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Julie Battilana, sociologue : « Nous devons accroître notre capacité à agir pour faire face aux crises auxquelles nous sommes confrontés »

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Dans un entretien la professeure à Harvard propose une approche originale de l’analyse du pouvoir dans nos sociétés. Elle invite les lecteurs de son nouvel ouvrage à prendre conscience du rôle qu’ils ont à jouer pour participer à l’édification d’un monde meilleur.

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Antoine Reverchon

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Julie Battilana, professeure de sociologie des organisations à la Harvard Business School (Etats-Unis), détient la chaire d’innovation sociale de la Harvard Kennedy School ; sa coautrice, Tiziana Casciaro, est professeure de comportement organisationnel à l’Ecole de gestion Rotman de l’université de Toronto (Canada).

C’est l’alliance de leurs connaissances – sur les entreprises pour l’une, sur les individus pour l’autre – qui a permis de forger une approche très originale de l’analyse du pouvoir dans nos sociétés. Le livre, écrit à quatre mains et publié en 2021 chez Simon & Schuster, a été traduit et adapté au lectorat français par Julie Battilana sous le titre Le Pouvoir, pour tous ! Comprendre les dynamiques du pouvoir pour transformer le monde (Dunod, 360 pages, 26,90 euros).

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Votre ouvrage oscille entre deux styles contrastés. L’un, très américain, ressemble aux livres de conseil en management, avec des principes frappés au coin du bon sens et des portraits de personnages exemplaires. L’autre style, plus européen, l’apparente à un manifeste politique et tire de l’analyse conceptuelle des outils pour renverser le système, au nom d’un idéal de société meilleure. Pourquoi ce choix, assez déroutant ?

L’objectif du livre est de démocratiser l’accès à la connaissance sur le pouvoir et de pousser les lecteurs à prendre conscience du rôle que nous avons toutes et tous à jouer pour éviter les abus de pouvoir dans les organisations et les sociétés, et pour accroître notre capacité à agir ensemble afin de faire face à la crise économique, sociale, environnementale et politique à laquelle nous sommes confrontés.

Mon travail de recherche sur le « changement divergent » (c’est-à-dire en rupture par rapport aux normes existantes) m’a appris qu’être exposé à des environnements institutionnels différents permet plus facilement d’innover et de mettre en œuvre des changements qui s’éloignent des sentiers battus.

Etant franco-américaine et connaissant bien les normes des deux côtés de l’Atlantique, j’ai voulu m’appuyer sur cette expérience pour écrire un livre à la fois accessible au lecteur et fermement ancré dans la recherche, soucieux de répondre à la fois aux questions les plus simples sur les relations de pouvoir interpersonnelles et aux questions les plus complexes sur les dynamiques de pouvoir dans les organisations et la société.

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Vous présentez tout au long de l’ouvrage des personnages quelque peu héroïsés, incarnant des modèles à suivre, telle Lia Grimanis, ancienne femme d’affaires et de pouvoir canadienne devenue la fondatrice d’une association d’aide aux femmes sans abri. Pourquoi ce procédé ?

Les histoires individuelles, fréquemment utilisées dans les livres américains, sont peu répandues en France dans les ouvrages reconnus comme légitimes par le monde intellectuel. Inversement, la dimension « manifeste », souvent présente dans les ouvrages français les plus influents, l’est bien moins aux Etats-Unis.

De mon point de vue, les histoires individuelles sont dangereuses si elles ne prennent pas en compte le contexte dans lequel l’action se déroule et la façon dont il facilite (ou complique) les choses pour les parties prenantes. Elles sont toutefois un formidable outil pour illustrer les concepts et pousser les lecteurs à l’action, à condition d’éviter les simplifications outrancières.

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D’un autre côté, cet aspect « manifeste », familier aux Européens, n’a-t-il pas été mal reçu aux Etats-Unis ?

La dimension « manifeste » risque de tourner au travail purement idéologique si les propos sont déconnectés du travail de recherche empirique. En revanche, si l’analyse est ancrée dans cette recherche, il devient possible de s’appuyer sur des données et des analyses à l’échelle organisationnelle et sociétale afin de mettre en avant le besoin de changement et de présenter des solutions alternatives. D’où l’importance des études empiriques sur lesquelles je m’appuie tout au long du livre, et des notes de bas de page permettant à celles et ceux qui le désirent, ainsi qu’aux experts du monde académique, d’aller plus loin.

Il me semble que, plutôt que rester ancrés dans des façons d’écrire et de penser institutionnalisées dans différents pays et différents secteurs, nous pourrions plus souvent essayer de combiner les approches au service des projets que nous menons. C’est ce que j’ai voulu faire. Pour éviter que les lecteurs soient déroutés, j’ai essayé de les accompagner dès l’introduction en leur expliquant à la fois mes objectifs et ma démarche au service de la démocratisation de la connaissance sur le pouvoir.

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Le pouvoir, pour tous ! Comprendre les dynamiques du pouvoir pour transformer le monde ; Par Julie Battilana, Tiziana Casciaro · 2024

Le pouvoir, pour tous ! : Comprendre les dynamiques du pouvoir pour transformer le monde

Le pouvoir attire et repousse, captive et révulse. Il est au coeur des grands chamboulements historiques et sociaux, mais aussi des interactions du quotidien. pourtant, il reste largement mécompris.

Dans cet ouvrage percutant, Julie Battilana et Tiziana Casciaro s’attaquent aux idées reçues sur le pouvoir et dévoilent ses véritables mécanismes. En s’appuyant sur les sciences humaines et sociales, et des exemples concrets, elles mettent en lumière un principe fondamental : dans toute relation, le pouvoir revient à celui qui contrôle l’accès de ce qui a de la valeur pour l’autre. Ainsi, il est toujours relatifs et n’est ni intrinsèquement bon ni mauvais. Il incombe donc à chacun de nous d’identifier nos sources de pouvoir, et de décider comment et à quelles fins les utiliser, aussi bien au travail qu’en société.

Quel que soit votre âge ou votre parcours, il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour comprendre et exercer le pouvoir à bon escient.
  « Une analyse magistrale qui vous amène à revoir toutes vos idées sur le pouvoir et l’influence. »
Adam Grant (psychologue social, profeseur à l’université de Pennsylvanie et auteur)

« Un livre indispensable pour tous ceux qui aspirent à comprendre et à agir sur les dynamiques de pouvoir qui façonnent notre monde. »
Florence Verzelen (directrice générale adjointe de Dassault Systèmes, membre du comité directeur de l’Institut Montaigne et autrice)

« A mettre entre absolument toutes les mains : des citoyens, des étudiants, des cadres et des chefs d’entreprise, des dirigeants politiques ou des militants associatifs. »
Anne-Claire Pache (professeure, directrice de la stratégie et de l’engagement sociétal de l’ESSEC et autrice).

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