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Municipales 2026

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« Ça fait 31 ans qu’on attendait ça ! » : à Crest, une liste citoyenne renverse le maire de droite

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À Crest, dans la vallée de la Drôme, une liste de gauche et citoyenne est parvenue à faire basculer la mairie. Un siège occupé par le républicain Hervé Mariton depuis plus de trente ans.

Crest (Drôme), reportage

« Ça fait trente-et-un ans qu’on attendait ça ! » s’exclame Françoise, attablée devant son expresso au Tribouli. En ce jour de marché, ce café du centre-ville est bruyant et une certaine euphorie règne. Dans les conversations, le basculement politique intervenu le 15 mars au premier tour des municipales n’est jamais loin. « Je crois que je n’arrive pas à réaliser », confie Muriel, 67 ans, en serrant dans ses bras un panier rempli de légumes.

Comme beaucoup d’habitants de longue date, cette Crestoise a connu l’arrivée de la droite à la tête de la municipalité. C’était en 1995, avec l’élection de Hervé Mariton. Un tremplin pour le premier édile qui conservera son siège pendant trois décennies, avant de céder sa place, en juillet 2024, à sa première adjointe, Stéphanie Karcher.

Lors du scrutin du 15 mars, cette dernière est arrivée en deuxième position, avec 36,65 % des voix. Derrière elle, une autre candidate divers droite, ancienne conseillère municipale de Hervé Mariton, Audrey Corneille, a remporté 12,30 % des suffrages. Et en première position, c’est la liste citoyenne Avec (Agir et vivre ensemble à Crest), regroupant différentes sensibilités de gauche, qui l’a emporté avec 51,05 % des suffrages. À sa tête, Athénaïs Kouidri, Crestoise de 31 ans et attachée parlementaire de la sénatrice socialiste Marie-Pierre Monier.

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Athénaïs Kouidri, 31 ans, encartée au Parti socialiste et tête de liste d’Avec, est la nouvelle maire de Crest.
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« Jamais une campagne n’a autant mobilisé »

Si beaucoup racontent leur surprise à l’annonce de cette victoire, d’autres, au contraire, l’avaient anticipée. Pêle-mêle, les sympathisants évoquent les nouveaux arrivants « souvent favorables à la gauche et aux courants écologistes », la « lassitude de l’époque Mariton » et l’autre camp « occupé à s’envoyer des balles »… Un basculement qui aurait même pu avoir lieu quelques années plus tôt. « En 2020, la droite a gagné à 137 voix près, c’était très serré », rappelle Martin Chouraqui, rédacteur en chef du Crestois, journal historique de la vallée de la Drôme.

À l’époque, au premier tour, deux listes de gauche étaient représentées, face à l’indéboulonnable Hervé Mariton. « Cette fois que ce soit LFI [La France insoumise], les Verts, le PS [Parti socialiste], ils ont réussi à se rassembler », se réjouit Camille, Crestoise d’une trentaine d’années. « Ça donne confiance », complète son amie Claire, installée face à elle à la terrasse du Tribouli.

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Camille, 35 ans, à Crest depuis trois ans et demi, a notamment fait du tractage dans les boîtes aux lettres.
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Ici, tout le monde semble connaître de près ou de loin le collectif qui a amené la liste vers la victoire. Pierre-David, un commerçant de 45 ans, assure avoir « des amis qui en font partie ». Il voit d’un mauvais œil ces années Mariton, marquées par un manque de soutien à la culture, affectant, selon lui, le dynamisme de la commune.

Camille, elle, a « juste » fait un peu de tractage dans les boîtes aux lettres, Claire a cuisiné des crêpes pour financer la campagne, Françoise est allée aider quelques heures à plier des prospectus… « Jamais une campagne pour des élections municipales n’a autant mobilisé », témoigne Alain Bâtie. Crestois de toujours, l’homme de 67 ans s’est engagé dans les élections locales dès 1995 et a même siégé comme conseiller municipal d’opposition de 2008 à 2020.

Mais cette fois, la dynamique était différente, explique ce militant de la première heure qui n’endossera pas de mandat : « Il y avait environ 70 personnes très engagées, qu’on appelait la plénière, c’est eux qui ont élu la tête de liste et les 12 premiers noms. Et autour d’eux, il y avait les sympathisants, ceux qui nous donnaient leur adresse mail lors du porte-à-porte ou des tractages dans la rue. Au total, il y avait environ 800 personnes à qui on pouvait envoyer les informations, les besoins, etc. »

Une campagne qui s’est terminée en apothéose, le 10 mars, lors de la réunion publique d’Avec qui a réuni près de 600 personnes. Un tour de force dans cette ville de 8 000 habitants.

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Pierre-David, 45 ans, vendeur en boulangerie, voit d’un mauvais œil ces années Mariton.
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« C’est très participatif, la seule chose qui me fait peur c’est qu’ils s’épuisent », remarque Camille. À ce sujet, la future équipe se veut confiante. « L’idée est de faire moins mais mieux. Il y a plein de manières pour faire du participatif, faire des commissions ouvertes à certains acteurs, travailler sur certains dossiers clés pour la ville, comme la place des Moulins ou l’ancien hôpital. On y arrivera, mais il faut que les gens soient patients », assure la future maire, entre deux rendez-vous.

Pour la nouvelle municipalité, l’un des premiers dossiers du mandat devrait être la mise en place d’une tarification sociale à la cantine. Et pour ceux qui lui reprochent déjà de « dilapider l’argent public », Athénaïs Kouidri rétorque : « On est tout à fait conscients des réalités, on a peu de marge de manœuvre financière. […] On saura travailler avec les partenaires financiers potentiels. »

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Environ 800 personnes ont participé de près ou de loin à cette liste citoyenne.
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Aux antipodes du système Mariton

La patience, les électeurs et électrices de gauche assurent qu’ils l’auront. La confiance, en tout cas, est déjà acquise. Quand les sympathisants parlent de l’équipe municipale désormais majoritaire, ils et elles évoquent un groupe convivial, solide et efficace. La figure d’Athénaïs Kouidri semble aussi convaincre par sa volonté d’apaiser les tensions. Un discours aux antipodes du système Mariton, diront certains.

Interrogé à ce sujet, le journaliste de l’hebdomadaire local confirme que l’ancien maire était « un personnage très clivant ». Lui-même est devenu persona non grata après un article sur la mise aux normes de l’assainissement. « Le journal n’a plus reçu les communiqués de la mairie jusqu’aux échéances électorales suivantes », raconte-t-il.

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Martin Chouraqui, rédacteur en chef du journal local «  Le Crestois  ».
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En tant qu’ancien élu de l’opposition, Alain Bâtie en a aussi fait les frais lors de conseils municipaux, dont la date était annoncée au dernier moment, sans possibilité de débat, y compris, parfois, de la part de ses propres conseillers « à qui il donnait peu la parole ». Des comportements également dénoncés au cours de la campagne, notamment par la députée drômoise et membre de la liste Avec, Marie Pochon.

Au sujet de son prédécesseur, Athénaïs Kouidri, ancienne élue d’opposition, reste discrète : « Il a donné trente ans de sa vie à cette ville. Ce n’est pas rien. Et au-delà des désaccords qu’on peut avoir sur le fond comme sur la forme, je pense que c’est important de le dire. Et puis, je n’ai pas envie de regarder en arrière, maintenant on est là pour construire. »

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« On a tous des représentations. Pour les déconstruire, il faut du temps »

Une construction qui, là encore, se veut rassembleuse. « C’est ce qui m’a beaucoup touchée dans le discours d’Avec dimanche soir, raconte Claire, qui était sur place à l’annonce des résultats. Ils ont dit que déjà, ils allaient travailler dans la continuité, pour représenter tous les Crestois, sans être des donneurs de leçons… C’est un message rassurant. »

Tous, pourtant, ne sont pas convaincus. De l’autre côté du pont, Émilie et Marine boivent une bière au soleil, la célèbre tour de Crest en fond. Pour ces deux jeunes femmes d’une trentaine d’années, cette nouvelle équipe pourrait créer encore davantage de tensions. « Crest a déjà l’image d’une ville de gens marginaux, ça ne va pas s’améliorer… Il suffit d’aller au marché pour voir la population », regrette Émilie. Marine acquiesce : « J’ai grandi ici et j’observe de plus en plus de clivages. Je n’ai rien contre ces personnes, mais ça ne me correspond pas. »

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Pour Athénaïs Kouidri, «  ces représentations sont erronées  ».
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Quand elles parlent de la ville, les deux jeunes femmes évoquent les difficultés des commerces, le manque d’activités pour les ados, leur sentiment d’insécurité lorsqu’elles se promènent seules. La nouvelle équipe pourrait-elle changer ça ? « Je suis mitigée, dit Marine. Je n’y crois pas vraiment, mais il faut leur laisser leur chance. »

Face à « ces représentations erronées », Athénaïs Kouidri plaide la discussion : « Je peux comprendre les personnes qui s’inquiètent. On prendra le temps de se parler. On a tous des représentations les uns sur les autres et pour les déconstruire, il faut du temps et faire des ponts entre les gens. »

En attendant de s’atteler à ce chantier crucial, la liste doit d’abord être officiellement installée à la mairie. Une passation historique, prévue dans la matinée du 22 mars, qui promet d’être très suivie par la population.

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Pauline De Deus et Magali Stora (photographies) à suivre sur Reporterre.net

18 mars 2026

1 Commentaire

  1. Michel Galy

    Quelques réflexions réactions après la victoire de la lise AVEC.

    Au bureau du lycée Armorin, c’est une assistance nombreuse , en liesse qui a accueilli la proclamation des résultats du deuxième tour des élections municipales à Crest.
    Ne nous y trompons pas : la joie venait autant de la victoire de l’équipe d’AVEC que de la défaite de celle qui depuis 30 ans avait la mainmise (très) autoritaire sur la ville.

    Aujourd’hui on peut, peut être, légitimement se poser quelques questions :

    1/ que signifient ces démissions de conseiller(e)s élu(e)s appartenant à la désormais liste minoritaire ; il ne semble pas que cela démontre un esprit très citoyen de dévouement envers la cité.
    Est-ce à dire que seul l’exercice du pouvoir était pour eux le véritable enjeux ? C’est connu : cette emprise semble être considérée comme un dû par une certaine droite (particulièrement autocratique et arrogante).
    « N’ayez pas ces mines de seigneurs », nous ne sommes pas des manants !

    2/ Une quatrième liste a tenté de voir le jour, dont le chef de file s’est finalement désisté « pour ne pas faire gagner la gauche » ; « La gauche ! Le mot, l’anathème sont lancés ! La « gauche » paraît être devenu le nouveau sobriquet du Diable. Tout ceci ne participe pas d’un réel esprit démocratique.
    Il était aussi question de déclarer que la sensibilité que prétendait représenter cette quatrième liste ne serait plus entendue ; si telle était la nécessité réelle, pourquoi alors s’être retiré ?
    D’autant plus que l’ex équipe dirigeante n’a pas fait vraiment fait montre, quand elle détenait le pouvoir, de ménagement envers une opposition quasiment muselée, (un confetti lui était royalement accordé dans les pages du journal d’informations municipales) ; d’une opposition envers laquelle on a fait montre de méthodes pour le moins cavalières voire méprisantes, alors qu’ à peine un peu plus de 100 voix séparaient les 2 listes lors de la précédente élection. Ce monsieur n’a apparemment été choqué que cette sensibilité là, n’ait pas été, elle , entendue et pendant 30 ans. Pas plus qu’il n’a été choqué de l’intrusion virulente dans la campagne, de l’ancien maire qui bien qu’absent de la liste « Crest au cœur » ( il a tout de même réussi à y caser sa fille qui n’a jamais fait ses études à Crest – une dynastie se met en place-), s’est déchaîné de façon quasi odieuse sur les réseaux sociaux contre les membres de « Crest autrement » et particulièrement sa tête de liste, accusée de tous les maux et subissant toutes sortes de pressions vexatoires.
    C’est d’autant plus navrant que « Crest à cœur », n’a pas hésité à s’approprier les voix qui ont choisi cette liste honnie et a se les annexer pour tenter de minimiser la victoire de l’adversaire. Non , « AVEC » a obtenu 2428 suffrages quand « Crest à cœur » en a eu 1743, soit près de 700 voix d’écart : le résultat est sans appel quoi qu’on tente d’en dire, quelque tripatouillage « comptable » qu’on tente de mettre en avant.

    3/ Une dernière surprise est venue pendant le conseil d’installation de la nouvelle municipalité.
    Fidèle aux consignes de non agression, de refus d’attaque « ad hominen », données aux soutiens de campagne , pour se recentrer sur les desiderata des électeurs rencontrés ; infléchir, affiner le cas échéant les positions et propositions de l’équipe nouvellement élue en signe de rapprochement et d’écoute envers le corps électoral, la nouvelle mairesse à délivré un message assez consensuel, voire quasiment œcuménique. Pourquoi pas ? Ne pas avoir la victoire démesurément triomphante est plutôt signe de savoir vivre démocratique.
    Par contre un passage incongru à mes yeux fut cette sorte « d’hommage » à monsieur Mariton qui en outre, après avoir démissionné, n’était plus cet ancien maire qui aurait « donné 30 ans de sa vie à Crest. NON ! Monsieur Mariton n’a pas servi tout ce temps la ville de Crest : il s’est servi d’elle, pendant 30 ans pour exercer, consolider par tous les moyens possibles son appétit de pouvoir despotique. N’oublions pas, parmi mille détails entre autres, la fermeture quasi instantanée de la MJC, « l’expulsion » du Trans express du kiosque à coulisse au prétexte répété et fallacieux, asséné sans vergogne, d’un besoin d’extension de l’usine Socar ( aujourd’hui Smurfit ). Extension qui évidemment n’a jamais eu lieu, les mensonges étant pratique courante de ce coté là.
    Ceci, parmi mille autre exemples tout aussi lamentables, n’a été qu’une partie révélatrice de la mise au pas de tout ce qui était jusqu’alors l’expression de mouvements vivants et à vocation sociale bien comprise. Bien entendu cette entreprise de démolition en règle, fidèle à l’idéologie de la droite la plus rigide, a été menée sans scrupules ni main qui tremble. NON, monsieur Mariton n’a pas été un bon maire qui n’a d’ailleurs pas hésité à cumuler de nombreux postes de pouvoir chaque fois que ça lui était possible, se comportant bien entendu, comme graine de dictateur. Monsieur Mariton par son comportement hypertrophié a fait souffrir de nombreux citoyens crestois – dont certains avaient même connu 3 maire avant lui, en délogeant à la hussarde son prédécesseur et après avoir été recalé dans ses prétentions à Valence. Crest se révélant être une solution rêvée de repli.
    L’hommage à cet individu, qui n’était même plus un édile en place, m’a semblé tout à fait déplacé au regard de la malfaisance globale de l’ensemble des décisions prises de façon totalement autocratiques au cours de ses trop nombreuses mandatures.

    La nouvelle équipe élue redonnera peut être un peu d’air et d’espoir à ceux qui attendaient ce « déboulonnage de la statue » et permettra sans doute de constater une inflexion des priorités accordées pour le bien être du public , plutôt que d’être destinées à accroître la volonté de puissance d’un individu sans scrupules.

    Suite en 2032….

    Michel Galy

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