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L’humanité suffoque et on nous parle de Xavier Bertrand ?

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Dominique Méda

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Dans cette tribune, Dominique Méda et Guillaume Duval s’inquiètent de la possibilité d’un gouvernement tourné vers la droite alors que tout semble montrer une accélération du réchauffement climatique.

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Depuis le 9 juin dernier, il a été fort peu question d’écologie et de changement climatique dans le débat public en France. Pourtant celui-ci se rappelle constamment à notre attention avec des records de chaleur battus jour après jour dans le monde, manifestant une tendance inquiétante du réchauffement climatique à s’accélérer et à engendrer des conséquences de plus en plus dramatiques.

Près de 30 °C de plus que la moyenne habituelle enregistrée cet été (l’hiver là-bas) dans l’Antarctique, la température de l’eau en Méditerranée qui dépasse les 30 degrés, le Pakistan et l’Inde, 1,6 milliard d’habitants, un cinquième de la population mondiale, écrasés par des vagues de chaleur, y compris nocturnes, à plus de 40 °C qui y rendent le quotidien littéralement invivable… Même si la France a été en grande partie épargnée en juillet dernier par les fortes chaleurs qui se sont abattues sur le reste de l’Europe l’ampleur du réchauffement climatique et son accélération constante prennent des proportions très inquiétantes. Avec des conséquences de plus en plus dramatiques. Les feux de forêt ravagent plus que jamais l’Amérique du Nord et la Sibérie, détruisant irrémédiablement des puits de carbone majeurs. Tandis qu’en France, le climat déréglé a fait baisser cette année la production de céréales de 15 %.

Si nous ne réagissons pas très rapidement à cette accélération du changement climatique, l’humanité court à la catastrophe non pas dans cinquante ans mais plutôt dans dix… Il importe donc, en France comme ailleurs, d’accentuer sans délai les efforts pour sortir des énergies fossiles en développant les énergies renouvelables et en réalisant des économies d’énergie massives, notamment grâce à l’isolation des bâtiments. Mais il faut aussi d’urgence maintenant s’adapter à un changement climatique d’ampleur que nous ne pouvons plus éviter du fait du retard pris au cours des dernières décennies. Cela implique de modifier rapidement la nature des productions agricoles, de transformer en profondeur nos villes pour lutter contre les îlots de chaleur, d’anticiper sans tarder sur la montée prévisible du niveau des mers…

Il est cependant beaucoup question actuellement d’une alliance entre l’ex-majorité présidentielle et les Républicains comme alternative à un gouvernement du Nouveau Front populaire. Une telle alliance conservatrice serait porteuse non seulement d’un déni démocratique et d’une régression sociale majeurs mais aussi de conséquences catastrophiques pour la nécessaire conversion écologique de notre société, plus indispensable que jamais face au changement climatique.

Une alliance entre l’ex-majorité présidentielle et les Républicains serait en effet nécessairement marquée par un conservatisme foncier dans tous les domaines concernés par le changement climatique et la conversion écologique de notre société. Xavier Bertrand a pris la tête d’une croisade antiéoliennes dans sa région. Laurent Wauquiez a démantelé toute la politique environnementale dans la sienne et est parti en guerre contre la volonté de limiter l’artificialisation des sols. Ils s’opposent tous deux vigoureusement aux zones à faible émission et à l’élimination des produits phytosanitaires qui empoisonnent notre environnement…

Certes, après avoir été assez allant au début de son premier mandat, Emmanuel Macron lui-même a visiblement fait sienne ces dernières années la formule de son ami Nicolas Sarkozy sur « l’écologie, ça commence à bien faire ». Il faut dire qu’une politique ambitieuse de conversion écologique implique nécessairement une politique sociale tout aussi ambitieuse pour pouvoir aider les plus faibles en compensant les surcoûts générés transitoirement. Impossible de mener une politique écologique à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés si on se donne comme objectif parallèlement d’abaisser les impôts des plus riches et de réduire les dépenses publiques, et en particulier les dépenses sociales…

Malgré les renoncements d’Emmanuel Macron, nombreux et nombreuses sont cependant celles et ceux qui, au sein de l’ex-majorité présidentielle, restent conscients des enjeux écologiques et mesurent l’urgence de mener des politiques ambitieuses dans ce domaine. Le moment est venu pour elles et eux de prendre leurs responsabilités en empêchant que se constitue cette alliance conservatrice antiécologique qui plomberait l’avenir du pays.

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Dominique Méda, sociologue, auteure de « 2030, c’est demain. Un projet de transformation sociale-écologique » aux éditions Les Petits matins et Guillaume Duval, journaliste, auteur de « L’impasse, comment Macron nous mène dans le mur », aux éditions Les Liens qui Libèrent.

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