Mauvaise alliance : le franc-parler de Caroline Fourest
Caroline Fourest
Un tête-à-tête avec Mathilde Panot, puis avec Marine Tondelier, puis chanter à la Fête de l’Huma ! Ce n’est plus une tournée, c’est du speed dating ! Le rappeur Médine tient le haut de l’affiche de la gauche estivale comme peu de personnalités avant lui. Même Tariq Ramadan, à son firmament, n’a jamais réussi un tel noyautage… Partager la vedette avec deux cheffes de parti de la gauche, avant de fêter ça à la Fête de l’Huma. À ce niveau, ce n’est plus un flirt, mais des fiançailles. La noce dit tout du naufrage de la Nupes : son absence de colonne vertébrale, de scrupules, de vigilance en matière d’antisémitisme, et plus encore de stratégie contre le RN. Voilà pourquoi cette programmation, symptomatique et non anecdotique, fait tant de bruit. Le vrai sujet n’est pas Médine, mais sa fiancée : la Nupes qui, loin d’offrir une alternative à l’extrême droite, ne semble exister que pour lui servir de marchepied. Quel plus beau cadeau que cette triple invitation ? En coulisses, de nombreux écologistes sont effondrés.
Parmi les rares à oser le dire, Karima Delli est convaincue que cette réprobation est « majoritaire » au sein du mouvement (le refus de participer du maire de Bordeaux et de la maire de Strasbourg semble lui donner raison). Elle exige qu’on déprogramme le rappeur sous le hashtag #FallaitPasLinviter, pour l’instant sans succès. Mélenchon, lui, tient à cette invitation, qu’il défend férocement. A-t-il perdu la mémoire ? N’a-t-il aucun souvenir de la tempête déclenchée par le NPA, en 2010, lorsque le parti anticapitaliste tenait à présenter une candidate voilée aux municipales ? Ce fut son glas, la faute de trop, celle qui permit l’envol du tout nouveau Parti de gauche fondé par un certain Mélenchon, à l’époque laïque et universaliste. C’était un autre monde, avant de rater la présidentielle de 600 000 voix, avant de vouloir à tout prix le vote des banlieues, de choisir Éric Coquerel comme lieutenant, de trahir la gauche Charlie pour assouvir son obsession présidentielle. À l’époque, on n’invitait pas des rappeurs islamistes pour parler de l’extrême droite à la Fête de l’Huma… J’y ai souvent tenu tribune, devant des militants communistes fermement convaincus que combattre le racisme passait par refuser le fanatisme. Jusqu’à mon agression, en 2012, par des militants proches des Indigènes de la République, alliés des Frères musulmans, lançant des bananes pour dénoncer ma présence.
En ce temps-là, les organisateurs en étaient consternés. Des militants de la CGT promirent de me défendre chaque fois qu’il le faudrait. Cela ne sera pas nécessaire. Maintenant, c’est Médine l’invité, et l’expert… Lorsqu’on s’en désole dans Franc-Tireur, Marine Tondelier se plaint de ne pas avoir été interrogée. Lorsqu’on lui propose, publiquement et par texto, de venir en débattre dans nos pages, pas de réponse. À croire qu’il est plus facile de dialoguer avec un rappeur islamiste qu’avec une féministe laïque. C’est ça, le grand rassemblement ? La Nupes révèle son vrai visage, et son alliage… fait d’un métal froid, calculateur et sectaire.
Caroline Fourest à suivre sur Franc-tireur : https://www.franc-tireur.fr/
« Médine est un multirécidiviste de paroles de haine » : Rachel Khan s’exprime après le tweet du rappeur
L’écrivaine a pris la parole, réagissant à la polémique antisémite la visant après un message publié par Médine sur Twitter.
Dans un message publié sur le réseau social, Médine avait qualifié l’essayiste Rachel Khan, juive et petite-fille de déportés, de « resKHANpée », à savoir une « personne ayant été jetée par la place Hip Hop, dérivant chez les social traîtres et bouffant au sens propre à la table de l’extrême-droite ».
La principale visée ne s’était pas exprimée la semaine dernière sur le sujet, alors que le rappeur avait lui eu une belle fenêtre pour en parler lors de débats organisés aux universités d’EELV puis aux journées d’été de LFI.
Dans une interview au Monde publiée ce lundi 28 août, Rachel Khan explique avoir « laissé les autres prendre la parole pour [elle] », « ne [voulant] pas que le débat politique vienne parasiter » le Festival du cinéma francophone d’Angoulême pour lequel elle était membre du jury.
« Médine est un multirécidiviste de paroles de haine. Il fait ses excuses et à chaque fois il revient avec un nouveau truc : la quenelle, les attaques homophobes et antisémites, la laïcité, et maintenant cette attaque sur mon nom. Il y a des mots qui sont des délits, ce n’est pas négociable », affirme l’écrivaine de 47 ans.
« Ce nom appartient à la grande histoire mondiale »
Interrogée sur les « excuses » de Médine, elle répond : « il m’a attaquée de façon personnelle sur mon parcours, mes idées. Et s’excuse de manière générale. (…) Quand, à la sortie de “Racée” (son précédent livre, NDLR), l’extrême droite me lance “Khanania” en référence à Banania, c’est comme “ResKHANpée”. De nouveau c’est avec mon nom qu’on joue. »
« Khan, c’est le nom de mon père auquel les colons anglais en Gambie avaient sauvagement ajouté un h. Mais il est aussi devenu celui de ma mère, qui a échappé à la Shoah. Elle n’imaginait pas qu’en se mariant avec un noir musulman elle retrouverait un nom juif », explique par ailleurs Rachel Khan.
« Ce nom appartient à la grande histoire mondiale. Je ne laisserai pas Médine et ses amis souiller une double mémoire », prévient-elle encore dans Le Monde.
« J’ai surréagi et j’ai eu cette maladresse d’utiliser ce mot (rescapée, NDLR) dont je n’ai pas mesuré la charge émotionnelle historique », avait déclaré Médine la semaine dernière aux universités d’EELV, ajoutant qu’il s’en était « excusé dans la foulée ». Mais toujours sans reconnaître le caractère antisémite de sa réponse, contrairement à ce que de nombreux ténors écologistes avaient demandé la semaine dernière.
Le rappeur originaire du Havre était ensuite revenu samedi lors d’un débat avec la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, sur cette polémique qu’il a jugé « horrible (? ) ».
« Non seulement je ne suis pas antisémite mais en plus je lutte contre l’antisémitisme depuis 20 ans au plus près, sur le terrain », a-t-il répété. « Je compte bien ne pas attendre qu’on me distribue un permis de lutte contre l’antisémitisme », a-t-il ajouté.
Le HuffPost