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Avec la pandémie, place aux bonnes valeurs et à la solidarité

Depuis le premier confinement, on assiste à des gestes de solidarité inédits jusqu'alors, souvent entre générations.

Depuis le premier confinement, on assiste à des gestes de solidarité inédits jusqu’alors, souvent entre générations.

Manger local, protéger l’environnement, aider ses voisins… Les Français s’engagent et s’impliquent plus que jamais pour redonner du sens à leur vie.

Ils se sont multipliés pendant le premier confinement. Du voisin de palier ramenant les courses d’une personne âgée à celui confectionnant des repas pour les soignants, les gestes de solidarité, quelle que soit leur forme, ont démontré une furieuse envie de s’engager de la part des Français. Sur la plateforme civique jeveuxaider.gouv.fr, mise en place par le gouvernement en mars 2020, 300 000 personnes ont répondu présent. « Au départ, pourtant, il y a eu une forme de sidération », se souvient la sociologue Claire Thoury, spécialiste de l’engagement et déléguée générale du réseau d’associations étudiantes Animafac. Que faire ? Comment aider ? Les questions ont d’abord surgi, foisonnantes, avant de laisser place à des actions on ne peut plus concrètes.

Si l’engagement reste difficile à définir ­ « exprimer par des mots ou des actes un intérêt pour un projet », propose Claire Thoury ­ c’est avant tout parce qu’il prend de multiples aspects. A Mahalon, commune d’un millier d’habitants dans le Finistère, le maire, Bernard Le Gall, a été impressionné par la mobilisation de ses concitoyens. Portage alimentaire à domicile, partage de livres, veille auprès des plus isolés, et tout cela bénévolement ! « Il y a eu un formidable élan de solidarité. On a même découvert de nouveaux résidents, arrivés depuis peu sur la commune », s’étonne-t-il encore.

Pour le chercheur et maître de conférences en économie Lionel Prouteau, rien de plus classique : « Toute situation de crise engendre des élans de solidarité. Souvenez-vous de 2004 après le tsunami ayant touché l’Asie. Le mouvement fut immédiat. » Cette fois encore, ce phénomène s’est manifesté partout. « On a vu des Français donner des cours à distance aux enfants dont les parents télétravaillaient, d’autres sortir les animaux de compagnie, d’autres encore livrer des repas… », relate Edouard Dumortier, le fondateur de l’application Allovoisins, qui permet à ses 3,6 millions d’utilisateurs de proposer leurs services. Avec, avant tout, cette envie de se sentir utile dans un moment où les repères ont explosé.

Une appétence pour les produits locaux

Selon l’universitaire, cette période tourmentée n’a fait qu’accentuer les tendances déjà en cours, notamment l’attrait pour le local. Privés de sortie, les Français ont (re)découvert ce qui les entoure. A Nantes, 33 % des habitants ont modifié leurs habitudes alimentaires depuis mars 2020 en portant plus d’attention aux produits locaux, selon un rapport réalisé par la Métropole. « L’isolement a rendu urgente la nécessité d’être en lien », souligne la philosophe Marie Robert. Et quand on ne peut pas se déplacer, on se tourne logiquement vers ce que l’on a près de chez soi…

Même constat du côté de l’association Voisins solidaires, qui organise notamment la Fête des voisins. « Nous avons mis en place un kit coronavirus pour stimuler la solidarité entre riverains. Il a été téléchargé un million de fois », se réjouit son président Atanase Périfan, également adjoint au maire du 17e arrondissement de Paris. Selon lui, la solidarité de proximité est une ressource encore trop peu mise en valeur, sachant toutefois qu’elle ne ressemble plus à celle d’hier. « L’engagement se vit de façon moins intense qu’auparavant, nuance-t-il. De nouvelles formes, moins contraignantes, doivent émerger pour permettre à tous de s’y retrouver. »

Comme on pouvait s’y attendre, les associations caritatives et de solidarité ont été en première ligne pendant la crise. Très appréciées des Français ­ – 81 % d’entre eux disent faire confiance aux « petites associations locales », selon un sondage OpinionWay sur l’engagement réalisé en octobre 2020 pour Innocent ­- elles naviguent pourtant à vue. Car les seniors, qui représentent la majorité de leurs effectifs, ont souvent stoppé net toute activité depuis le premier confinement. « Heureusement, les jeunes ont pris en partie le relais », observe Frédérique Pfrunder, déléguée générale de Mouvement associatif, qui représente les associations françaises.

Cet investissement sera-t-il durable ? Ce n’est pas impossible, selon la sociologue Claire Thoury, qui distingue trois phases dans le rapport des Français à l’engagement. Après une première ère quasi sacrificielle jusqu’aux années 1970 ­ un militantisme de tous les instants, dont les intéressés ne voyaient parfois jamais les effets ­ et une deuxième période plus individualiste, une troisième phase serait apparue depuis le début des années 2000. « Les citoyens, les jeunes en particulier, sont prêts à se battre pour une cause qui les dépasse, mais ils ont envie d’aboutir rapidement à des résultats. »

Ce n’est pas vraiment une surprise : l’écologie est désormais plébiscitée. Pour 72 % des Français, les sujets concernant l’avenir de la planète sont autant ou plus inquiétants que ceux liés à la santé, selon une étude de Boston Consulting Group. Analyse confirmée par le même sondage OpinionWay réalisé pour Innocent, selon lequel l’environnement est la cause qui tient le plus à coeur des personnes interrogées.

Trouver sa place dans le monde

Tout cela, bien sûr, rejoint une tendance très profonde de la société française contemporaine : le besoin de donner un sens à sa vie. « Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est de trouver une place et de ne pas nous sentir comme une particule dans un monde suspendu », observe la philosophe Marie Robert.

Cette quête peut passer par le monde professionnel ­ – 90 % des salariés jugent essentiel que leur entreprise « donne un sens à leur travail » et 85 % souhaitent y trouver un moyen d’être utiles aux autres, indique une étude de l’Ifop pour Les Échos. Mais elle peut aussi passer par le monde associatif et ses 13 millions de bénévoles. A condition que celui-ci sache s’adapter à ces nouvelles aspirations. « Il faut que l’association apporte les ressources symboliques, d’accompagnement et de suivi », plaide le professeur en économie Lionel Prouteau. C’est exactement ce que souhaite le maire de Mahalon. Pour encourager ses administrés à continuer à s’investir, il a déjà prévu de maintenir les dispositifs mis en place depuis le premier confinement. Car il en est convaincu : « Ce sont ces moments de rencontres et d’échanges qui font le sel de la vie. »

Manon Boquen ( envoyé par l’auteure )

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