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Cinq phrases à éviter si vous ne voulez pas que votre enfant soit le roi et vous son sujet…

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Solveig Blakowski

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Même si l’on a tendance à penser que céder aux caprices de son enfant contribue à le rendre heureux, avoir le «oui» trop facile ne lui rend pas service.

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<em>«Retarder une demande non urgente et apprendre à un enfant à attendre auront des bénéfices inestimables.»</em> | Annie Spratt <a href="https://unsplash.com/fr/photos/garcon-se-couvrant-le-visage-en-se-tenant-debout-sySclyGGJv4" rel="nofollow">via Unsplash</a>

«Retarder une demande non urgente et apprendre à un enfant à attendre auront des bénéfices inestimables.»

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Attention, il y a «gâté» et «pourri-gâté»: distinguons un enfant choyé et reconnaissant d’un enfant tyran. Dans la plupart des cas, si le fruit de vos entrailles est un vilain petit ingrat, c’est sûrement à cause de certaines phrases que vous prononcez. En effet, «la façon dont nous leur parlons façonne leur compréhension des limites et des conséquences», explique Ann-Louise Lockhart, psychologue pédiatrique.

Rassurez-vous, ce n’est pas une fatalité, et le comportement de votre enfant peut évoluer –grâce à vous. «Les enfants ne sont pas des fruits qui pourrissent et sont ruinés à jamais», affirme Eileen Kennedy-Moore, psychologue. Nous avons réuni les phrases à bannir et comment les remplacer, d’après des expertes en la matière. Voici le top 5.

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1. «Bon, d’accord. Juste cette fois»

À force de l’entendre vous supplier, vous laissez votre enfant regarder la télé après 22h «juste pour cette fois.» En réalité, le répit que vous vous octroyez ce soir-là n’est que de courte durée. «Cela montre que les limites sont flexibles et qu’il est possible de les dépasser en insistant», déclare Ann-Louise Lockhart. Prenez plutôt bien le temps de réfléchir au moment de dire «non»: si c’est quelque chose qui ne vous importe pas, dites «oui», mais dans le cas contraire, tenez-vous-en à cette réponse. C’est le meilleur moyen pour lui d’apprendre à gérer la déception.

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2. «Si tu es sage, je t’offrirai une friandise»

Un enfant n’est pas un poney à qui on donne un susucre à chaque tour bien exécuté. Une utilisation constante de la récompense peut créer un état d’esprit «transactionnel», dans lequel les enfants ne se comportent bien que s’ils obtiennent quelque chose en retour, indique Ann-Louise Lockhart. Mettez plutôt en avant les avantages d’un bon comportement. Par exemple: «Bravo, tu as fini tes devoirs! Maintenant, tu as plus de temps pour jouer avant le dîner.»

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3. «Bien sûr, tout de suite!»

Tout vient à point à qui sait attendre. Ce vieil adage est toujours bon à enseigner; surtout quand vous êtes en train de parler et que votre marmot vous tire la manche sans discontinuer. «Retarder une demande non urgente et apprendre à un enfant à attendre auront des bénéfices inestimables», d’après Michele Borba, psychologue de l’éducation. Pour les plus jeunes, vous pouvez même leur donner une tâche à faire pendant qu’ils attendent, comme chanter une chanson ou compter jusqu’à 10.

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Le «syndrome de l'enfant pressé», quand les attentes sont trop grandes pour les petits
Le «syndrome de l’enfant pressé», quand les attentes sont trop grandes pour les petits
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4. «Je t’ai déjà dit de faire ça douze fois»

Une fois, pas deux, deux fois, pas trois… Puis comme on dit, jamais deux sans trois. Au bout du compte, vous vous retrouvez à répéter éternellement la même chose, sans résultat. Plutôt que de vous époumoner, s’ils n’écoutent pas la première fois, Eileen Kennedy-Moore, coautrice de livres destinés aux parents, recommande d’attirer pleinement l’attention de votre enfant avant de lui confier une mission. Pour cela: établissez un contact visuel ou posez votre main sur son épaule. Une fois que vous avez son attention, laissez-le se concentrer sur la tâche à accomplir, avant de lui parler à nouveau.

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5. «Aucun problème si tu ne veux pas prêter ton jouet»

Vous êtes au parc, et votre petit Timothée ne veut pas prêter son ballon au copain d’à côté. Embarrassé (et pour éviter une crise), vous refilez un autre jouet au petit désarçonné au lieu d’insister. Or, dans cette situation, votre enfant n’apprend pas à penser à son prochain. Michele Borba conseille plutôt de lui demander: «Comment te sentirais-tu si c’était toi?».  Parler de ses sentiments et les nommer est essentiel pour lui apprendre à les identifier. Les psychologues sont unanimes : en devenant plus empathiques, les enfants sont plus susceptibles d’être heureux.

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Solveig Blakowski.

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L’enfant-tyran et ses symptômes

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Pierrette Witkowski

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Nous nous sommes proposé de parler d’enfants-tyrans à chaque fois que l’enfant réussit, sur une longue période, à imposer ses propres règles de fonctionnement à sa famille en exerçant des actions interprétées par son ou ses parents comme autant de pressions psychologiques et/ou d’agressions physiques.

Une telle définition implique que la gravité, voire la réalité de l’agression physique ou psychologique, est secondaire puisque les parents « battus » sont capables de répondre par les mêmes signaux de terreur et/ou de soumission à la colère d’un enfant de 3 ans (cris, coups, etc…) qu’à celle d’un adolescent qui quelques années plus tard, leur inflige un traumatisme crânien.

Pour entrer en relation avec ces familles, le thérapeute doit respecter l’imaginaire familial même si celui-ci va à l’encontre de ses propres critères d’appréciation de la réalité. Il doit comprendre qu’un enfant de 3 ans peut être vécu comme terrorisant et qu’à l’inverse, certains parents justifient l’enfant qui les a envoyés à l’hôpital, faute de quoi l’impasse relationnelle est immédiate.

Dans notre population, il s’agit d’enfants âgés de 1 à 16 ans, le plus souvent de sexe masculin (17 sur 22), qui occupent généralement une place privilégiée auprès des parents (aîné, cadet, enfant unique).

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Le tableau symptomatique présenté est plus ou moins complexe et comprend :

  • un comportement tyrannique à la maison avec refus d’obéissance et colères, accompagnées ou non de menaces, d’intimidations, de dégâts matériels, d’agressions physiques (morsures, coups, …) ;
  • un échec scolaire fréquent mais non systématique. Habituellement, les performances scolaires sont irrégulières, les baisses correspondant toujours à un refus d’investissement (grève de l’école) chez un enfant dont les potentialités intellectuelles ne sont généralement pas mises en cause : « il peut quand il veut… » ;
  • une extension des problèmes domestiques à l’extérieur de la maison avec vols, violence à l’école, dégradations matérielles sur la voie publique, etc.… (3 sur 22) ;
  • des menaces autoagressives (menaces de suicide, de fugue,…) (2 sur 22).

Dans la majorité des cas, les parents déclarent que les problèmes ont commencé précocement, dans la prime enfance, vers 3 ou 4 ans, même plus tôt, par des refus d’obéissance, des colères parfois associées à des coups ou des morsures. Une mère insiste même sur le fait que son enfant a entamé « son bras de fer dès l’âge de 6 mois : il hurlait sans raison, juste pour m’obliger à céder… » Dans deux cas, les problèmes ont débuté plus tardivement, à la faveur de la naissance d’un cadet (6 ans) et d’un déménagement de la famille (8 ans).

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Ensuite, les problèmes ont grandi progressivement en même temps que l’enfant, avec des moments d’aggravation et des moments d’apparente rémission. Au total, la tendance a toujours été globalement dans le sens d’une escalade en famille et parfois à l’extérieur de celle-ci.

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Si l’enfant se contente en général d’agresser un seul de ses parents physiquement (la mère), il n’obéit pas davantage à l’autre parent. C’est surtout dans les cas où les deux parents sont « agressés » que les membres de la fratrie se trouvent exposés eux aussi à la violence de l’enfant-symptôme.

Le parent « cible » se montre toujours incapable de résister à l’enfant, même lorsque celui-ci est très jeune. Si quelquefois, il peut admettre son incapacité à réagir ou à résister à l’enfant, comme cette maman qui avoue sa terreur lorsque l’enfant la mord ou la frappe, le plus souvent, l’absence d’une réaction adaptée est rationalisée :

« Je ne punis pas mes enfants, je préfère leur expliquer…C’est un principe d’éducation. »

« Je ne veux pas envahir mes enfants ; ils doivent apprendre à se contrôler eux-mêmes, en suivant notre exemple… »

« Si je réagis, je le tue ; j’ai peur de ne pas me contrôler… Je ne veux pas être un parent maltraitant. »

Il faut dire que tous ces arguments sont étrangement similaires : ne pas envahir, ne pas forcer l’enfant, ne pas être maltraitant.

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La difficulté à dire le problème

La violence de l’enfant, son comportement tyrannique ne sont que rarement le motif initial de consultation (4 sur 22).

Les parents consultent pour un refus alimentaire, des difficultés scolaires ou de vagues problèmes psychologiques qu’il est parfois bien difficile de faire préciser.

Les faits sont minimisés, rationalisés ou omis, et les parents qui font la démarche pour la première fois, montrent une difficulté quasi constante à évoquer le problème. Les plus explicites parlent de désobéissances répétées, et parfois insistent lourdement sur leur crainte que l’enfant n’ait un avenir de délinquant ou de toxicomane alors que le « délinquant » potentiel va encore à l’école maternelle.

Il faut ajouter que cette difficulté à « dire ce qui ne va pas » s’accompagne presque toujours d’un tel cortège d’auto-accusations et de sentiments de culpabilité qu’il n’est pas rare que le thérapeute soit bientôt mieux informé sur ce que les parents se reprochent que sur les symptômes de l’enfant. Il a le sentiment qu’ils lui demandent davantage de juger leurs compétences parentales que d’aider l’enfant, comme s’il leur était difficile d’identifier ce dernier comme porteur du problème alors qu’ils pressentent confusément qu’ils n’y sont pas étrangers.

Face à un tel discours, le thérapeute peut s’irriter ou devenir confus si toutefois il n’a pas déjà cédé à la tentation de rassurer les parents.

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« Tout interdit est violence »

Rappelons-nous que ces parents craignent avant tout d’être intrusifs. Ils répugnent à poser des interdits, des limites et souhaitent que l’enfant s’autocensure. Leur mythe est qu’il est interdit d’interdire.

Qu’ils en soient conscients ou non, l’interdit, même le plus banal, est vécu comme une violence, comme une transgression du mythe. Cette transgression mérite une sanction. Un père nous a ainsi déclaré : « Je ne m’en suis pas tenu à mes idées, je l’ai interdit de sortie, alors il a tout cassé… Je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même… »

A partir d’exemples comme celui-là, nous avons fait l’hypothèse que tout refus d’obéissance et a fortiori toute violence de l’enfant constituent une sanction légitime des parents qu’il ne leur est guère possible de contester sous peine de commettre une violence encore plus grande. Au fil du temps et des expériences, l’enfant peut en déduire à juste titre « qu’il est interdit d’obéir ». Autrement dit, son problème est le suivant : il obéit s’il désobéit et désobéit, s’il obéit aux injonctions parentales.

C’est en désobéissant, en tyrannisant sa famille, en étant maltraitant qu’il la protège. Nous dirons qu’il est maltraitant, tyran par délégation, il l’est pour que ses parents ne le soient pas. C’est sa manière de les aider à croire, ce qui pour eux est justement incroyable, à savoir qu’ils sont néanmoins de bons parents, tout du moins tant qu’ils subissent sans broncher même ce qui est inacceptable. C’est clairement l’opinion de la mère de Charles-Henri « […] le supporter, c’est au moins lui prouver qu’on l’aime… alors qu’on n’a déjà pas su comment s’y prendre avec lui… »

S’il est pris dans une telle logique, l’enfant doit recommencer sans cesse, taper toujours un peu plus fort, tyranniser davantage pour que le sacrifice des parents soit de plus en plus manifeste et les rassure sur leurs compétences.

Pierrette Witkowski

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