Afflux de monde à la montagne : « Tout ce qu’on a voulu éviter par la fermeture des remontées mécaniques, on l’a créé là », déplore le maire de Lans- en-Vercors…
Seulement 6 % de Français partent en vacances à la neige… Et la moitié ne chaussent pas de chaussures de ski, préférant le « Wi-ski » ! Ce sport de riches va t il disparaitre avec le dérèglent climatique ? Non, car le ski n’est qu’une façon de se retrouver entre classes sociales privilégiées !
Michaël Kraemer, maire de Lans-en-Vercors, en Isère, dénonce dans une « lettre ouverte » au président de la République, au Premier ministre et au préfet de son département, le manque d’anticipation du gouvernement.

En Isère, les stations de ski ont été prises d’assaut ce week-end. Ski de fond, raquette, luge, toutes les activités autorisées ont été pratiquées par les Français sur place. Michaël Kraemer, maire de Lans-en-Vercors, en Isère, a écrit une « lettre ouverte » au président de la République, au Premier ministre et au préfet de l’Isère dans laquelle il dénonce un manque d’anticipation du gouvernement. Il était invité lundi 14 décembre sur franceinfo.
Comment était la fréquentation ?
Michaël Kraemer : C’était une fréquentation digne des plus grands week-ends de février avec du beau temps, une neige excellente et énormément de monde. Il y avait beaucoup de nouveaux pratiquants et donc qui n’ont pas les codes de la montagne. Les domaines ne sont pas sécurisés puisque nous n’avons pas encore embauché nos saisonniers, les parkings ne sont pas gérés, il y avait du monde partout sur la montagne.
Que reprochez-vous au gouvernement ?
La semaine dernière, on a été obligé de prendre des arrêtés en urgence pour fermer nos pistes pour se mettre en sécurité par rapport à nos responsabilités pénales de maire. Cette semaine, on a une affluence record. Avec l’ensemble des acteurs du monde skiable et l’association nationale des maires de montagne on avait prévu des protocoles pour encadrer les personnes. Mais aujourd’hui force est de constater que le monde vient même si les stations sont fermées, les attroupements sont là. On aurait pu les canaliser grâce à nos professionnels, les accompagnateurs de moyenne montagne et aux activités qu’on a proposé. Là, on a laissé tout le monde à la montagne, tout le monde a besoin d’air et les gens sont venus en oubliant le minimum des gestes barrières, des précautions d’usage. On est dans une situation ubuesque. Tout ce qu’on a voulu éviter par la fermeture des remontées mécaniques, on l’a créé là.
Cette fermeture était donc inutile ?
C’est très contreproductif. On va devoir sécuriser nos domaines, l’Etat nous a promis de l’argent, pour éviter l’accidentologie parce qu’on n’est pas insensible, nous les maires. Donc, même si on n’a pas de rentrées d’argent on va dépenser pour sécuriser et on espère que les aides arriveront parce que cela va être difficile.
La réouverture des pistes est prévue le 7 janvier. Pensez-vous qu’il faut rouvrir avant ?
Je pense qu’il faut rouvrir avant. Il faut qu’on organise les flux autour des montagnes parce que les gens ont besoin de s’oxygéner et la montagne est une valeur refuge. On est prêt à les accueillir mais il faut que les conditions soient réunies pour éviter qu’on devienne des clusters. On peut organiser des gestes barrières, sensibiliser les gens. Si on rouvre, on arrivera à canaliser les personnes.
Les skieurs de randonnée « agglutinés », le coup de gueule du maire de Lans-en-Vercors (Isère)
Malgré la fermeture des remontées mécaniques, plusieurs stations ont été prises d’assaut ce week-end en Isère. Le maire de Lans-en-Vercors dénonce l’incohérence du gouvernement qui laisserait les amateurs de ski de randonnée « s’agglutiner » et prendre des risques sur les pistes.

« Aujourd’hui, dimanche 13 décembre, nos parkings sont saturés plus qu’un week-end de février« . Michael Kraemer, maire de Lans-en-Vercors, a du mal à cacher son écœurement.
Pour limiter la propagation du virus, le gouvernement a décidé d’interdire les remontées mécaniques pendant les fêtes de fin d’année. En revanche, la pratique du ski de fond, des raquettes et du ski de randonnée est toujours autorisée en montagne.
Entre « 4000 et 5000 personnes » ce dimanche
Ce dimanche 13 novembre, les Isérois habitants à moins de 20 kilomètres de Lans-en-Vercors ne se sont donc pas fait prier pour profiter de la poudreuse.
Dans une vidéo publiée sur Facebook par Michael Kraemer, on remarque en effet des dizaines de voitures garées au bord de la route à cause de parkings saturés. « Vu l’état des parkings, je pense qu’on a eu entre 4000 et 5000 personnes hier, explique-t-il. Et les vacances n’ont même pas commencé ! C’est mon deuxième mandat et je n’avais jamais vu autant de monde sur les parkings. Les gens devaient se garer sur la route départementale« .
Contacté par téléphone ce lundi matin, le maire semble toujours énervé après avoir passé un dimanche particulièrement éprouvant. « Il y avait du monde partout, des gens pas canalisés avec zéro respect des gestes barrières, zéro masque et des groupes de plusieurs familles. Tout ce qu’on veut éviter quoi ! s’agace-t-il. Moi j’ai passé une journée infernale entre les gens qui ignorent les conseils et qui continuent quand on a le dos tourné et ceux qui nous insultent à cause de l’interdiction de la montagne! »
Face à ce constat, le premier édile a publié un coup de gueule sur les réseaux sociaux pour mettre le gouvernement « face à ses contradictions » : « Au-delà, du chiffre d’affaire perdu, qui n’est au final qu’un épiphénomène au regard de tout le reste, c’est le manque d’anticipation, de volonté de compréhension de nos métiers de nos stations, et le sentiment d’abandon qui prédomine« , écrit-il.
Selon lui, la décision de fermer les remontées mécaniques pour éviter les accidents et les prises en charge hospitalières ne tient pas la route. Ce week-end, il aurait constaté de nombreux comportements dangereux de la part des skieurs : « J’ai vu des gens en baskets ou encore des papas qui remontaient les pentes avec les skis de toute la famille sur le dos ! Certains sont allés faire de la luge sur les pistes de slalom, qui étaient ouvertes uniquement pour les mineurs licenciés du club. Ça a suscité une incompréhension, les gens ne comprenaient pas pourquoi certains jeunes avaient le droit de skier. Ça a dégénéré en bagarre entre un papa qui voulait faire de la luge au milieu du slalom et les compétiteurs« .
Monsieur Le Président de la République, Monsieur Le Premier Ministre, Monsieur Le Préfet,
J’écris ces lignes, dans un état d’esprit partagé entre colère, amertume, résignation et abandon…
Aujourd’hui, dimanche 13 décembre, nos parkings sont saturés plus qu’un we de février. Au delà, du chiffre d’affaire perdu, qui n’est au final qu’un épiphénomène au regard de tout le reste, c’est le manque d’anticipation, de volonté de compréhension de nos métiers de nos station, et le senti…


Les gens sont là, agglutinés les uns sur les autresCe week-end, d’autres stations ont été prises d’assaut, comme celle de Chamrousse en Isère. Le maire de Lans-en-Vercors regrette que les élus et professionnels du milieu n’aient pas été plus écoutés par l’exécutif : « L’ensemble des acteurs de la montagne avait mis en place un protocole pour éviter la propagation du virus et permettre un encadrement de la pratique de la montagne, écrit-il sur Facebook. Vous avez voulu faire sans nous. Aujourd’hui, force est de constater que les gens sont là, en groupe de 5, 10, 15…voire plus sans masque, sans gestes barrières, agglutinés les uns sur les autres« .
Malgré la confirmation de la fermeture des remontées mécaniques par le Conseil d’Etat, l’édile demande au gouvernement de « rectifier le tir » à l’approche des vacances de Noël : « On avait mis en place des protocoles qui nous auraient permis de canaliser les gens mais l’Etat n’en a pas voulu. Résultat : il a encouragé les gens à aller en montagne en prenant des risques. C’est désolant. On a eu de la chance de ne pas avoir d’accident grave. Mais on voit que les gens ont envie de skier, c’est indéniable, et ils feront tout pour y arriver« .
Particulièrement inquiet pour le premier week-end des vacances scolaires, le maire espère que la prévention suffira à canaliser les skieurs les plus inconscients. Il va toutefois devoir faire preuve de patience car pour le moment, l’exécutif n’envisagerait de rouvrir les remontées mécaniques qu’à partir du 7 janvier. Si les conditions sanitaires le permettent.
Les stations sont addictes de ce tourisme en voie de disparition. Quand vont elles réclamer d’être sauvées par les contribuables ?
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