Énergie nucléaire : Deux nouveaux réacteurs au Bugey inquiètent Genève et la Suisse…
Sans jamais consulter personne !
Le gouvernement français l’a annoncé mercredi soir: il va implanter deux EPR à 70 km à vol d’oiseau du sol genevois. Antonio Hodgers réagit.

Le projet était dans l’air, il est désormais acté. Le gouvernement français annonçait mercredi soir que deux réacteurs nucléaires de type EPR de nouvelle génération allaient être construits sur le site du Bugey, dans l’Ain. Le projet est lié à la volonté du gouvernement Macron de relancer l’atome, qu’il considère comme une énergie durable.
Plusieurs sites étaient en concurrence, mais des signes montraient que le Bugey était bien positionné pour recevoir de nouveaux réacteurs, comme le détaillait la «Tribune de Genève» en décembre 2021. À cette occasion, au nom du Conseil d’État, Antonio Hodgers faisait savoir que si le Bugey devait être choisi, «le Canton ferait tout pour s’y opposer, par la voie diplomatique et par la voie juridique».
À l’heure où la décision est prise, au cœur de l’été, qu’en dit le conseiller d’État? «Je prends acte de cette annonce politique. Le Conseil d’État se déterminera à la rentrée sur la suite qu’il entend donner à ce dossier et sur les moyens à y consacrer», nous dit-il. Et de rappeler: «Nous avons un mandat constitutionnel clair, auquel s’ajoute la question du débit du Rhône, qui fait partie intégrante du dossier nucléaire français.»
Canton opposé au nucléaire
Il faut rappeler que le Canton de Genève a inscrit dans sa Constitution, par la voix du peuple, son opposition au nucléaire. Le Canton comme la Ville réclament depuis des années la fin de l’exploitation de la centrale du Bugey, dont la vétusté est décriée. Mais les recours, jusqu’ici, ont toujours été balayés par la justice française. Débouté en justice, le Canton n’avait rien pu faire, notamment, quant à l’installation d’un nouveau centre de traitement de déchets radioactifs au Bugey, inauguré à l’automne 2021.
«Le Conseil d’État se déterminera à la rentrée sur la suite qu’il entend donner à ce dossier et sur les moyens à y consacrer.» :
Alors quid de deux mégaréacteurs sur ce même site, partie prenante d’un programme censé garantir à la France son autonomie énergétique? Combat du pot de terre contre le pot de fer? En mars 2022, la conseillère nationale genevoise Delphine Klopfenstein Broggini, rappelant que les installations nucléaires au Bugey concernent un bassin de 5 millions de personnes, interpellait le Conseil fédéral sur le projet de deux nouveaux EPR sur ce site. L’élue Verte demandait si la Suisse avait été consultée dans le cadre de la Convention d’Espoo, laquelle prescrit pour tout projet d’envergure une procédure d’évaluation de l’impact sur l’environnement des activités transfrontalières.
La décision en France sur le développement du Bugey n’ayant alors pas encore été prise, le Conseil fédéral avait botté en touche. Mais il rappelait que la question se poserait si un projet concret était mis à l’enquête. Il était aussi précisé: «La Confédération et le Canton de Genève suivent le sujet et interviendront si nécessaire.»
Cathy Macherel est journaliste à la Tribune de Genève depuis 2010. Elle collabore à plusieurs rubriques, locale, Week-end et gère certains suppléments. Elle s’occupe notamment d’aménagement du territoire et affiche une prédilection pour les enquêtes et les approches magazine.