Ce dimanche 14 juillet, Stéphanie Karcher a été élue maire de Crest, dans la Drôme. Elle succède à Hervé Mariton, qui portait l’écharpe depuis 1995.
Une passation de pouvoir aux allures de transmission. Ce dimanche 14 juillet, Stéphanie Karcher a enfilé l’écharpe de la mairie de Crest, qui était portée depuis 1995 par Hervé Mariton. Après cinq mandats et presque 30 ans à la tête de cette ville de la Drôme, l’ancien édile avait démissionné le 8 juillet dernier.
Première adjointe lors du dernier mandat, Stéphanie Karcher était pressentie pour reprendre le flambeau. Elle était par ailleurs déjà maire par intérim depuis la démission d’Hervé Mariton. Ce dimanche, elle a été élue lors du conseil municipal avec 22 voix sur un total de 29, avec 7 bulletins blancs.
« J’ai souhaité préparer une transmission, je suis maire depuis 29 ans et j’ai pensé que c’était le bon moment pour faire en sorte qu’une équipe qui est en place depuis 2020 assume par elle-même la responsabilité des affaires de la ville. Je ne suis pas maire à titre perpétuel, il y aura des élections municipales en 2026 et c’est important de maintenir trajectoire que nous avons inscrite” explique Hervé Mariton, qui espère ainsi préparer le terrain.
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Hervé Mariton continuera de siéger au conseil municipal
Lors du dernier scrutin à la mairie de Crest en 2020, la liste d’Hervé Mariton l’avait emporté avec une courte avance de seulement 137 voix. La réélection avait été annulée dans un premier temps par le tribunal administratif de Grenoble. Son adversaire René-Pierre Halter avait mis en avant que des ressources de la collectivité avaient été utilisées à des fins de campagne, entre autres des chèques-cadeaux distribués aux habitants. Le jugement avait finalement cassé par le Conseil d’État.
Conservateur radical
« Candidat à la primaire présidentielle des Républicains de 2016 (à laquelle il ne peut finalement pas se présenter, faute d’avoir réuni les parrainages nécessaires), il se pose sur une ligne politique libérale économiquement (suppression du code du travail au profit des accords d’entreprises instauration d’un impôt à taux unique, suppression du logement social…) et conservatrice en matière de mœurs (abrogation de la loi autorisant le mariage homosexuel…). » MCD
En plus de sa fonction d’édile, Hervé Mariton a également été député de la Drôme à plusieurs reprises de 1993 à 2017 et conseiller régional de 1986 à 2022. Il a également été un éphémère ministre de l’Outre-mer (27 mars 2007 – 15 mai 2007 : ministre de l’Outre-mer. Un mois et demi . MCD ), dans le gouvernement de Villepin en 2007.
Ancien candidat à la présidence des Républicains en 2014 et à la primaire de la droite en 2016, il fut, sur le plan national, l’une des figures centrales de l’opposition de la droite au mariage pour tous.
Après avoir officiellement rendu l’écharpe ce 14 juillet, Hervé Mariton continuera toutefois de siéger au conseil municipal, et conservera la présidence du conseil du centre hospitalier de la commune.
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Le temps du citoyen roi
Publié le 11/12/2023
Stéphanie Karcher, professeur agrégé économie et gestion et première adjointe à Crest se penche sur la notion de « citoyen roi » et de ses effets sur le processus de décisions politiques et dans l’action publique.

Stéphanie Karcher, professeur agrégé économie et gestion et première adjointe à Crest
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En 1966, Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc co-écrivaient la chanson « Et moi, et moi et moi », une manière d’évoquer l’individualisme voire le nombrilisme ordinaire, lancinant, faisant partie intégrante de notre humanité. Les chercheurs, sociologues, psychologues du développement de l’enfant ont travaillé sur le concept d’enfant roi, enfant gâté et doté d’un sentiment excessif d’importance, « De l’enfant roi à l’enfant tyran » (Didier Pleux).
Les sciences de gestion, elles, portent la responsabilité du client roi. En 1996, Jean-Jacques Lambin, dans son ouvrage « Marketing stratégique », introduit la notion de « souveraineté de l’acheteur » pour décrire la suprématie du consommateur et de sa satisfaction. Pour les historiens, le Roi citoyen est incarné par Louis Philippe 1er, mais l’appellation « citoyen roi » reste entière et est posée ici.
Il s’agira donc de circonscrire cette notion de citoyen roi, de mesurer les conséquences de ses attentes et comportements dans le processus de décisions politiques et dans l’action publique pour enfin se demander si des outils existent pour ramener l’intérêt général au coeur des préoccupations publiques.
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Offre personnalisée pour chacun
Le citoyen roi, par son prisme individuel et égocentré, par ses propres sujets de prédilection, fait fi de l’intérêt général. Lui seul, dans sa supériorité de sachant, sait ce qui est bien (sous-entendu pour lui-même). Le citoyen roi, dont le pouvoir semble amplifié et démesuré par le buzz des réseaux sociaux, revendique, conteste, regrette, critique, fustige, rejette, impose… Bref, il expose sa frustration et son incapacité à y faire face, trait commun à tous ces « rois » : enfant, client et citoyen.
Sur son territoire, aucun domaine n’échappe à ce citoyen roi : l’alimentation, l’habitat, la mobilité, la mort, l’énergie, la consommation de l’espace, le patrimoine, la voirie et son traitement, les animations, les cirques, les entreprises, les modes d’élevages, les pratiques agricoles, les déchets, les types de commerce, la propriété… Impossible d’être exhaustif puisque le One to One est passé par là : une offre personnalisée pour chacun, unique par nature. Le « Et moi, et moi, et moi » prend ici tout son sens.
Cette avalanche d’attentes et de commandes publiques individuelles (un oxymore en fait) a des conséquences fâcheuses sur la décision politique comme par exemple la remise en cause perpétuelle des projets : énergivore en temps, finances, en moyens humains et ingénierie pouvant aller jusqu’au renoncement.
L’immobilisme, ou a minima l’attentisme, en est une variante. A l’inverse, l’impulsivité, comme réponse à l’immédiateté de celui qui gronde le plus fort, est une autre décision possible, tout comme le choix non éclairé, qu’il soit autoritaire ou démagogique ou encore « hors sol ».
La frustration du citoyen roi est une réponse émotionnelle à l’opposition ressentie. Deux issues sont alors à travailler face à sa réaction despotique : celle qui entend l’émotion et celle qui traite la contestation. Pour recentrer le citoyen roi sur l’intérêt général (si ce fondement a encore un sens), rien de mieux que de le ramener à une certaine rationalité : fournir de l’information, faire preuve de pédagogie, favoriser l’hétérogénéité et le faire savoir, apporter des limites, se confronter, affronter le réel circonstancié, agir avec bon sens et en responsabilité.
Parce que le citoyen roi surréagit, surinterprète, surcommunique, surestime, surstimule, surinvestit et surjoue, les élus doivent être formés et avoir le courage politique pour ne pas renoncer. En responsabilité, dans nos valeurs républicaines, il est indispensable d’entendre la contestation et la frustration du citoyen roi, mais sans les surévaluer au regard de sa représentativité parmi l’ensemble des citoyens dont la majorité dite silencieuse fait partie.
En somme, ne pas perdre la vue d’ensemble est une manière de répondre à la démocratie et de se mettre au service de l’intérêt général. N’en déplaise à l’intransigeant citoyen roi !
https://www.lagazettedescommunes.com/899476/le-temps-du-citoyen-roi/
