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Hongrie : l’Extrême Droite Viktor Orban reconnaît sa défaite « douloureuse mais sans ambiguïté »

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Selon des données encore partielles, le chef de l’opposition Peter Magyar – conservateur pro-européen – aurait obtenu une large majorité, lui laissant les mains libres pour des réformes constitutionnelles. Après 16 ans de corruption et de dictature une ouverture s’annonce !

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Une nouvelle ère pour la Hongrie. « Les résultats des élections, bien que non encore définitifs, sont clairs; pour nous, ils sont douloureux mais sans ambiguïté », a déclaré dans un bref discours le Premier ministre hongrois sortant Viktor Orban. « Nous n’avons pas reçu la responsabilité ni la possibilité de gouverner », a ajouté le dirigeant nationaliste.

Quelques instants auparavant, le chef de l’opposition, Peter Magyar, a annoncé avoir reçu un appel pour le féliciter de sa victoire. « Le Premier ministre Viktor Orban vient de m’appeler pour nous féliciter de notre victoire », a écrit ce conservateur pro-européen, sur Facebook, après s’être déclaré plus tôt dans la soirée « prudemment optimiste » quant à sa victoire devant les médias dans son QG de campagne.

« La Hongrie a choisi l’Europe »

Selon les données du Bureau électoral, après dépouillement de 66,69% des bulletins de vote, le parti Tisza de Peter Magyar peut se prévaloir de 137 des 199 sièges de l’assemblée hongroise, soit une super-majorité des deux tiers lui laissant les mains libres pour des réformes constitutionnelles.

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L’annonce de ce changement de dirigeant a été immédiatement salué à travers toute l’Europe. « La Hongrie a choisi l’Europe », s’est réjouie la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur X. « Ce soir, le coeur de l’Europe bat un peu plus vite en Hongrie », a-t-elle ajouté.

Emmanuel Macron a déclaré s’être entretenu dimanche avec Peter Magyar « pour le féliciter de sa victoire en Hongrie ». « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne et pour la Hongrie en Europe », a déclaré Emmanuel Macron sur X. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a adressé « ses sincères félicitations » au vainqueur.

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Péter Magyar (ici lors de son vote plus tôt dans la journée de dimanche 12 avril) conservateur de centre droit et pro-européen, s’impose comme une alternative après avoir rassemblé bien au-delà de l’opposition traditionnelle en Hongrie.

Péter Magyar (ici lors de son vote plus tôt dans la journée de dimanche 12 avril) conservateur de centre droit et pro-européen, s’impose comme une alternative après avoir rassemblé bien au-delà de l’opposition traditionnelle en Hongrie.
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Les résultats de ces élections législatives étaient attendus bien au-delà des frontières hongroises ce dimanche 12 avril. D’un côté, le Premier ministre d’extrême droite Viktor Orbán, au pouvoir depuis plus de quinze ans, soutenu jusqu’au bout par ses alliés américains, avec la venue cette semaine de JD Vance à Budapest. De l’autre, Péter Magyar, un conservateur de centre droit qui a réussi à s’imposer comme l’alternative.

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Au fil de la soirée, le suspense n’est plus. Viktor Orbán a reconnu sa défaite, évoquant un résultat « douloureux ». Cette fois, les sondages ne se sont pas trompés. Donné en tête depuis plusieurs jours, Péter Magyar confirme et met fin à plus d’une décennie de domination sans partage.

Dans la foulée, son adversaire victorieux a affirmé avoir reçu un appel du Premier ministre sortant. « Le Premier ministre Viktor Orbán vient de m’appeler pour nous féliciter de notre victoire », a écrit Péter Magyar sur Facebook, après s’être montré plus tôt « prudemment optimiste ».

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Selon les données du Bureau électoral, après dépouillement de 66,69 % des bulletins de vote, le parti Tisza de Péter Magyar peut se prévaloir de 137 des 199 sièges de l’assemblée hongroise, soit une super-majorité des deux tiers lui laissant les mains libres pour des réformes constitutionnelles.

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Une « leçon magistrale » des Hongrois

Emmanuel Macron s’est exprimé sur son compte X peu après l’annonce des résultats. Il affirme s’être entretenu avec Péter Magyar pour le féliciter. « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne et pour la Hongrie en Europe. »

« Ce scrutin historique est une leçon magistrale adressée par le peuple hongrois à tous ceux qui ont cherché à écrire son histoire à sa place. Les Européens sont libres et entendent bien le rester », a dit Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères. « Le peuple hongrois a décidé de tourner la page d’un pouvoir qui s’est fourvoyé dans le démantèlement de l’État de droit et des libertés fondamentales, la désinformation et la collusion avec la Russie, au mépris de la souveraineté européenne. »

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« La Hongrie a choisi l’Europe », s’est quant à elle réjouie la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Ce soir, le cœur de l’Europe bat un peu plus vite en Hongrie », a-t-elle écrit estimant que par ce vote, « un pays a repris son chemin européen ».

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Anne-Fleur Andrle sur https://www.huffingtonpost.fr/ et https://www.20minutes.fr/
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À Budapest, un méga-concert et un parfum de « changement de régime »

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Après seize années au pouvoir, Viktor Orbán vacille à l’issue d’une campagne hors norme. Huit millions d’électeurs et électrices sont attendus aux urnes pour les élections législatives dimanche.

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Corentin Léotard

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Budapest (Hongrie).– Plusieurs centaines de milliers de personnes se sont rassemblées vendredi 10 avril au soir sur la monumentale place des Héros, débordant sur l’avenue Andrássy, les « Champs-Élysées hongrois ». Sur scène, une quarantaine d’artistes et de groupes, du rock d’Európa Kiadó à la pop d’Azahriah, pour « démanteler le régime ». Voulu par le mouvement Résistance civique, qui l’organisait, comme un catalyseur de la chute de Viktor Orbán, l’événement a pris la forme d’une catharsis et d’une célébration avant l’heure. Un moment à la (dé)mesure d’une campagne hors norme, comme jamais la Hongrie n’en a vécu.

« Ne laissons plus personne nous dire ce que c’est qu’être hongrois et ce que doit être l’identité hongroise », a lancé le chanteur hip-hop 6363 ; Saiid a appelé les forces de l’ordre à ne pas « protéger les chiottes en or des Ceaușescu si le peuple attaque ». La plus grande ovation a été réservée au capitaine de l’armée de terre Szilveszter Pálinkás, en uniforme sur scène à la fin du concert. Celui qui a été le visage de la campagne nationale de recrutement des forces armées dénonce aujourd’hui le rôle du fils du premier ministre, Gáspár Orbán, dont les visions religieuses et messianiques auraient motivé le déploiement d’une force de deux cents soldats au Tchad.

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Illustration 1
Le soldat Szilveszter Pálinkás lors d’un grand concert organisé par Résistance civique à Budapest, le 10 avril 2026.
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Autre signe de démesure, mardi 7 avril, quand le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, est venu à Budapest pour s’immiscer dans des affaires qui dépassent de loin la Hongrie, et mettre en œuvre le programme énoncé à Munich en février 2025 : soutenir les partis nationalistes européens contre l’Union européenne (UE). Lors d’un meeting « à l’américaine », où la star rom Gigi Radics a entonné a cappella l’hymne des États-Unis, Viktor Orbán et J. D. Vance ont vitupéré une heure durant contre « l’idéologie wokiste et gauchiste » et les « ingérences de Bruxelles ». Et, clou du show, Donald Trump a chanté les louanges de Viktor Orbán en direct par téléphone, quelques heures après avoir menacé d’anéantir la « civilisation » iranienne.

Cette opération aux airs d’« Il faut sauver le soldat Orbán » n’aura pas d’impact sur une opinion publique surmobilisée et polarisée comme jamais. C’est inédit en Hongrie : outre l’espace public saturé d’affiches, les élections sont dans toutes les conversations. On marque son bord politique dans les commerces et les transports en diffusant ostensiblement telle ou telle émission politique. La participation pourrait dépasser 75 % (contre 70 % en 2022). Le sondeur indépendant Medián anticipe une nette victoire de Tisza, le parti de Péter Magyar, prétendant au pouvoir contre le premier ministre sortant. Mais, à l’opposé, l’institut pro-Fidesz Nézőpont donne la formation d’Orbán en tête.

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Révélations journalistiques

En cas de résultat serré dimanche soir (peu probable en raison du système électoral), il faudra attendre plusieurs jours le décompte d’environ 5 % des bulletins recueillis à l’étranger.

Les médias en ligne qui ont survécu à la pression du pouvoir (Telex, Direkt36) jouent un rôle déterminant en marquant la campagne de leurs multiples révélations, notamment concernant la sujétion du pouvoir hongrois au Kremlin.

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Dans des enregistrements, on entend le ministre des affaires étrangères, Péter Szijjártó, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, s’entendre pour entraver les sanctions européennes visant des oligarques proches de Poutine. Jusqu’où serait prêt à aller Moscou pour garder au pouvoir Viktor Orbán et maintenir le coin hongrois profondément enfoncé dans l’UE ?, s’interroge-t-on.

Le lundi de Pâques, au lieu de prendre part aux festivités, Viktor Orbán est parti en urgence à la frontière serbe auprès d’infrastructures critiques. La veille, son allié le président serbe Aleksandar Vučić avait affirmé avoir déjoué un projet d’attentat contre le gazoduc TurkStream, qui achemine du gaz russe en Hongrie via la Serbie.

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Des experts avaient anticipé des scénarios très similaires, et l’opposition hongroise y a immédiatement vu une « opération sous faux drapeau » – autrement dit une « barbouzerie » – destinée à alimenter la propagande gouvernementale anti-ukrainienne, voire, scénario noir, à servir de prétexte pour entraver le processus électoral.

Viktor Orbán a fait retomber un peu la tension en cours de semaine, en assurant qu’il n’irait pas contre le cours des urnes : « S’il existe une garantie vivante que la démocratie est respectée en Hongrie, c’est bien moi », a-t-il osé. Le premier ministre sortant a rassemblé ses partisan·es vendredi soir dans son bastion de Székesfehérvár, à une heure de la capitale, et samedi 11 au soir à Budapest, dans le quartier du palais royal.

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Ascension d’« outsiders »

Pendant ce temps, Péter Magyar continue de creuser son sillon, avec pas moins de trente meetings prévus sur cette dernière semaine, jusqu’à la fermeture des bureaux de vote dimanche soir à 19 heures. Les règles électorales ne prévoient pas de trêve, à l’exception de l’interdiction de faire campagne à moins de 150 mètres d’un bureau de vote. Partout il assène son message, « N’ayez pas peur ! », et égrène le compte à rebours avant le « changement de régime ». Dans la foule, on brandit le portrait de Dániel Hrabóczki, alias « Gundalf », le jeune informaticien de dix-neuf ans pris au cœur d’une affaire d’espionnage contre Tisza qui s’est joué des services secrets.

Les chiffres sur Internet témoignent de l’excitation ambiante. L’entretien avec le capitaine de police à l’origine des révélations de cette affaire a été vu 2,7 millions de fois et une cagnotte a collecté 800 000 euros en quelques jours. Un film documentaire sur les achats de votes a été vu 2,1 millions de fois. Le candidat Tisza à Dunaújváros (lire notre reportage dans cette ville) a dit détenir des preuves que son concurrent Fidesz tente d’acheter les voix de jeunes avec des billets de 10 000 forints (25 euros).

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Dans cette campagne décidément hors norme, le candidat Péter Magyar a bénéficié d’un « clip » de campagne de une heure quarante, sous la forme d’un film documentaire qui retrace avec triomphalisme sa marche vers le pouvoir : Tavaszi szél (« Vent du printemps »). Diffusé dans les cinémas multiplex, il a ensuite été très opportunément mis en ligne gratuitement sur YouTube et a été visionné près de 3 millions de fois durant le week-end de Pâques.

Macron, Milei, Trump, Zelensky… Autant d’exemples d’ascensions rapides d’« outsiders ». Mais la Hongrie offre un cas inédit, pose le journaliste de Telex Zsolt Hanula, en ceci que le novice défie un système semi-autoritaire qui a eu seize années pour s’enkyster à tous les échelons, depuis l’État mis en coupe réglée jusqu’aux communautés marginalisés placées sous dépendance.

 

L’asymétrie des forces en présence est forte. D’un côté, Viktor Orbán (Fidesz), vétéran européen, vingt années de pouvoir au compteur, dont seize années sans discontinuer, a dans son jeu tous les moyens de l’État, l’hégémonie médiatique et les plus grandes fortunes du pays. De l’autre, Péter Magyar (Tisza) a pour lui ses deux années d’expérience sur la scène politique, ses cinq à six meetings par jour juché dans la benne d’un camion de chantier et ses 50 000 militant·es qui quadrillent le pays.

Le bras de fer Fidesz-Tisza qui occupe le devant de la scène masque un autre enjeu : le parti d’extrême droite Mi Hazánk (« Notre patrie ») pourrait être le troisième et dernier parti à se hisser au Parlement, s’il dépasse le seuil de 5 % des suffrages. Ce parti issu du Jobbik moribond s’est refait une santé en se posant contre la vaccination lors de l’épidémie de covid-19, puis a obtenu 7 % des voix aux élections européennes en 2024. Il prétend se tenir à équidistance de Fidesz et de Tisza, mais pourrait faire marchepied à Viktor Orbán, en quête d’un cinquième mandat d’affilée.

Un scénario noir peu probable mais pas exclu. Côté Viktor Orbán, il flotte comme un parfum de fin de règne. Côté Péter Magyar, une atmosphère de changement de régime.

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Corentin Léotard sur Mediapart

1 Commentaire

  1. J.L.

    Mis à part le RN, qui, gêné aux entournures, a fait le service minimum avec un tweet de Jordan Bardella, la défaite de Viktor Orban et du Fidesz en Hongrie a réjoui tout le monde. De la droite à la gauche. Surtout la gauche d’ailleurs, qui y a vu la preuve qu’il était possible de battre l’extrême droite populiste. «Ce soir, l’extrême droite française perd son allié autoritaire et corrompu, son modèle en matière de xénophobie d’État et de soumission à Poutine et Trump. C’est un triste jour pour Le Pen et Bardella. Et une belle soirée pour la France et l’Europe», s’est félicité Raphaël Glucksmann, à l’unisson d’Olivier Faure – pour une fois. «Ne boudons pas notre plaisir, a lancé le patron du PS. Orban, soutenu par Trump, Poutine et Le Pen a perdu en Hongrie. Non, la victoire de l’extrême droite n’est inéluctable nulle part. Il n’y a de fatalité que dans la résignation.» S’il reconnaît que la défaite d’Orban est «une bonne nouvelle», Alexis Corbière temporise un peu la joie de ses camarades : «Sans grande illusion sur Péter Magyar, idéologiquement proche du pouvoir sortant, libéral conservateur lui aussi…»

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