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Abnousse Shalmani : en 2021… Mieux vaut en rire!

Pour cette nouvelle année, il faudra apprendre à résister à la tentation de la colère. Un défi quotidien, assure la romancière Abnousse Shalmani.

Pour Abnousse Shalmani, "2021 promet d'être une année semée d'embûches dogmatiques, raison de plus pour sortir nos rires, nos ironies, nos légèretés, nos ambiguïtés, nos transgressions, notre culture".

Pour Abnousse Shalmani, « 2021 promet d’être une année semée d’embûches dogmatiques, raison de plus pour sortir nos rires, nos ironies, nos légèretés, nos ambiguïtés, nos transgressions, notre culture ».

En ce début d’année, j’ai choisi d’être optimiste, d’avoir foi dans la France et dans l’avenir, de continuer à applaudir les progrès – vive les vaccins ! vive la reprise de l’exploration de l’espace ! -, de féliciter le système français d’avoir été capable d’activer un tel parachute social, et de ne plus me laisser déborder par les attaques décérébrées contre la République. J’ai choisi de cesser de faire les gros yeux devant l’incessant enchaînement de saloperies qui se déverse dans le fil de nos jours. J’ai choisi d’en rire. La gymnastique est difficile, je vous l’accorde volontiers, mais les choses vont trop mal pour se permettre d’être désespéré.

J’ai ainsi (un peu) résisté à la tentation de la colère, alors même que je m’apprêtais à monter dans les aigus homériques, lorsque, comme tout le monde, j’ai eu ma dose de débat sur le vaccin anti-Covid le soir du réveillon en famille (sceptique). Je n’ai pas même pas attendu la mention aux industries pharmaceutiques tueuses pour détourner l’attention sur cette famille de bobos écolos antivaccins et anticroissance qui prend l’avion en février 2019 pour des vacances au Costa Rica et y réintroduit la rougeole (mortelle), éradiquée alors depuis cinq ans. J’ai ri intérieurement en finissant en douce le champagne devant leurs mines confuses d’humanistes pris en défaut d’humanité.

J’ai ri, avec une difficulté croissante, je dois bien l’avouer, devant de nouvelles manifestations de la censure imbécile, l’arme de prédilection des antiracistes néoféministes – en fait de dangereux racistes séparatistes. Tout d’abord, lorsque j’ai découvert un texte « pédagogique » sur les menstrues, relayé sur les réseaux sociaux par le Planning familial, où l’absence du mot « femme » sautait brutalement aux yeux. Que l’on puisse être une femme sociale et un homme biologique ne me pose aucun problème moral, mais que, soudain, dire « les femmes ont leurs règles » se transforme en une insulte envers la minorité transsexuelle me laisse d’autant plus perplexe que les mêmes qui s’insurgent contre la réalité biologique militent pour adapter les médicaments aux spécificités féminines bien réelles. Alors, je ris de pouvoir débuter l’année avec cette scandaleuse vérité que je ne me lasse pas de répéter : les femmes ont leurs règles.

Néocenseurs antiracistes

J’ai encore ri grâce au nouveau directeur de l’Opéra de Paris, ce nouveau Zorro de la race qui, avec une légèreté inouïe, annonce au magazine M – devenue la succursale de la nouvelle ségrégation – vouloir supprimer du répertoire des classiques du ballet, avant de se reprendre devant le tollé provoqué par son délire, accusant les journalistes militants de détourner ses propos. Car il est bien connu que Casse-Noisette ou Le Lac des cygnes sont des outils de discrimination, des œuvres de propagande suprémaciste blanche, et qu’en continuant de propager ces horreurs fascistes nous entretenons l’injustice raciale.

Je m’étouffe légèrement en riant, mais je ris quand même en me demandant ce que l’immense chef d’orchestre Daniel Barenboïm penserait de cette histoire. Argentin, israélien, espagnol et détenteur d’un passeport palestinien, il a dirigé 161 représentations des opéras de l’antisémite Richard Wagner, dont la descendance s’est largement compromise avec le nazisme. J’ai ri en constatant que ces néocenseurs antiracistes sont incapables d’imaginer qu’une Iranienne de naissance puisse se sentir pour la première fois absolument française en découvrant la figure universelle de Toussaint Louverture ; incapables d’imaginer qu’il existe un homme comme Biram Dah Abeid qui se bat contre le système esclavagiste mauritanien – il dit ne se reconnaître qu’un maître, les Lumières, et se bat en brandissant Rousseau, Montesquieu, Diderot et Voltaire ; incapables d’imaginer que des prisonniers politiques chinois réclament des romans de Victor Hugo pour y puiser la force de poursuivre la lutte pour les libertés ; incapables de se reconnaître dans Les Cavaliers (afghans) de Joseph Kessel et de se consoler en découvrant à quel point les hommes se ressemblent quand il s’agit de transmettre et d’aimer, de survivre et de dire, de se lever et d’accepter de mourir.

Ainsi, j’ai ri en mesurant ma fabuleuse liberté de vagabonder entre toutes les cultures, toutes les époques et tous les continents. L’année 2021 promet d’être semée d’embûches dogmatiques – raison de plus pour sortir nos rires, nos ironies, nos légèretés, nos ambiguïtés, nos transgressions, notre culture. Vive la République ! Vive la France ! Bon courage à tous !

Abnousse Shalmani, envoyé par l’auteure.

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