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Le démocrate des villes et le démocrate des champs 

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Parlons de ce qu’on connaît … nos petits villages de 100, 200, 300 habitants.

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Olivier Girard-Yel,

Ancien maire, conseiller municipal depuis 25 ans à Saint julien en Quint-26.

14 janvier 2026

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Là-haut comme on dit (moins d’altitude pourtant, mais plus d’études et beaucoup plus de certitudes), ils disent « communes de moins de 1000 habitants ». Ça fait plus sérieux.

C’est quand même plus de 7 communes sur 10 et beaucoup de superficie, mais peut-être même pas 1 français sur 5. Ces français qu’ils vont voir quand ils partent en vacances en région (on ne dit plus province, ni plouc paysan d’ailleurs, c’était dévalorisant).

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La démocratie des champs, c’était essayer de vivre ensemble avec un peu de solidarité et d’entraide. Ça peut être utile quand les pompiers ou l’épicerie sont à plus d’une demi-heure de route. Bon d’accord on pouvait aussi se faire la gueule ou bien pire (on reste des êtres humains quand même) mais bon, on essayait. Alors les habitants désignaient une fois tous les 6 ans ceux qui pourraient les représenter pour défendre l’intérêt commun et gérer la commune, entre eux mais aussi face à l’État pas toujours très sensible à leurs préoccupations rurales.

On marquait onze noms sur une feuille (moins si on n’avait pas confiance en autant de personnes). Souvent on ne savait pas vraiment tout sur eux ni leurs choix politiques : elle devait bien être un peu excessivement à gauche, ou lui sans doute extrêmement trop à droite, mais il ou elle saurait peut-être gérer les intérêts du village, c’est ce qui importait d’abord. On comptait, et les conseillers, qui ne s’aimaient pourtant pas forcément, essayaient de travailler ensemble.

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La démocratie des villes, c’est un peu différent. Les habitants ne se connaissent pas tous, loin s’en faut. Il y a des enjeux (et des intérêts) économiques importants et parfois des projets bien marqués politiquement. Donc on affiche des têtes de liste (souvent des professionnels de la politique, ou qui le deviendront) et on vote pour un programme « sérieux » (déviation, hôpital, zone d’aménagement concerté, développement agricole, tourisme, …).

Et bien aux prochaines élections municipales, les démocrates des champs seront traités comme les démocrates des villes (vive l’égalité républicaine !). 5 objectifs forts sont annoncés :

Harmoniser et simplifier le mode de scrutin aux élections municipales afin de garantir la vitalité démocratique, la cohésion municipale et la parité.

C’est beau, personne n’est contre, bien au contraire, et ça fait envie !

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– Harmoniser :

Combiner des voix ou des choses différentes pour qu’elles aillent bien ensemble. Là il s’agit plutôt que tout le monde marche au (même) pas, la règle des démocrates des villes s’appliquant presque indistinctement aux démocrates des champs.

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– Simplifier :

Écrire 11 noms et prénoms sur une feuille semble être compliqué pour certaines élites. Il y a quelques années, il a déjà été interdit (pour simplifier déjà ?) de voter pour des non-candidats. Ceci permettait pourtant que les électeurs puissent désigner une personne ne souhaitant pas forcément se mettre en avant. Elle était libre d’accepter ou non.

L’obligation de se porter candidat, puis maintenant de constituer des listes apporterait donc de la simplification ?

Le calcul de la proportionnalité (en 3 étapes, très alambiqué et pas du tout proportionnel) serait plus simple que de compter 11 noms les plus cités ?

Je dois être un peu trop simple d’esprit.

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– Vitalité démocratique :

La constitution des listes et de leur ordonnancement se fait dans un cercle privé. Le choix pour les électeurs (d’autres diraient administrés) se borne à choisir entre 1 ou 2 listes (voire 3 s’il y a vraiment une vitalité débordante) au lieu de choisir 11 noms.

Nos spécialistes en démocratie prédisent d’ailleurs actuellement qu’il n’y aura souvent qu’une liste pour les petites communes (mais on verra sans doute que leurs boules de cristal sont un peu embuées). Dans le cas d’une seule liste, il suffit qu’un seul habitant aille voter pour que cette liste soit élue, exactement comme si tout le monde allait voter. Soignez la vitalité démocratique bien au chaud chez vous !

Vu que les votes blancs et nuls ne comptent toujours pas (risque de trop de vitalité civique sans doute), un taux d’abstention de 99% n’empêchera pas vos candidats d’être élus à la majorité, que dis-je, à l’unanimité.

Garantir la vitalité démocratique, qu’y disaient !

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– Cohésion municipale :

(Petite parenthèse : les psychologues politiques ont dit que le « tir aux pigeon », c’était mal, traumatisant pour les pigeons, … qu’il fallait supprimer ça pour éviter les stress post-traumatiques dans les communes. Ah oui, « tir aux pigeon », en langage de là-haut, ça veut dire rayer un nom sur une liste pour choisir qui on veut élire. Fini cette pratique barbare !)

Aux élections précédentes, on élisait un conseil municipal hétérogène et on tentait si possible de travailler ensemble au bien commun. Pas toujours facile : cela obligeait à écouter un peu les autres et à faire quelques compromis. Certains appellent ça la vie en société.

Aujourd’hui, les habitants doivent se disputer et créer des « programmes » pour valoriser leur liste afin d’éliminer les autres. C’est la nouvelle règle du jeu : s’écharper avant, pour régner seul après.

Comment ! Mais il y a la proportionnelle ! C’est plus soft avec la proportionnelle.

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Sur 11 conseillers, la deuxième liste n’en aura que 1 (si elle obtient plus de 16% des suffrages) ou 2 (si elle en obtient plus de 33%). Donc le message est clair : que la plus forte gagne et il fera ce qu’il voudra ensuite.

On voit même des conseillers municipaux qui s’entendent bien et qui souhaitent renouveler leur mandat, être obligés d’éliminer certains des leurs pour faire place à la parité, d’où des conflits avant même le début de la création des listes.

Cette réforme électorale viserait-elle à semer la zizanie dans des contrées trop éloignées de la vraie démocratie (vous savez, Bruxelles, les traités internationaux, les professionnels de la politique, le politiquement correct, …).

Une vraie cohésion municipale permettant de résister aux mesures imposées par l’État et de tenter de faire valoir les intérêts des démocrates des champs face à ceux des démocrates des villes ferait-elle tâche ?

Mais il y a …

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– La parité :

Pas la parité pour les postes à responsabilité, l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, le respect du corps de l’autre, … Tout ça, les démocrates s’en occupent. Ça progresse à grands à petits pas.

Je parle de la parité dans la démocratie ! Du sérieux.

Bon, dans nos villages il y a souvent peu de femmes qui souhaitent se présenter (mais parfois il y en a trop et pas assez d’hommes). Ce n’est en général pas du fait de leur genre que certaines ne sont pas élues (ni certains pas élus), mais ce serait bien de leur tordre un peu le bras pour les inciter à participer à la vraie démocratie (vous savez, Bruxelles, les traités…).

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– Donc les nouvelles règles électorales garantissent la parité (c’est écrit, et c’est consensuel).

Actuellement, sans garantie de parité, il y a dans notre conseil municipal 8 hommes et 2 femmes (il y avait eu une démission). C’est vilain, c’est un conseil machiste et irrespectueux des valeurs de la République. Et ça va changer, on vous le garantit !

Voici une petite histoire. Je vous la fais courte en imaginant que des candidates ont du mal à recruter des hommes pour établir leur liste obligatoirement paritaire.

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Elles disent aux hommes (qui n’ont pas envie d’être au conseil) « tu pourras démissionner après l’élection, c’est juste pour respecter la légalité » et elles font une liste de 7 femmes et 6 hommes, alterné.e.s tout bien comme il faut.

Supposons que cette liste gagne à 55% face à une deuxième liste commençant aussi par une femme.

Donc nous aurons au conseil 5 femmes + 4 hommes de la liste 1 (9 sièges, calcul de la fameuse et simple proportionnelle en 3 étapes), et 1 homme + 1 femme de la liste 2 (2 sièges).

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11 conseillers en tout… ne partez pas encore, ce n’est pas si compliqué et la chute est amusante… si on aime l’humour noir.

Les 5 hommes démissionnent et sont remplacés par les candidats suivants de leurs listes respectives, qui étaient en réserve : 2 femmes + 2 hommes de la liste 1, et 1 femme de la liste 2.

Restent donc au conseil 9 femmes et 2 hommes (11 en tout toujours). Les 2 hommes démissionnent et ne sont pas remplacés car il n’y a plus d’élus de la liste 1 en réserve.

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Le nouveau conseil, constitué de 9 femmes et pas un seul homme, est réputé complet et pourra siéger pendant 6 ans, dans le respect total de la nouvelle loi électorale qui nous a garanti la parité.

Vous pouvez inverser femmes et hommes … ça marche aussi (hé oui, c’est paritaire !). Elle n’est pas belle la vie !

Bon, vous l’aurez compris, je ne trouve aucun point positif à cette loi électorale votée en 2025 et pour laquelle on ne nous a jamais demandé notre avis. La démocratie recule encore dans nos petites communes, autant qu’elle n’est pas respectée à la tête de l’état.

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Olivier Girard-Yel,

Ancien maire, conseiller municipal depuis 25 ans à Saint julien en Quint-26. ( Ancien maire 2008-2014 )

14 janvier 2026

1 Commentaire

  1. Je vous remercie pour cet article, qui met en évidence de manière éloquente le « parisianisme », un phénomène qui, notamment sous la présidence Macron, a menacé l’harmonie dans notre communauté républicaine.
    Juste un petit complément pour souligner que les deux parlementaires qui concernent le Diois ont voté cette loi.
    Tout d’abord, Marie Pochon, députée représentant notre grande circonscription rurale française, qui a voté en faveur du projet de loi. Il semble que ce vote ait été unanime parmi les membres du parti écologiste présents. Bien que les votes de groupe aient leur utilité dans beaucoup de cas, je trouve cela regrettable sur ce texte précis.
    Ensuite, le sénateur Bernard Buis qui, à la Haute Assemblée, celle qui représente d’abord les collectivités locales, a trouvé le moyen de voter pour cette loi. Consternant pour lui, qui était maire d’une commune de 60 habitants avant de « grimper » dans la hiérarchie des mandats.

    Il est important aussi de noter que de trouver le nombre d’individus composant une seconde liste peut s’avérer presque impossible dans les « petites » municipalités, ce qui entraînera la disparition des voix susceptibles d’apporter une opposition constructive.

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