de la gauche pour soutenir le maire démissionnaire de cette commune de Loire-Atlantique, devenu le symbole des élus locaux victimes de violences.
Comme vous pouvez le voir dans notre reportage vidéo en tête d’article, les soutiens de Yannick Morez regrettent au micro du HuffPost un climat de tensions jamais vu au cours des derniers mois dans leur commune. Une campagne largement insufflée par des partis politiques ou des groupuscules d’extrême droite et qui a culminé par un incendie criminel au domicile du maire, en mars dernier.
Dans les rues de cette station balnéaire de 14.000 habitants ont défilé le patron du PS Olivier Faure, son homologue communiste Fabien Roussel, la secrétaire nationale d’EELV Marine Tondelier ou encore François Ruffin (LFI). Derrière eux, environ 3.000 personnes selon les organisateurs.
« Il a été le visage, dans les valeurs et dans les actes, de la République du quotidien, de la République du réel, pas celle des slogans », a lancé la maire PS de Nantes, Johanna Rolland, avant le début de la manifestation, au sujet de Yannick Morez. Ce dernier n’a finalement pas participé à la marche, regrettant dans un communiqué une « récupération de politique de l’extrême gauche » et une « discrétion de la droite sur cette thématique ». À la fin de la manifestation, le maire démissionnaire a tout de même livré un discours devant l’Hôtel de ville pour remercier ses soutiens.
Refuser la banalisation de la violence
L’agression qui a visé, lundi 15 mai, le petit-neveu de Brigitte Macron, est révélatrice des dérives qui menacent aujourd’hui le fonctionnement de la démocratie. Au-delà des condamnations d’usage, elle appelle un sursaut.
Au chapitre de la violence politique, l’agression qui s’est produite, lundi 15 mai, dans le centre-ville d’Amiens, peu après une interview d’Emmanuel Macron au journal de 20 heures de TF1, marque une escalade inquiétante. Dans le climat de tension suscité par la réforme des retraites, les élus ne sont plus les seuls à subir intimidations, menaces ou manifestations de haine. Cette fois, c’est le petit-neveu de la première dame, Brigitte Macron, qui a été pris pour cible. Agé de 30 ans, Jean-Baptiste Trogneux a été agressé alors qu’il regagnait son domicile, situé au-dessus de la chocolaterie dont il est propriétaire, à Amiens. Il a été pris à partie et molesté par plusieurs personnes en marge d’une casserolade. Huit ont été interpellées, trois placées en détention provisoire jusqu’à leur procès, renvoyé au 5 juin. Une adolescente sera présentée au juge des enfants, quatre autres personnes ont été libérées.
Dans le monde politique, la condamnation de cet acte inqualifiable a été unanime, des rangs de La France insoumise à ceux du Rassemblement national. Après avoir « protesté » contre cette agression, Jean-Luc Mélenchon a cru bon de demander à Emmanuel Macron et à « Madame d’en faire autant pour nos amis agressés ou menacés, sans réserver leur sollicitude au seul Zemmour quand il fut molesté ». Le leader des « insoumis » aurait gagné à ne pas finasser, comme l’ont d’ailleurs fait les autres élus de son mouvement. Quel que soit le profil des auteurs de l’agression – des jeunes marginaux qui n’en étaient pas à leur première agression, selon les premiers éléments de l’enquête –, leur comportement appelle une condamnation sans réserve.
Une négation du débat
Ce qui est en jeu ici dépasse en effet largement les positionnements politiciens. La violence est une négation du débat et de l’argumentation. La violence convoque les instincts les plus primitifs et annihile la raison. La violence menace les fondements du contrat social en poussant les uns à se lâcher sans retenue, les autres à réprimer sans compter, avec le risque que des débordements policiers contribuent à la montée des tensions. Chaque fois qu’une borne est franchie dans la violence, la démocratie en est la première victime.
L’événement d’Amiens intervient alors que le monde politique est encore sous le choc de la démission de Yannick Morez, maire (divers droite) de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), quelques semaines après l’incendie criminel qui a visé son domicile. Depuis des mois, l’édile subissait des menaces venues de l’extrême droite, liées à son soutien à un projet de déplacement et d’extension d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile. La réaction tardive du gouvernement, qui a annoncé, mercredi 17 mai, un durcissement des peines en cas d’attaques contre les élus, ne compense pas la très grande solitude dans lequel Yannick Morez s’est retrouvé.
Depuis le mouvement des « gilets jaunes », notre système politique connaît sa fragilité : un grand nombre de citoyens ont le sentiment d’être abandonnés, d’autres pensent que leur voix ne compte pas. Il est donc impératif de réfléchir à un meilleur fonctionnement des institutions et urgent de promouvoir une association plus étroite des citoyens à la chose publique. Mais il existe aussi une face noire du combat politique, qui se nourrit de discours complotistes et d’appels à la haine, notamment sur les réseaux sociaux, sur fond de contestation de la démocratie représentative. C’est contre ces dérives éminemment dangereuses qu’il faut aujourd’hui ériger un mur infranchissable. Le message doit être clair et net : le refus de la banalisation de la violence.
Agression du petit-neveu de Brigitte Macron : la casserolade de trop…

Le passage à tabac d’un petit-neveu de Brigitte Macron est une tâche malsaine sur la mobilisation contre la réforme des retraites.
L’agression du petit-neveu de Brigitte Macron, parce qu’il était identifié comme membre de la famille du président, juste après l’intervention d’Emmanuel Macron sur TF1 lundi soir, constitue la casserolade de trop. Ce mode d’action n’était déjà que le dérivé pathétique des courageux concerts de casseroles organisés par les familles de victimes des dictatures d’Amérique du Sud, dans les années noires 70 et 80. Dans la France d’aujourd’hui, l’image de ces poignées de militants tapant sur leurs batteries de cuisine en hurlant des insultes contre les élus macronistes, souligne l’abêtissement d’une partie de l’opposition politique. On passe au fil des jours de joyeux bordel potache et chantant à, parfois, des démonstrations hargneuses, des vindictes agressives. Et dans le cas d’Amiens bien plus. Le principe même de la casserolade ne peut qu’amener à un passage à l’acte puisque c’est une opération d’intimidation, de négation de l’argument, une agression d’abord sonore, un rejet physique de l’autre. La casserolade est en soi l’élément déclencheur d’une inévitable escalade. Elle peut être rejointe par tous les haters et conspis d’extrêmes droite ou d’ailleurs. Les interdire serait cependant un abus d’autorité.
Thomas Legrand
Najat Vallaud-Belkacem et Pascal Brice : A Saint-Brévin, une nouvelle étape dans la violence
Les deux défenseurs du droit d’asile alertent le gouvernement sur les agressions croissantes contre les élus locaux et les militants oeuvrant pour l’accueil organisé de personnes étrangères.

Des opposants, manipulés par l’extrême Droite, au projet de centre d’accueil de demandeurs d’asile, le 25 février 2023 à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique)
« Madame la Première ministre,
Dans la nuit du mardi 21 mars, une nouvelle étape a été franchie dans l’escalade des violences contre les élus, les associations et les communes qui accueillent des étrangers dans notre pays. Le domicile du maire de Saint-Brévin, en Loire-Atlantique, a été directement la cible d’une attaque violente qui aurait pu conduire en pleine nuit à un drame meurtrier pour cet élu et sa famille.
Au simple motif qu’avec son conseil municipal unanime, toutes tendances politiques confondues, il est déterminé à continuer d’accueillir dans la tranquillité publique des demandeurs d’asile sur sa commune.
Depuis de longs mois, ces agressions vont croissantes, des plus insidieuses aux plus visibles. Les élus reçoivent des menaces, subissent des intimidations jusque devant leur domicile. Les parents des élèves des communes concernées sont destinataires de messages leur faisant porter la responsabilité de dangers imaginaires pour les enfants en cas d’arrivée d’étrangers. Membres d’associations, élus locaux, journalistes, personne n’est épargné.
Depuis que les pressions de l’extrême droite sous ses diverses formes ont semblé avoir gain de cause dans une commune bretonne qui a subi un déchainement de manipulations, des manifestations sont maintenant régulièrement organisées par un parti d’extrême droite devant nos centres d’accueil : il y a quelques semaines dans les Yvelines ; à Saint-Brévin justement, peu avant le drame du 21 mars. A chaque fois ces manifestations sont peu fréquentées, la mobilisation des habitants y étant bien supérieure.
Mais ce barnum de la haine donne lieu à un déversement de propos haineux et constitue une incitation directe au passage à l’acte en désignant des lieux et des personnes – étrangers et leurs familles, équipes municipales et associatives – à la vindicte. Il est relayé par des appels au développement d’actions coordonnées sur le territoire national, n’ayant pour seul objectif que d’attiser la haine et de déstabiliser les pouvoirs publics.
Il y a quelques semaines, le Centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Bègles de France Terre d’Asile et des hébergeurs citoyens ont été victimes de tags racistes et menaçants signés d’un groupuscule d’extrême droite. Comme le vivent les associations membres de la Fédération de acteurs de la solidarité, la liste des lieux de vie dans lesquels ces actions se multiplient s’allonge un peu plus chaque jour.
Tentatives de déstabilisation
Dans ces conditions, nos associations sont de plus en plus confrontées, partout sur le territoire national, aux hésitations des élus au moment de s’engager dans l’installation de lieux d’accueil au titre pourtant d’une politique nationale, que nous partageons, d’accueil mieux réparti sur l’ensemble du territoire national. Non pas parce qu’ils ne voudraient pas accueillir. Ils savent trop les effets positifs de tels accueils pour la vitalité de leurs communes, des écoles aux anciens. Mais parce qu’ils craignent désormais que leurs communes, eux-mêmes et leurs familles ne soient abandonnés aux violences des semeurs de haine.
Face à ces tentatives de déstabilisation, nous avons plus que jamais besoin de la détermination et de la mobilisation visibles de l’Etat, de la vôtre et de celle de l’ensemble du gouvernement. Nos associations, professionnels et bénévoles, les élus, les habitants, engagés ou non dans l’accueil en ont besoin. Les habitants qui aspirent à la tranquillité en ont besoin.
Nous vous demandons dans ce contexte de mobiliser pleinement et activement les services de l’Etat pour accompagner – politiquement, matériellement, judiciairement – plus fortement que jamais les élus, les associations et les habitants dans l’accueil organisé des étrangers dans notre pays et pour faire cesser l’action des partis, groupes et individus qui propagent la haine et la violence contre les étrangers, les communes et associations qui les accueillent pour réaffirmer les valeurs fondatrices de notre République démocratique, humaniste, fraternelle.
Veuillez, madame la Première ministre, recevoir l’expression de notre considération.
Najat Vallaud-Belkacem est présidente de France Terre d’Asile.
Pascal Brice est président de la Fédération des acteurs de la solidarité.