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« Horizons climatiques » : plongée dessinée dans les arcanes du GIEC

Avec le concours de l’illustrateur Xavier Henrion, la climatologue Iris-Amata Dion signe un album graphique de vulgarisation sur la question environnementale.

  Frédéric Potet

 

Les acronymes n’ont pas toujours la vie facile. Le GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – en sait quelque chose. La simple prononciation de son nom peut provoquer des réactions contrastées, de l’indifférence gênée de ceux qui ignorent tout de son existence aux moues dubitatives des adeptes du déni climatique.

Contrariée par les difficultés du GIEC à diffuser ses travaux auprès du grand public, Iris-Amata Dion, docteure en sciences de l’atmosphère et du climat, est allée à la rencontre de neuf de ses membres, des scientifiques reconnus dans leur domaine (climatologie, géographie, économie…). Au lieu de consigner leur parole dans les pages d’une thèse ou d’un essai, elle a opté pour une bande dessinée, avec le concours de l’illustrateur Xavier Henrion.

Par sa capacité à figurer des notions abstraites à l’aide de correspondances visuelles et de symboles graphiques, le 9e art regorge depuis une dizaine d’années d’ouvrages de vulgarisation dans quasiment tous les domaines de la non-fiction : sciences, politique, sociologie… La question environnementale n’échappe pas à la tendance, comme en témoigne le succès du Monde sans fin (Dargaud, 2021), l’album de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, écoulé à 1 million d’exemplaires.

Le but, ici, est de décrire le fonctionnement du GIEC et de ses huit cents contributeurs partout dans le monde, dont la principale mission consiste à synthétiser l’ensemble des connaissances scientifiques existantes sur le climat. Mais aussi de rendre tangibles des phénomènes complexes comme le « forçage radiatif » (perturbation de l’équilibre d’un système climatique par des facteurs externes) ou le « peak soil » (dégradation accélérée des sols de façon irréversible).

Devoir d’impartialité

Moins dense qu’un rapport du GIEC (4 000 pages), mais plus que son résumé destiné aux décideurs politiques (30 pages), l’album soulève en filigrane les questions qui n’y apparaissent pas, en raison du devoir d’impartialité de ses rédacteurs : l’inaction des Etats en matière climatique, la dénégation de nombreux acteurs économiques, les effets du capitalisme sur la biodiversité…

Les experts du GIEC ont beau ne pas être prescripteurs dans leurs travaux, comme ils le rappellent ici, rien ne les empêche pourtant de prôner une « fausse neutralité », à l’image du climatologue Christophe Cassou, longuement cité dans l’album. Ce dernier est régulièrement appelé à témoigner lors de procès pour des actions non violentes dénonçant la politique climatique du gouvernement. Apporter aux juges « les preuves de l’urgence climatique par les chiffres » n’est pas contradictoire avec l’objectivité scientifique, estime le chercheur.

Le lecteur oubliera vite les quelques faiblesses de cet ouvrage éminemment utile (dessin perfectible, texte parfois envahissant) pour enrichir ses connaissances sur un sujet aussi brûlant qu’anxiogène. « Vous avez la tête en permanence dans ces mauvaises nouvelles… Comment faites-vous pour dormir la nuit et revenir travailler le lendemain ? », est-il demandé aux participants d’une conférence de membres du GIEC. « Parfois, c’est dur…  », avoue l’un d’eux.

« Horizons climatiques. Rencontre avec neuf scientifiques du GIEC », d’Iris-Amata Dion et Xavier Henrion, Glénat, 320 p., 25 €.

 « Horizons climatiques. Rencontre avec neuf scientifiques du GIEC », d’Iris-Amata Dion et Xavier Henrion, Glénat, 320 p., 25 €.

Frédéric Potet

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